‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 263 sur 374 · LA MORT DE KHOUMBABA · texte numérisé non relu

LA MORT DE KHOUMBABA

ami. Éabani dit à l'hiérodule : « Allons, hiérodule, emmène-moi vers la demeure radieuse et sainte d'Anou et d'Ishtar, aux lieux où se tient Gilgamès dont la vigueur est suprême, et qui, tel un urus, prévaut par sa vigueur sur les héros. Je me battrai avec lui et je lui montrerai ma force; je lancerai une panthère contre Ourouk, et il devra lutter avec elle1. » L'hiérodule conduit son prisonnier vers Ourouk, mais la ville célèbre en ce moment la fête de Tammouz, et Gilgamès ne se soucie pas d'interrompre les solennités pour affronter les travaux auxquels Éabani le convie : à quoi bon ces épreuves, quand les dieux eux-mêmes ont daigné lui dicter en songe la conduite qu'il a tenue et se sont entremis entre leurs enfants? De fait, Shamash prend la parole et trace un tableau séduisant de la vie qui attend le monstre, s'il consent à ne pas regagner ses montagnes. Non seulement l'hiérodule lui appartiendra à jamais, et n'aura que lui pour époux, mais Gilgamès le comblera de richesses et d'honneurs. « Il te couchera sur un grand lit préparé artistement; il t'assiéra sur le divan, il te donnera la place à sa gauche, et les princes de la terre baiseront tes pieds, les gens d'Ourouk ramperont devant toi*. » C'est par ces flatteries et par ces promesses d'avenir que Gilgamès gagna l'affection de son serviteur Éabani, lequel il aima toujours.

Shamash avait ses raisons pour tant insister. Khoumbaba, roi d'Ëlam, avait envahi le pays de l'Euphrate, détruisant les temples et substituant le culte des divinités étrangères à celui des nationales3 ; les deux héros réunis étaient seuls capables de lui tenir tète et de le tuer. Ils rassemblent leurs troupes, se mettent en chemin, apprennent d'une magicienne que l'ennemi se cache dans un bosquet sacré. Ils y pénètrent sous un déguisement, « et s'arrêtent un moment en extase devant le bois de cèdres, ils en contemplent la hauteur, ils en contemplent l'épaisseur; le lieu où Khoumbaba avait accoutumé de se promener à grands pas, des allées y étaient percées, des sentiers entretenus avec soin. Ils aperçurent enfin la butte aux cèdres, séjour des dieux, sanctuaire d'irnini, et, devant la butte, un cèdre magnifique, d'ombre salutaire et déli-

1. H a cpt, Das Babylonische Ntmrodepos, p. 11, 1. 2-p. 13, 1. i. J'ai adouci beaucoup la scène de séduction féminine, qui est décrite avec une sincérité et une précision toutes primitives.

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