Haupt, Das Babylonische Nimrodepos, p
SHAMASHNAPISHTIM ACCUEILLE GILGAMES. 585
la franchir? La traversée est malaisée, difficile le chemin, périlleuse l'Eau de Mort, qui est tirée, comme un verrou, » entre toî et ton but. « Si même, Gilgamès, tu franchis la mer, quand tu seras parvenu à l'Eau de Mort, que feras-tu? » Arad-Éa', le matelot de Shamashnapishtim, est seul capable de mener à bien l'entreprise : « s'il est possible, lu franchiras la mer avec lui ; s'il n'est pas possible, tu reviendras sur tes pas. » Arad-Éa s'embarque avec le héros : quarante jours de croisière orageuse les mènent aux Eaux de la Mort qu'ils dépassent d'un effort suprême. Au delà, ils se reposent sur leurs rames et desserrent leur ceinture : l'île, bienheureuse se dresse devant eux, et Shamashnapishtim se tient sur la rive, prêt à répondre aux questions de son petit-fils*.
Il faut être dieu pour pénétrer dans son paradis mystérieux : la barque,
qui porte un simple mor- [|l01,È, „ lilD tt N,»iCl|EX, om leu» ïawuu*.
tel, s'arrête à quelque distance du rivage, et la conversation s'engage par-dessus bord. Gilgamès fait un récit nouveau de sa vie et expose le motif qui l'amène; Shamashnapishtim lui répond stoïquement que la mort est une loi inexorable, à laquelle il vaut mieux se soumettre de bonne grâce. « Si longtemps nous bâtirons des maisons, si longtemps nous scellerons des contrats, si longtemps les frères se querelleront, si longtemps il y- aura hostilité entre les rois, si longtemps les fleuves pousseront leurs flots par-dessus leurs rives, on ne pourra tracer aucune image de la mort. Quand les esprits saluent un homme à sa naissance, alors les génies de la terre, les dieux grands, Mamitou la faiseuse de sorts, tous ensemble lui attribuent un destin, ils lui fixent la mort et la vie; mais les jours de sa mort lui restent inconnus'. » Gilgamès pense sans
I. Le nom a été lu successive mont Ourkhainsi (G. Siiith, The Ckaldœan Acrmtnt, dans les Trantactions, t. Il, p. 318), Ourbel [Fit. Lkhmumm, tri Premirrci Civiliialiem, t. II, p. 30-31), Ouriol (OpptsT, Fragment! de Cosmogonie ihaldéenne, dans Liai* n», Hîitoirr d'hrael, t. I, p. 433); la dernière lecture, incertaine encore, est \rad-t.a, le serviteur d'fca, ou Amil-F,a, l'homme d'En.
S. Ce récit couvrait les tablette» IX et X qui sont lentes deux trop mutilée» pour qu'on puisse cil donner une traduction suivie. On en trouvera de nombreux passages traduits dans G. Smith (The t'.haldxan Account of Garni; p. ili-USt), dans A. Jeremias (hdubar-Nimrod, p. 28-31) et dans Sauveplane {Une Epopée llabylonienne, Ittubar-liitgamii, p. 86-ftS).
3. Dettin de yaiir.lter-Gu.din, d'âpre» une ialailtt eJieldéeaue du ilritiili Muséum (Memm, Rechercha iur lu Glyptique orientale, pi. 11, n" 4, cl p. 90-1 OU; cf. L.u Mo, Introduction à l'étude du culte public et de* Militera de itithra en Orient et ni Occident, pi. IV, n" 8). l/ori((iii«l a 0-.0Ï8 de hauteur.
-i. IIupt, lia» tlabylonm-he Simrodepot, p. B0, 1. iG-39.
doute à part soi que son aïeul a beau jeu prêcher la résignation quand il a su échapper lui-même à la fatalité. « Je te regarde, Shamashnapishtim, et ton apparence n'a point changé : tu es comme moi et n'es pas autrement, tu es comme moi et je suis comme toi. Tu serais assez vigoureux en ton cœur pour affronter la bataille, à en juger ton aspect : dis-moi donc comment tu as obtenu cette existence parmi les dieux à laquelle tu aspirais?1 » Shamashnapishtim y consent, ne fût-ce que pour lui montrer combien son cas est extraordinaire, et à quel point il méritait un destin supérieur à celui qui est réservé à la foule humaine. H lui raconte le déluge, comment il put s'y soustraire par la faveur d'Éa, et comment, par celle de Bel, il fut incorporé vivant à l'armée des dieux*. « Et maintenant, ajoute-t-il, en ce qui te concerne, lequel des dieux te prêtera la force d'obtenir la vie que tu réclames? Allons, endors-toi! » Six jours et sept nuits, il sembla un homme dont la force paraît suspendue, car le sommeil avait fondu sur lui comme un coup de vent. Shamashnapishtim parla à sa femme : v Vois cet homme qui demande la vie et sur qui le sommeil a fondu comme un coup de vent? » La femme répondit à Shamashnapishtim, l'homme des terres lointaines : « Charme-le, cet homme, et il mangera le brouet magique, et le chemin par lequel il est venu, il le refera sain de corps, et la grande porte d'où il est sorti, il retournera par elle en son pays. » Shamashnapishtim parla à sa femme : « Le malheur de cet homme te chagrine; eh bien, cuis-le, le brouet, et mets-le-lui sur la tête. » Et dans le temps que Gilgamès dormait à bord de son navire, le brouet fut cueilli, le second jour il fut épluché, le troisième il fut trempé, le quatrième, Shamashnapishtim para sa marmite, le cinquième il y mit la Sénilité, le sixième le brouet fut cuit, le septième il charma soudain son homme, et celui-ci mangea le brouet. Alors Gilgamès parla à Shamashnapishtim, l'habitant des contrées lointaines : « Je vacillais, le sommeil m'avait saisi, tu m'as charmé, tu m'as donné le brouet3. » L'effet n'en serait pas durable, si d'autres cérémonies ne venaient se joindre à cette cuisine de sorcier : Gilgamès ainsi préparé peut désormais descendre sur le rivage de l'île bienheureuse et s'y purifier. Shamashnapishtim confie le soin de l'opération à son matelot Arad-Éa : « L'homme que tu as conduit, son corps est