LA FLORE : LES CÉRÉALES ET LE PALMIER
sur l'Europe entière*. • Le sol y est si favorable ans céréales qu'elles y rendent habituellement 200 pour 1, et 300 dans les terres d'une fertilité exceptionnelle. Les feuilles du blé et de l'orge y sont larges de quatre doigts. Quant au millet et au sésame, qui, pour la grandeur, deviennent là de véritables arbres, je ne dirai pas leur hauteur, bien que je la connaisse par expérience, sachant bien qu'auprès de ceux qui n'ont pas vécu en terre babylo-
nienne, ce que j'en raconterais ne rencontrerait qu'incrédulité3. » Hérodote exagérait dans son enthousiasme, ou peut-être prenait-il pour la règle générale des exemples de rendements exceptionnels qu'on lui avait cités aujourd'hui l'orge et le blé restituent au paysan trente et quarante fois la semence qu'il a confiée au sillon'. * Le palmier suffit à tous les autres besoins de la population. Un en tire une sorte de pain, du vin, du vinaigre, du miel, des gâteaux et cent espèces de tissus; les forgerons se servent de ses noyaux en guise de charbon ; ces mêmes noyaux, concassés et macérés, sont employés
I. La tradition indigène, recueillie par Bérose, l'attestait (fragm. I dans Fa. I.emuïant, Etiaide Commentaire iur tri fragment» rotmogoniguei de Béroie, p. 6) et l'on cite ordinairement le témoignage d'Olivier, comme confirmant relui de l'auteur chaldéon. Olivier passe, en elTet, pour avoir découvert de» céréales sauvage» en Mésopolaiiiio. 11 dit seulement [Voyage dan» l'Empire Qthoman, t. 111, p. iilO) avoir rencontré sur les bord» uc l'Euphralc, en aval d'Anah, • dans une sorte de ravin, le froment, l'orge et l'époautre •; du contexte de son récit, il résulte évidemment que ce n'étaient là que des plants redevenus sauvages, ce qu'il avait déjà ohscrvé plusieurs fois en Mésopotamie, L'origine mesopotamienne des diverses espèces de froment et d'orge est admise par A, de Cindolle {Origine drt planta cultirèet. p. 33.1-361, cr. Uabyhniaii and Oriental llerord, t. Il, p. 2ljfi).
i. Destin de Fauchrr-iludiu, d'aprèt un cylindre du Mutée de la Haye (Mekam, Catalogue dru Cylindre* orientaux du Cabinet drt Médaille*, pi. III. n° i-t; cf. I..u.tm, Introduction à l'étude du Culte de Milhra eu Orient et en Orndcnt, pi. XXVII, '). L'original mesure ll-,l>îu de hauteur.
3. IlsaoBoit I, cicm, au témoignage duquel on peut joindre, parmi les écrivains anciens, celui du naturaliste Théophrasle (Hittoria Plantarum, VIII, 7) et du géographe Strabon (XVI, p. 7il).
1. Oliiieb, Voyage daim r Empire Othoman, l'Egypte et la Perte, I. Il, p. Wu.
à la nourriture des bœufs et des moutons qu'on engraisse1. » On soignait avec amour un arbre aussi utile, on observait ses mœurs, on favorisait sa reproduction en secouant les fleurs du mâle sur celles de la femelle; les dieux eux-mêmes avaient enseigné cet artifice aux mortels, et on les représentait souvent une grappe de fleurs à la main droite, avec le geste du fellah qui féconde un palmier2. Les arbres à fruit se mêlaient partout aux arbres d'ornement, le figuier, le pommier, l'amandier, le noyer, l'abricotier, le pistachier, la vigne, aux platanes, aux cyprès, aux tamarisques, à l'acacia : la plaine était aux époques prospères un grand verger qui s'étendait ininterrompu du plateau de Mésopotamie aux rivages du golfe Persique8.
La flore aurait été moins riche, que la faune eût subvenu aisément aux nécessités d'un peuple nombreux*. Une bonne partie des tribus du Bas- Euphrate n'ont subsisté longtemps que de poisson. Elles le mangeaient frais, salé, fumé : elles le séchaient au soleil, le pilaient dans un mortier, tamisaient la poudre au linge et en pétrissaient une manière de pain ou des gâteaux*. Le barbeau et la carpe atteignent de fortes dimensions dans ces eaux lentes, et, si les Chaldéens préféraient sans doute ces espèces aux autres, comme les Arabes qui leur ont succédé en ces cantons, ils ne dédaignaient point les variétés moins délicates, l'anguille, la murène, le silure, même ce grondin singulier dont les habitudes étonnent nos naturalistes. Il séjourne dans l'eau à l'ordinaire, mais l'air libre ne l'effraie point : il saute sur les berges, grimpe aux arbres sans trop de peine, s'oublie volontiers sur les bancs de boue que la marée découvre, et s'y vautre au soleil, sauf à s'enlizer en un clin d'œil si quelque oiseau l'avise de trop près6. Le pélican, le héron, la cigogne, la grue,
1. Strabon, XVI, I, 14; cf. TmtoPHRASTE, Uist. Plant., II, 2, Pline, Mis t. Sa t., XIII, 4. Aujourd'hui encore, les indigènes emploient le palmier et ses diverses parties aux mêmes usages (A. Rich, Voyage aux ruines de llabylonc, p. 154 de la traduction française où Raimond, ancien consul de France à Bagdad, a complété fort heureusement les indications de l'auteur anglais).
2. L'idée que les Chaldéens avaient connu la fécondation artificielle du palmier, de toute antiquité, a été émise la première fois par E. B. Tylor, The Fertilisation of Date-Palms, dans The Academy, 8 juin 1886, p. 396, et dans Sature, 1890, p. 283, ainsi que The winged figures of the Assyrian and olher Ancieul Monuments, dans les Proceedings, t. XII, 1890, p. 383-393; cf. Bonavia, Did the Assyrian s knoiv the Sejres of the Date-Palms, dans the Babylonian and Oriental Record, t. IV, p. 64-69, 89-95.
3. C'est ainsi que les légions romaines la virent encore, au IV0 siècle après notre ère, quand l'empereur Julien l'envahit, pendant sa dernière campagne : « In his regionibus agri sunt pi tires consiti vineis varioque pomorum génère : ubi oriri arbores adsuetae palmarum, per spatia ampla adusque Mescnem et marc pertinent magnum, instar ingentium nemorum » (Ammikn Marcellin, l. XXIV, 3, là).
4. Hœfer a réuni les renseignements que nous possédons sur la faune actuelle des pays du Tigre et de l'Euphrate (Chaldée, p. 182-186), et son travail est le seul que nous possédons sur la matière. Pour les animaux nommés et représentés sur les monuments, on peut consulter Fr. Demtxsch, Assyriscfœ Stndien : I, Assyrischc Thiernamen, et \V. Hoightos, On the Mammalia of the Assyrian Sculptures, dans les Transactions de la Société d'Archéologie Biblique, t. V, p. 33-64, 319-388.
5. Hérodote, I, ce. La façon originale dont les Arabes du Bas-Euphrate pèchent le barbeau au harpon a été décrite rapidement par Layard, Nineveh and Rabylon, p. 567.
6. Ainsworth, Hcsearches in Assyria, p. 135-136, Frazkr, Mesopotamia and Assyria, p. 373.