‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 280 sur 374 · NARAMSIN ET LE PREMIER EMPIRE CHALDÉEN · texte numérisé non relu

NARAMSIN ET LE PREMIER EMPIRE CHALDÉEN

fortune sort plus assurée de la crise où elle avait failli sombrer. Tous ces événements se seraient accomplis vers 38Q0 avant notre ère, au temps où la VIe dynastie florissait en Egypte1. Ils n'ont rien d'invraisemblable en soi, et nous pourrions les accepter sans crainte, si l'ouvrage où ils sont consignés n'était pas un traité d'astrologie*. L'auteur voulait justifier par des exemples empruntés aux chroniques les pronostics de victoire ou de défaite, de paix domestique ou de rébellion qu'il déduisait de l'état du ciel aux divers jours des mois; en remontant jusqu'à Sargon d'Agadé, il bénéficiait à la fois et du respect qu'on éprouvait autour de lui pour la haute antiquité, et de la difficulté qu'aurait éprouvée le vulgaire à contrôler ses assertions. Sa bonne foi prête d'autant plus au soupçon qu'une partie au moins des exploits qu'il attribuait au vieux Sargon avaient été récemment accomplis par un Sargon nouveau : la vie glorieuse du Sargon d'Agadé semble n'être chez lui que la vie plus glorieuse encore du Sargon de Ninive projetée dans le passé le plus

lointain3. Si vraiment l'enchaînement des faits qu'il expose est une invention de visée après coup, la fraude prouve du moins quel prestige s'attachait chez les lettrés de l'Assyrie à la mémoire «du conquérant chaldéen.

Naramsin, qui lui succéda vers 3750, hérita de sa puissance et en partie de sa renommée4. Les tables astrologiques prétendent qu'il donna l'assaut à la ville d'Apirak, tua le roi Rishramman et emmena la population en esclavage. Une autre de ses guerres aurait eu pour théâtre une contrée de Mâgan qui, dans la pensée de l'écrivain, représentait certainement la péninsule du Sinai

1. La date 3800 du règne de Sargon est déduite par à peu près de celle que l'inscription de Nabonatd (cf. plus bas à la note 4) nous permet d'adopter pour le règne de Naramsin.

2. Les passages de ce traité relatifs à Sargon et à Naramsin, réunis et traduits pour la première fois par G. Smith (On the Early History, dans les Transactions, t. I, p. 47-51), ont été reproduits depuis par Menant (Babylone et la Chaldée, p. 100-103), par Homrael (Geschichte Babyloniens umt Assyriens, p. 304-306, 310) et par Winckler (dans la Keilschriftliche hibliothek, t. III *, p. 102-107).

3. Homme! (Geschichte, p. 307) croit que la vie de'notre Sargon a été modelée sur celle, non de Sargon l'Assyrien, mais d'un second Sargon, qu'il place vers 4000 av. J.-C. (cf. p. 596, note 4 de cette Histoire). Tiele (Babylonisch-Assyrische Geschichte, p. 115) refuse d'admettre l'hypothèse, mais les objections qu'il soulève peuvent être écartées, je crois; Hilprccht (The liabylonian Expédition of the University of Pennsylvania, t. I, p. 21 sqq.) admet l'authenticité des faits dans tous leurs détails. On remarquera une ressemblance lointaine entre la vie du Sargon légendaire et les conquêtes de Ramsès II, terminées par une conjuration au retour, telles qu'Hérodote (II, c) les raconte.

4. La date de Naramsin nous est donnée par le cylindre de Nabonaid qui est cité un peu plus bas. Elle fut découverte par Pinches (Some récent Discoveries bearing on the Ancien t History and Chronology of Babylonia, dans les Proceedings de la Société d'Archéologie Biblique, t. V, p. 8-9, 12). L'authenticité en est maintenue par Oppert (dans le Journal Asiatique, 1883, t. I, p. 89), par Latrillc (Der Nabonidcylinder V B. 64, dans la Zeitschrift fur Keilforschung, t. II, p. 357-359), par Tiele (Geschichte, p. 111), par llommel (Geschichte, p. 166-167, 309-310, qui avait d'abord éprouvé quelque hésitation, dans Die Semilischen Yôlker, p. 347 sqq., 487-489), par Delitzsch-Miïrdter (Geschichte, 2' éd.* p. 72-73); elle a été révoquée en doute, avec réserve par Ed. Meyer (Geschichte des Alterthums, t. 1, p. 161-162) et plus résolument par Winckler (Unlersuchungen zur Altortentalischen Geschichte, p. 44-45; et Geschichte, p. 37-38). Il n'y a pour le moment aucune raison sérieuse d'en contester l'exactitude, au moins relative, si ce n'est la répugnance instinctive des critiques modernes à considérer comme légitimes des dates qui les reportent plus loin dans le passé qu'ils n'ont l'habitude d'y pénétrer.

et peut-être l'Egypte1. L'expédition contre le Mâgan eut lieu véritablement, et l'un des rares monuments qui nous restent de Naramsin y fait allusion. C'était en effet de ce pays que les souverains tiraient les blocs de pierre dure dont ils fabriquaient les vases précieux destinés au service des palais ou des temples'; ils y expédiaient de temps en temps des troupes qui leur rapportaient les matériaux dont ils avaient besoin. Toutefois Mâgan était alors, non pas l'Egypte, mais le canton d'Arabie confinant à la Chaldée méridionale et au golfe Persique5. D'autres inscriptions nous disent au passage que Naramsin régnait sur les quatre maisons du monde, sur Babylone, sur Si p para, sur Nipour*. Comme son père, il avait travaillé à l'Ékour de Nipour et à l'Éoulbar d'Agadé5; il avait de plus bâti pour son propre compte le temple du Soleil à Sippara0. Les destinées en furent longues et variées. Remanié, agrandi, ruiné à mainte reprise, la date de la construction et le nom du fondateur s'étaient perdus par la suite des jours, et l'on ne savait plus à qui en attribuer la fondation. Le dernier roi indépendant de Babylone, Nabonaîd, découvrît enfin les cylindres par lesquels Naramsin, fils de Sargon, signifiait à la postérité ce qu'il avait fait pour élever au dieu de Sippara un sanctuaire digne de lui : « depuis trois mille deux cents ans, aucun des souverains n'avait réussi à les trouver ». Nous ne pouvons plus juger ce qu'étaient ces édifices si vénérés des Chaldéens eux-mêmes : ils ont disparu entièrement, ou, s'il en subsiste quelque chose, les fouilles ne nous l'ont pas rendu encore. Mais plusieurs menus objets échappés par hasard à la destruction nous donnent une idée avantageuse des artistes qui vivaient en ce temps-là autour de Babylone,

1. Hawunson, Cun. Ins. W. Asia, t. IV, pi. 3-4, col. II, I. 10-18.

2. Vase en albâtre au nom de Naramsin, perdu dans le Tigre; la légende a été traduite par Oppcrt (Expédition en Mésopotamie, t. I, p. 273, et t. II, p. 327; cf. Kawlikson, Cun. Ins. H". Asia, t. I, pi. 3, n« 7) d'abord. On hésite pour le sens entre Vase, butin de Mâgan (Oppert, Die Franzôsischen Ausgrabungcn, dans les Verhandlungen du IV" Congrès des Orientalistes, t. Il, p. 243), ou même conquérant du jxiys de Mâgan (Oppert, La plus ancienne inscription sémitique jusqu'ici connue, dans la Berne d'Assyriologie, t. III, p. 20], et Vase en travail poli de Mâgan (Honmel, Ceschichte, p. 278-279, 308-3OÎ) et note 1), après avoir lu conquérant d'Apirak et de Mâgan (Smith, Early Mis tory, dans les Transactions, t. I, p. 52; Menant, Habylone et la Chaldée, p. 103; Tiele, Ccschichie, p. 115).

3. Voir sur le site primitif de Mâgan ce qui est dit p. 564, note 3, de celte Histoire.

4. Il est roi des quatre maisons sur le vase d'albâtre perdu, et roi de Babylone sur un cylindre de Nabonaid; Sippara lui appartenait, puisqu'il y construisit un temple, et les fouilles du Dr Petcrs ont mis au jour des inscriptions qui prouvent qu'il possédait la ville de Nipour (Hilprecht The Babylonian Expédition of the Universily of Pennsylvania, t. I, p. 18-10, pi. 3, n° 4 ; The Academy, 1891, 3 septembre, p. 199, Zeitschrift fur Assyriologie, t. VII, p. 333 sqq.).

5. Hilprecht, The Babylonian Expédition of the Vniversity of Pennsylvania, t. I, pi. IV; Rawl vson, Cmw. Ins. \Y. Asia, t. I, pi. 09, col. H, 1. 29-31; cf. Peiser, Inschriflen NabonioTs, dans la Keilschriflliche Bibtiothek, t. 111, 2' partie, p. 85.

6. IUwli.nson, Cuti. Ins. H*. Asia, t. V, pi. 04, col. II, 1. 57-00; cf. Pinches, Some Becent Discoverics bearing on the Ancien! History and Chronology of Babylonia, dans les Proceedings de la Sociott» d'Archéologie Biblique, t. V, p. 8-9, 12. Le texte qui nous fournit ce renseignement est celui dans lequel ISabonaid affirme que Naramsin, fils de Sargon d'Agadé, avait fondé le temple du Soleil à Sippara, 3200 ans avant lui, et qui nous donne la date de 3750 avant notre ère pour le règne de Naramsin.

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