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LES SUMÉRIENS ET LES SÉMITES

empires nés et morts dans l'Asie Antérieure avant la conquête perse. Sémite ou Sumérien, on doute encore lequel précéda l'autre aux embouchures de l'Euphrate. Les Sumériens, qui furent un moment tout-puissants aux siècles antérieurs à l'histoire, s'étaient déjà mêlés intimement aux Sémites, quand l'histoire s'ouvre pour nous. Leur idiome le cédait au sémitique et tendait de plus en plus à devenir une langue d'apparat et de rituel, qu'on finit par apprendre, moins pour l'usage journalier que pour la rédaction de certaines inscriptions royales ou pour l'intelligence de très vieux textes juridiques et sacrés. Leur religion s'était assimilée aux religions et leurs dieux s'étaient identifiés aux dieux des Sémites. Le travail de fusion commença si anciennement qu'à dire le vrai, il ne nous est rien parvenu du temps où les deux peuples vivaient étrangers entièrement. Nous ne pouvons donc discerner de manière authentique ce que chacun d'eux emprunta à l'autre, ce qu'il lui donna, ce qu'ils laissèrent tomber de leurs instincts et de leurs mœurs individuelles. Il faut les prendre et les juger tels qu'ils s'offrent à nous, comme ne constituant plus qu'une même nation, imbue des mêmes idées, mue dans tous ses actes par la même civilisation, et d'un caractère si fortement trempé qu'il ne se modifia plus sensiblement jusqu'aux derniers jours de leur existence. Ils subirent au cours des âges les invasions et la tyrannie de vingt races, dont les unes, Assyriens et Ghaldéens, dérivaient de la souche sémitique, dont les autres, Ëlamites, Cosséens, Perses, Macédoniens, Parthes, ou ne leur étaient alliés par aucun lien du sang, ou se rattachaient d'assez loin peut-être au tronc sumérien. Ils éliminèrent fort vite une partie de ces éléments superflus, absorbèrent et digérèrent le reste : ils étaient, comme les Égyptiens, de ces peuples qui, une fois constitués, semblent incapables de se modifier jamais et se maintiennent irréductibles d'un bout à l'autre de leur vie.

Leur pays devait présenter au début le même aspect de désordre et d'abandon qu'il offre de nos jours. C'était une lande plate, interminable, qui se continuait toute droite jusqu'à l'horizon et recommençait toujours plus pro-

568), et dans quantité d'articles parus entre temps. M. Halévy propose de reconnaître dans les documents soi-disant sumériens la langue sémitique des inscriptions ordinaires, mais écrite avec un syllabaire hiératique soumis à des règles spéciales : ce serait une cryptographie, ou plutôt une altographie. M. Halévy a rallié successivement à son système MM. G u yard et Pognon en France, Delitzsch et une partie des élèves de Delitzsch en Allemagne. La controverse, menée de part et d'autre avec une ardeur parfois superflue, continue encore : on en verra l'état actuel dans le livre de Lehman*, Sehama*ch$chuniukin> Kônig von Babylonien (p. 57-178). Sans entrer dans le détail des arguments, et tout en rendant hautement justice à la science profonde dont M. Halévy a fait preuve, je suis obligé de déclarer, avec Tiele, que sa critique « oblige les savants à revoir minutieusement tout ce qui a été donné comme prouvé en ces matières, nullement à rejeter comme intenable l'hypothèse, toujours très vraisemblable, d'après laquelle la différence des systèmes graphiques correspondrait à une différence réelle d'idiome » (Babyloniêrh-Atsyrittche Geschichte, p. 67).

552 LA CHALUÊE PRIMITIVE.

fonde, sans que !e moindre accident de terrain en rompît la monotonie : des groupes espacés de palmiers et de mimosas grêles, entrecoupés de lignes d'eau scintillant à distance, puis de longs tapis d'absinthes et de mauves, des échappées infinies de plaine brûlée, de nouveaux palmiers, des mimosas nouveaux, un sol partout uniforme d'argile lourde, grasse, tenace, rayée par les ardeurs du soleil d'un réseau de fissures minces et profondes, d'où les arbrisseaux et les herbes sauvages jaillissent chaque année au printemps.

Une pente presque insensible l'abaisse lentement du nord au sud vers le Golfe Persique, du levant au couchant vers le plateau d'Arabie. L'Euphrate s'y promène, indécis et changeant, entre des berges fondantes qu'il manie et qu'il remanie de saison en saison.

La moindre poussée de son Ilot les entame, les crève, y

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plupart s'empâtent et s'oblitèrent par le délayement de leurs bords, presque aussi rapidement qu'elles se sont ouvertes. D'autres s'élargissent, se prolongent, se ramifient, se transforment en canaux permanents ou en véritables rivières, navigables à leurs heures. Elles se rencontrent sur la rive gauche avec des bras détachés du Tigre, et, après avoir erré capricieusement dans l'entre-deux, rejoignent enfin leur fleuve : tels le Shatt-el-Haî et le Shatt-en-Nil . Sur la rive droite, la déclivité les emmène aux collines calcaires qui ferment le bassin de l'Euphrate dans la direction du désert : ils s'arrêtent à leur pied, se déversent sur les bas-fonds et s'y égarent dans les bourbiers, ou se creusent à la lisière une série de lacs, dont le plus grand, le lîahr-ï-Nedjif, s'encadre sur trois côtés de falaises abruptes et s'enfle ou s'abaisse périodiquement avec la crue. In large canal, qui prend naissance vers Hît, à l'entrée de la plaine d'alluvions, balaye leur trop-plein au passage, et, côtoyant les derniers ressauts de la montagne

1. Ilettin de FaucIiei-Gu/lin, tVaprtt un btu-relirf atiyrirn du palait de Simreud (L»ï.i»u, tke Xonumenti of Xiiirech, f' Sur., pi. XXVII).

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