LE SYSTÈME DES DYNASTIES BABYLONIENNES
On a essayé de faire concorder les deux listes, et l'on y a réussi de plus d'une manière1 : c'est, je crois, du temps et de l'ingéniosité perdus1. Comme les Égyptiens, les Chaldéens n'avaient réuni pour certaines périodes même rapprochées de leur histoire, que des documents écourtés, incohérents, souvent contradictoires, entre lesquels ils étaient embarrassés de choisir : ils ne s'entendaient pas toujours lorsqu'ils voulaient déterminer combien de dynasties s'étaient succédé pendant ces temps douteux, de quels rois chacune d'elles se composait, combien d'années il convenait d'attribuer à chaque roi. Nous ignorons les motifs qui déterminèrent Bérose à recevoir une tradition de préférence aux autres : peut-être n'avait-il plus le choix, et celle dont il se fit l'interprète était-elle la seule que l'on possédât encore. En tout cas, elle forme un ensemble auquel on ne peut toucher sans fausser l'intention de ceux qui l'ont conçue ou qui nous l'ont transmise. On doit ou la rejeter ou l'accepter telle qu'elle est, en bloc et sans changement : à vouloir l'adapter au témoignage des monuments, c'est un système nouveau que l'on crée, quand on s'imagine corriger simplement l'ancien. Le mieux est après tout de l'abandonner pour le moment, et de nous en tenir aux listes originales dont les débris sont parvenus jusqu'à nous : elles ne nous rendent certainement pas l'histoire de la Chaldée telle qu'elle se déroula d'âge en âge, mais elles nous enseignent ce que les Chaldéens des derniers siècles connaissaient de cette histoire ou pensaient en connaître. Encore est-il prudent de les traiter avec réserve et sans oublier que, si elles s'accordent assez bien dans le gros, elles diffèrent souvent par le détail. Ainsi, les petites dynasties qui portent les numéros VI et VII comprennent un même nombre de rois sur les deux tablettes qui constatent leur existence3, mais les chiffres d'années qui sont
1. Les premiers essais en ce sens furent faits naturellement par Smith et Pinches, quand ils découvrirent les tablettes [Transactions de la Société d'Archéologie Biblique, t. III, p. 361 sqq., J*roceedings, t. III, p. 20 sqq.; cf. 37 sqq., t. VII, 193 sqq., t. VII, p. 65 sqq.); d'autres ont essaye après eux de combiner tout ou partie des listes avec tout ou partie du canon de Bérose, Homme! (Die SemUisrhen Yôlkcr, t. I, p. 346-3-41, -483-184, Zur Altbabylonischen Chronologie, dans la Zeifschrift fur Kei/schriftforschung, t. I, p. 32- M, Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 168- 176), Delitzsch [Die Sprache der Kossxer, p. 19-41, 6-1 sqq.), Schrader [Die Keilinschriftliche Babylonische Kônigsliste, dans les Sitzungsberichle der Berliner Akademie, 1887, t. XXXI, p. 579-608, et t. XL VI, p. 917-951).
4. Voir ce que disent sur la dissemblance de ces deux canons Oppert (la Xon-ldcntité de Phul et de Teglathphalazar, dans la Revue d'Assyriologie, t. I, p. 169-170, note), Tielc (Babylonisch- Assyrische Geschichte, p. 109-114), Wincklcr (Vnlersuchungen zur Altorientalischen Geschichte, p. 3-6).
3. Le texte et la traduction ont été donnés par Pinches (The Babylonian Kings of the second Period, dans les Provecdings de la Société d'Archéologie Biblique, t. VI, p. 196-197, et colonne III de la tablette) et par G. Smith (On fragments of an Inscription, dans les Transactions, t. III, p. 374- 376) ; la traduction seule se trouve chez Sajce (The Dynastie Tablets, dans les Bccords of the Pastt 4»- ser., t. I, p. 17, 41). Sur les différences que présentent les deux listes à cette place, on peut consulter en dernier lieu Wiscklkr, Vnlersuchungen zur Altorientalischen Geschichte, p. 11.
H1ST. ANC. I)K l/OHIK.NT. — T. I. 75
LA CHALDÊE PRIMITIVE.
attachés aux noms des Fois et le total de chaque dynastie varient un peu de Tune à l'autre :