Haupt, Das Baby Ionise he Mmrodepos, p. 147, 1. 295-2U
5<* LA CHALDËE PRIMITIVE.
descend, et tandis qu'il puise l'eau, un serpent en sort et lui ravit la plante, oui, le serpent s'élança et emporta la plante, et s'en fuyant il jeta une malédiction. Ce jour-là Gilgamès s'assit, il pleura, et les larmes lui ruisselaient sur les joues, il dit au matelot Arad-Éa : « A quoi bon, Arad-Éa, mes forces c sont-elles rétablies? à quoi bon mon cœur se réjouissait-il de mon retour c à la vie? Ce n'est pas moi-même que j'ai servi, c'est ce lion terrestre que j'ai « servi. A peine vingt lieues de route, et pour lui seul il a déjà pris possession « de la plante. Comme j'ouvris le réservoir, la plante m'échappa et le génie du « puits s'en empara : qui suis je pour la lui arracher?1 » 11 se rembarque tristement, il rentre dans Ourouk la bien-gardée, et il songe enfin à célébrer les funérailles solennelles dont il n'a pu honorer Éabani au moment même de la mort*. H les dirige, accomplit les rites, entonne la cantilène suprême : « Les temples, tu n'y entres plus; les vêtements blancs, tu ne t'en pares plus; les pommades odorantes, tu ne t'en oins plus pour qu'elles t'enveloppent de leur parfum. Tu ne presses plus ton arc à terre pour le bander, mais ceux que l'arc a blessés t'entourent; tu ne tiens plus ton sceptre en ta main, mais les spectres te fascinent; tu n'ornes plus tes pieds d'anneaux, tu n'émets plus aucun son sur terre. Ta femme que tu aimais, tu ne l'embrasses plus ; ta femme que tu haïssais, tu ne la bats plus. Ta fille que tu aimais, tu ne l'embrasses plus ; ta fille que tu haïssais, tu ne la bats plus. La terre rugissante t'op presse, celle-là qui est obscure, celle-là qui est obscure, Ninazou la mère, celle-là qui est obscure, dont le flanc n'est pas voilé de vêtements éclatants, dont le sein comme un animal nouveau-né n'est point couvert8. — Éabani est descendu de la terre à l'Hadès ; ce n'est pas le messager de Nergal l'impitoyable qui l'a ravi, ce n'est pas la peste qui l'a ravi, ce n'est pas la phtisie qui l'a ravi, c'est la terre qui l'a ravi ; ce n'est pas le champ de bataille qui l'a ravi, c'est la terre qui l'a ravi!4 » Gilgamès se traîne de temple en temple, répétant sa complainte devant Bel. devant Sin. et se jette enfin aux pieds du dieu des Morts, de Nergal : « Crève le caveau funéraire, ouvre le sol, que l'esprit d'Éabani sorte du sol comme un coup de vent! » Dès que Nergal,
1. Haupt, Das Habylonische Ximrodcpos, p. 1 17-148, 1. 304-310.
4. Le texte de la douzième tablette a été publié par Boscawen (Soles on the Religion and Mythology of the Assyrians, dans les Transactions de la Société d'Archéologie Biblique, t. IV, p. 470-286), et plus complètement par Haupt {Die zwôlfte Tafel des Babijlonischcn Sintrodepos, dans les lieitrâge sur Assyriologie, t. I, p. -18-70).
3. Haupt, Die zwôlfte Tafel des Babylonischen Nimrodepos, p. 57, 1. 11-30; cf. p. 49, 1. 34-45, et p. 59. 1. 16-44. Le texte est mutilé et ne peut encore être entièrement rétabli malgré la répétition des mêmes phrases dans plusieurs endroits différents. Les lacunes qui subsistent ne l'empêchent pas d'être compréhensible, et la traduction en reproduit le sens et le mouvement, sinon l'expression littérale.
4. Haupt, Die zwôlfte Tafel, p. 59, 1. 43-46; cf. p. 55, I. 1-4, et p. 61, I. 17-19.