L'EUPHRATE, LE TIGRE ET LEURS AFFLUENTS
se rencontrent aujourd'hui vers le village de Kornah et se mêlent en un seul fleuve, le Shatt-el-Arab, qui roule leurs flots à la mer. Les boues qu'ils charrient, arrivées à leur embouchure, s'y déposent et progressent rapidement : on dit que le rivage avance d'environ seize cents mètres par soixante-dix ans1. L'Euphrate rallie dans sa partie supérieure un grand nombre de petits affluents, dont le plus important, le Kara-Sou, a été confondu souvent avec lui*. Dans sa partie moyenne, le Sadjour lui apporte sur la rive droite les eaux du Taurus et de TAmanus8, le Balikh et le Khabour4 lui versent celles du Karadja-Dagh sur la rive gauche; du Khabour à la mer il ne reçoit plus rien. Le Tigre se grossit sur la gauche du Bitlis-Khaî5, des deux Zab8, de l'Adhem7, du Diyâléh8. L'Euphrate est navigable depuis Souméisat, le Tigre depuis Mossoul9, l'un et l'autre presque aussitôt en quittant la montagne. Us sont sujets à des débordements annuels qui se produisent au moment où les neiges de l'hiver fondent sur les sommets de l'Arménie. Le Tigre, dont la source est au penchant méridional du Niphatès et dont le trajet est plus direct, déborde le premier au commencement de mars et atteint sa plus grande hauteur vers le 10 ou vers le 12 mai. L'Euphrate se gonfle au milieu de Mars et ne bat son plein que dans les derniers jours de mai. Sa baisse s'accentue à partir du mois de juin; en septembre, tout ce que les terres n'ont pas absorbé est rentré entièrement dans le lit. La crue n'a
1. Loflus (TraveU and liesearches in Chaldsa and Susiana, p. 282) évaluait, vers le milieu de notre siècle, le progrès de l'alluvion à un mille anglais (1609m,30) environ, pour une période de soixante-dix ans écoulés; H. Hawlinson (Journal ofthe Geographical Society , vol. XXVII, p. 186) pense que le progrès était plus considérable dans l'antiquité et l'évalue à un mille anglais tous les trente ans. Kiepert (Lehrbnch der Allen Géographie, p. 138, note 2) pense, d'après cela, qu'au VI* siècle avant notre ère, le rivage de la mer courait à dix ou douze milles allemands (75 ou 90 kil.) environ plus haut que le rivage actuel. G. Rawlinson (The Five Great Monarchies, 2* édit., t. I, p. 4-5) estime de son côté qu'entre le trentième et le vingtième siècle avant notre ère, au moment où il place l'établissement du premier empire Chaldéen, le rivage était à plus de 120 milles anglais (102 kilomètres) en arrière de l'embouchure du Shatt-el-Arab, au nord du village actuel de Kornah.
2. C'est l'Arzania des textes cunéiformes, dont le nom, grécisé sous la forme d'Arsanias, a été transporté par les géographes et par les historiens classiques à l'autre bras de l'Euphrate, le Nourad-Sou (Fr. Dklitzsch, \Yo lag das Parodies? p. 182-183).
3. En assyrien, Sagoura, Sagouri (Schrader, Keilinschriften und Geschichtsforschuug, p. 220).
4. Le Balikh est en assyrien Balikhi, BaXtya, Bt'Xo/o;, Bclios (Amxien Marcellin, XXIII, 3, 7). Le Khabour n'a point modifié son nom depuis l'antiquité; il reçoit sur la droite le Kharmish (Fr. De lit r. se h, Wo lag das Paradies? p. 183). La forme grecque du nom est Xstjilûpa;, 'Apàppaç.