‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 256 sur 374 · Haupt, Das Babylonische Nimrodepos, p · texte numérisé non relu

Haupt, Das Babylonische Nimrodepos, p

XISOUTHROS-SHAMASHNAl'ISIITIM. 567

mais c'était chose sérieuse que de trahir à un mortel le secret d'en haut, et,

comme il n'osait s'y risquer directement, son esprit inventif lui suggéra un

artifice. 11 confia la résolution prise à une haie de roseaux' : « Haie, haie, mur,

mur! écoute, haie, et comprends bien, mur! Homme de Shourippak, fils

d'Oubaratoutou , charpente un»

navire, abandonne tes biens, chi

rejette ton avoir, sauve ta ■

embarque toute semence de '

dans le navire. Le navire que

toi lu auras bâti, que les

proportions en soient mesurées exactement, que les

dimensions et la forme en

soient bien réglées, puis

lance-le à la mer*. » Shamash-

napishtim entendit le discourt

adressé au champ de roseau»

ou peut-être les roseaux le lu!

récitèrent. « Je le compris et j

dis à Éa mon maître : « L'ordre, m tablèt^s de l* «mi* bu isucm1

ô mon maître, que tu profères

ainsi, moi je le respecterai et je l'exécuterai ; mais que répond rai -je à la ville,

peuple et anciens? » Ëa ouvrit la bouche et parla; il dit à son serviteur :

* Réponds ainsi et dis-leur : = Parce que Bel me hait, je ne demeurerai plus

dans votre ville et sur la terre qui est à Bel je ne poserai plus ma tète,

mais j'irai sur la mer et j'habiterai avec Ëa mon maître. Or Bel fera tomber

la pluie sur vous, sur la foule des oiseaux et sur la multitude des poissons,

sur l'ensemble des animaux des champs et sur toutes les moissons, mais Éa

vous donnera un signe : le dieu qui règle la pluie, un soir, fera tomber sur

vous une pluie abondante. Lorsque l'aurore se lèvera le lendemain, le déluge

I. Le sens de ce passade est loin d'iHre ci>rliiin : j'ai suivi l'interprétation proposée, avec quelques «arîaules, par l'iiichcs {Addition» and Correction*, dans la Zeitichrift fïtr Ktil/ori'hung, t. I. p. 318), par lin u pt {t'.ollation der liHubar-Legcuden, dans I. - Itrilriii/r /iir Auyriolotjir, t. I, p. 1iH. iiolel cl par Jcilscn (Oit tîoiinolagie drv llabgtfinier, p. :i!ll-:t!P;H. Le stratagème rappelle iinmédiulemeilt l'histoire du roi Midas, el de* roseaux parlants qui connaissaient le secret de ses oreilles d'âne. Dans lu version de Bérose, c'est kronos qui remplit auprès de Xisoutliros le rôle attribué ici au dieu fia,

t. Mai-pt, liai ilabyUmiichr Mmrmltpot, p. 194-f :«3. 1. 19-31.

3. t'ac-timilr de Faurlirr-lîutliii, d'a/irrt la phol'ynij'lm- putilirr pur II Smin. t.hulda-an Aceount of the Drtugt from terra-roi ta tabltU fourni at Mnevrh.

commencera qui recouvrira la terre et noiera tous les êtres1. » Shamashnapishtim répéta l'avertissement au peuple, mais le peuple refusa d'y croire et se moqua de lui. L'ouvrage marcha rondement : la coque avait cent quarante coudées de long, le pont cent quarante de large, tous les joints étaient calfatés de poix et de bitume. Une fête solennelle célébra l'achèvement, et l'embarquement commença* : « Tout ce que je possédais, j'en emplis le navire, tout ce que j'avais d'argent, je l'en emplis, tout ce que j'avais d'or, je l'en emplis, tout ce que j'avais de semence de vie de toute sorte, je l'en emplis: je fis monter dans le navire toute ma famille et mes servantes, bétail des champs, bêtes sauvages des champs, je fis monter tout ensemble. Shamash m'avait indiqué un signe : « Quand le dieu qui règle la pluie, le soir, fera tomber une pluie abondante, entre dans le navire et clos ta porte. » Le signe se manifesta : le dieu qui règle la pluie, une nuit, fit tomber une pluie abondante. Le jour je craignais son aube, j'eus peur de voir le jour, j'entrai dans le navire et je fermai la porte ; afin de diriger le navire, je remis à Bouzour-Bels, le pilote, la grande arche et sa fortune4. *

« Dès que le matin s'éclaira, une nue noire monta des fondements du ciels : Ramman grondait dans son sein, Nébo et Mardouk couraient devant elle, couraient comme deux chèvetaines par monts et pays. Néra le Grand arracha le pieu où s'amarrait l'arche6; Ninib accourut, lança l'attaque, les Ànounnaki levèrent leurs torches et firent trembler la terre de leur éclat, la tourmente de Ramman escalada le ciel, mua toute clarté en ténèbres, inonda la terre comme un lac7. Tout un jour l'ouragan fit rage et souffla impétueusement sur les

1. Haupt, Das Babylonische Ximrodepos, p. 135-136, I. 32-51. La fin du texte est mutilée : j'en ai rétabli le sens général d'après la marche du récit.

2. Haupt, Das Babylonische Nimrodepos, p. 136-437, 1. 54-80. Le texte est encore mutile et ne permet pas de suivre dans tous ses détails la construction de l'arche. D'après ce que l'on peut comprendre, le bateau de Shamashnapishtim était une manière de kélek immense, ponté, sans mât, ni gréement d'aucune sorte. Le texte identifie la fête que le héros célèbre, avant l'embarquement, à la fête Akitou de Mardouk, à Babylone, pendant laquelle « Nébo, le fils puissant, se promène depuis Borsippa jusqu'à Babylone, dans la barque du fleuve A s mou, de beauté » (Pognon, les Inscriptions Babyloniennes du Wady-ftrissa, p. 73, 80, 94-95, 113-114). La mise en barque de Nébo, et son voyage sur le fleuve avaient inspiré probablement la donnée d'après laquelle, la mise en barque de Shamashnapishtim avait été l'occasion d'une fôte Akitou, célébrée à Shourippak : le temps de la fête babylonienne était probablement censé coïncider avec l'anniversaire du Déluge.

3. On a lu et l'on peut lire encore Bouzour-Shadi-rabi ou Bouzour-Kourgal (Haupt, dans Scbrader. Die Kcilinschriflen und das Aile Testament, £• édit., p. 58, 73; Lekornant, les Origines de t 'Histoire \ t. 1, p. 609), en remplaçant le nom de dieu Bel par une de ses épithètes les plus fréquentes : le sens est Protégé de Bel, ou du dieu Grande montagne de la terre, cf. p. 543-544 de cette Histoire.

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