H«itpt, Dos Babylonitche Ximrodepoi, p. 59, I. i
*. Hiuit, Bai Babylonitche Nimrodepoi, p. S9, L. 8-iljof. p. 85, I. 8-11.
percé dans le mont Mâshou1, et « dont des êtres surnaturels gardent la porte jour après jour. Eux, dont la taille monte autant que les appuis du ciel et dont la poitrine descend aussi bas que l'Aralou, les hommes-scorpions, ils gardent la porte. L'effroi qu'ils inspirent foudroie, leur regard tue, leur éclat terrifie et détruit les montagnes ; au lever et au coucher, ils veillent sur le soleil. Gilgamès les aperçut et son visage s'altéra de crainte et d'épouvante, leur aspect sauvage lui troubla l'esprit. L'homme-scorpion parla à sa femme : « Celui-là qui vient vers nous, son corps est marqué des dieux*. » La femme-scorpion lui répondit : « Par l'esprit il est un dieu, par l'enveloppe « mortelle il est un homme. » L'homme-scorpion parla et dit : « Ainsi que le « père des dieux a ordonné, il a parcouru des routes lointaines avant de nous « joindre toi et moi8. » Gilgamès comprend que les gardiens ne lui veulent point de mal, se rassure, leur raconte ses malheurs, implore la grâce de passer outre pour arriver jusqu'à « Shamashnapishtim, son père, qui fut transporté parmi les dieux et qui peut donner à son gré la vie ou la mort* » . L'homme-scorpion lui remontre en vain les dangers qui l'attendent, et dont le moindre n'est pas l'horrible obscurité dans laquelle les monts de Mâshou sont plongés : il chemine au sein des ténèbres pendant de longues heures, puis il débouche sur le rivage de la mer qui enveloppe le monde, au voisinage d'un bois merveilleux. Un arbre surtout excite son étonnement : « dès qu'il le voit, il y court. Les fruits sont autant de pierres précieuses, les branches sont splendides à regarder, car les rameaux sont chargés de lapis et les fruits sont d'une apparence superbe. » Dès que son admiration s'est calmée, Gilgamès se lamente et maudit l'Océan qui l'arrête. « Sabitou, la vierge qui siège sur le trône des mers », l'aperçoit de loin et d'abord se retire dans son château et s'y barricade. Il l'interpelle de la grève, l'implore et la menace tour à tour, l'adjure de l'aider dans son voyage : « S'il se peut, je franchirai la mer; s'il ne se peut point, je me coucherai par terre pour mourir. » La déesse se laisse enfin toucher à ses larmes. « Gilgamès, il n'y eut jamais ici de passée, et personne, depuis un temps immémorial, ne peut franchir la mer. Shamash le preux franchit la mer : après Shamash, qui peut
1. Le pays de Mâshou est le désert à l'ouest de l'Euphrate, confinant d'une part aux régions septentrionales de la mer Rouge, de l'autre au golfe Persique (G. Smith, The Chaldxan Account of Genesis, p. 262); le nom parait s'en être préservé dans celui de la Mésène classique et peut-être du pays de Masa des Hébreux (Fr. Delitzsch, Wo lag das Parodies? p. 442-243).
2. On ne doit pas oublier en effet que Gilgamès est couvert de lèpre; c'est la maladie dont les dieux chaldéens marquent leurs ennemis, lorsqu'ils veulent les châtier de manière exemplaire.