LA FAUNE : LES POISSONS ET LES OISEAUX
le cormoran, cent races de mouettes, de canards, de cygnes et d'oies sauvages, d'une pâture inépuisable, s'ébattent et prospèrent dans les joncs.
L'autruche et la grosse outarde, la perdrix, la caille, le francolin se canlonnent sur les confins du désert, mais la grive, le merle, l'ortolan, les pigeons, les tourterelles, foisonnent de tout côté, malgré le massacre qu'en font journellement l'aigle, le faucon, l'épervieret les autres oiseaux de proie*. Les ser-
1. Bénin de Faucher-Guiliit, d'uprëx un bat-relief tir {iimrond emuercé nu Brititk Muséum. t. Pour les oiaeaux reprenant!.1» ou iiommila sur los moinimeiils, voir la monographio dp W. Ilou.mos, Thr. Hirds of Ihe Atsyrian Monuments and Hrcnrds, dans lo* Transncliont, t. VIII. p. il-Hi.
5H8 LA CHALDEE PRIMITIVE.
pents se cachent un peu partout, inoffensifs pour la plupart : on n'en connaît que trois variétés qui soient dangereuses, encore leur venin ne produit-il pas les effets foudroyants de celui des vipères à corne ou des urseus égyptiennes. Les lions sont de deux genres, les uns sans crinière, les autres encapuchonnés d'une lourde perruque noire et emmêlée : leur nom indigène signifie proprement le gros chien, et, de fait, ils ressemblent plus à des chiens de belle taille qu'à nos lions roux d'Afrique1. Ils fuient l'homme, se rencoignent pendant le
jour dans les marais ou dans les buissons qui bordent les rivières, et sortent de nuit, comme le chacal, pour courir la campagne. Forcés, ils reviennent sur le chasseur et se battent en désespérés : de même que les Pharaons, les rois chaldéens ne craignaient pas de se mesurer avec eux corps à corps et se vantaient d'en avoir détruit beaucoup comme d'un service rendu à leurs sujets. L'éléphant parait avoir hanté assez longtemps tes steppes du moyen Euphra te': on n'y signale plus sa présence à partir du xin1' siècle avant notre ère, et il
I, l.c nom sumérien du lion l'sl lik-makh, le (,'raml cliieii. I.;i meilleure description de la première espèce est euro™ celle. d'Ulmvr (Voyage duiit l'Emuirr llllwman, 1. Il, p. 4iii~iiT), c|ui en vil cil»] en captivité chez le pacha île l!ae;dad; cf. I.iy.iwi, Xinerch aiitt Baliylim, p. 187.
t. Détail! de Fauehrr-tiurlitt, il'ajirii mi bai-relief de \nnrnud. rontervë au Ilrilith Mutriim.
3. La présence [le l'éléphant dans la Mésopotamie et a Syrie du Nord est liien prouvée par l'inscripliuii i''(,'y|>lU'iiiie (l'Ameiuriiilulii .iu iv siècle; ef. Vu. bAimiM, Sur l' rxiateure de [éléphant daim la UétepotamU an XII' siècle avant 1ère rfirrrliemiti, dans les Comptes rendus de F Académie des ImcripliiiH*, S' série, t. I, p. 1711-183. I.e père l>elallre » réuni ilans Encore un mot sur la Géographie At*griemie. p. 3'1-ill. la plupart i1i-h piissu^es d'iiiui-riptimin eu né [Tonnes i|iii limitent de J'éléplianl.
LE LION ET L'UtUIS. 55»
ne fut dès lors qu'un objet de curiosité importé à grands frais des contrées
lointaines. Il n'est pas du
reste le seul animal qu'on ait supprimé de la sorte au cours des siècles : les souverains de Ninive pourchassèrent si hardiment l'unis qu'ils finirent par l'anéantir*.
Plusieurs sortes de panthères et de félins moyens gîtaient dans les halliers de la Mésopotamie. L'hémione et l'onagre erraient par petites bandes entre le Balikli et le Tigre. Il semble qu'on ait essayé de les
apprivoiser à une époque très ancienne et de s'en servir pour tirer des cha-
I. C'est le rimait des textes et le taureau BJRantesque des tableaux de chasse (W. Ilorsinns, On (ht Mnmmalia, dans les Tranaartiim* île la Korii'-lé «"Archr'-o1(i|fir Biblique, t. V, (>. 33fi-3.il]).
î. Pétrin lie Faiirhrr-Guilin d'aprtt un bat-relirf a**yrien tir Ximrmiil I.iyimi. Monummli of Kitiereli, \" Ser., |il. II). L'anima) est masqua en jinrtip sur l'nrifiinul par les roues d'un char.
3. Peitinde Faurlier-Ciiiliu ifiipret un bat-relief du llritith Muteum (cf. I'i.ji:k. Ninirr.p\. :.\,\).
560 LA CHALItÊE PRIMITIVE.
riots, mais cette tentative ou ne réussit pas ou donna des résultats si incertains qu'on y renonça dès que l'on connut des espèces moins réfractaïres à la domestication'. Le sanglier et son cousin, le porc ordinaire, peuplaient tous les bourbiers; les sculpteurs assyriens se sont amusés quelquefois à représenter dans leurs tableaux de longues truies maigres, filant parmi les roseaux avec leur innombrable progéniture". Comme en Egypte, le porc
demeurait à demi domestique, et l'homme ne comptait, sans parler du chien, qu'un petit nombre de vrais serviteurs, l'àne et le bœuf, la chèvre et le mouton; le cheval et le chameau étaient inconnus au commencement et ne furent introduits qu'après coup*.
Nous ne savons rien des luttes que les premiers habitants, Sumériens ou Sémites, eurent à soutenir pour vaincre les eaux et pour soumettre la terre : les monuments les plus anciens nous les montrent déjà maîtres du sol et depuis longtemps civilisés*. Les principales de leurs cités se répartissaient en deux
. I. Xk»umu>:i, Anal>a*t, I, :;; cf. I.ayabd, Sinernh and it* irmain: t. I, p. SU, note, G. R*»l.i:uos. Thr Fivt Ancient Monarchirn, t. I, p. ÏM-iï5. L'onagre: représenté sur 1ns monuments parait Cire l'Eauua llemîppui (W. Hotr.HTO*, On Ihe Mammaiia, dans les Traniaction*. t. V, p. 37it-380).
t. A propos du pore sauvage ou du sanglier et du nom que ces animaux ont porté dans Ifs i ii'..- ri ji lions cunéiformes, cf. Jkxski, des Wildâr/iarin in den A'tyriith-Rahylonittrhen Intchrifleri , dans la Zcilirhrift fvr Aituriologie, t. I, p. 3IM3-31Î.
3. Detsin dr FawcÀer-Gndin, d'apres vu but- relief ns*yriru ilr Koytiimdjik (Liïabb, The Moiwmfiilt af Sinereh, f Ser.. pi. SS).
4. Le clieval est désigné dans les textes assirii-ns par un ensemlile île signes qui signifient ■ lane de l'Est », et le chameau par d'autres signes où le caractère ïtnr entre également, Des façons de rendre le nom des deux espèces montre bien qu'elles étaient inconnues aux temps les plus anciens : l'époque de leur importation est incertaine. On trouve un char attelé de chevaux sur la Stèir da Vautour*, vers 3000: quant aux chameaux, ils sont mentionnés comme butin fait sur les Bédouins du désert.