LES CITÉS DU SUD, LAGASH ET SES ROIS
nous ne possédons ni résumé de leurs chroniques ni listes de leurs dynasties, et les inscriptions sont encore peu commu""" ""' parlent de leurs dieux et de leurs princ Celle de Lagash est peut-être aujourd'hui la plus illustre de toutes1. Elle occupait le cœur du pays et s'étendait sur les deux rives du Shatt el-Hai : le Tigre la séparait à l'est de l'Anshan, le plus occidental des cantons élamiles, avec lequel elle entretenait une guerre de frontières pe pétuelle*. Toutes les parties ne se valaie pas dans ce territoire ; la campagne, fertile et bien cultivée près du Shatt-el-Haî, s'appauvrissait et se noyait dans les boues à mesure qu'on avançait vers l'est, et ne nourrissait plus qu'à grand peine une population de pêcheurs pauvre et clairsemée. La capitale, bâtie sur la rive gauche du canal, s'étirait du nord-est au sud-ouest, sur une longueur d'environ sept
kilomètres'. C'était moins une ville qu'une série de gros villages très rapprochés, groupés chacun autour d'un temple ou d'un palais, Ourouazagga, Ghishgalla, Ghirsou, Nina, Lagash' : ce dernier imposa son nom à l'ensemble. Une branche dérivée du Shatt-el-Hai la protégeait vers le sud et apportait ses
I. Elle nous eut connue presque exclusivement parles recherche» du M. du Samcc ut par nus découvertes sur le site de TeKoh. Le produit de ses fouilles, acquis par l'Etat français, est dénoué aujourd'hui au Musée du Louvre; la description des ruines, le texte des inscriptions, les statues, tous les objets trouvés au cours des travaux ont été publiés par IIcczky-Suiki:, Déconcertes en i'.haldée. Le nom ancien de la ville a été lu Sirpourla, /.ireulla (Siiti. ¥.arly llitlory of Babytonia, dans les Transaction*, t. t. p. 30; Doscawiîii, On tome Early Babylonien or Akkadian Interiptiont, dans lus Trantacliaia, I. VII, p. Ï7G-Î77), Sirtolla (Owebi, Die Franznsischen Ausgrabungeu in ChaUma, dans les Verhandlungen du IV" Congrès des Orientalistes, t- II, p. Hi, el journal Asiatique, IBS*, I. XIX, p. 73), Sirboulla (Homel, DU Semilisc/ien Yolker, p. 4!)*, note 103). l'inches (Vui-le lo the Knityuiijit Gatttry, p. 7, noie t. el Babylotlian and Oriental Itccord. t. III, p. i3) a rcnconlrc dan» un syllabaire !a lecture Lagash pour les signes qui composent ce nom; peut-être Lagash est-il le nom plus récent de la ville el Shirpoiula lo nom primitif (Jïjswi. Ditchriflen der Kotiige und Statihallcr ion Lagaseh, dans la KeiUelirifUiche. HMiolhck, t. III, 1™ partie, p. 5).
■i. Ainsi, au temps de f.oudéa (Iiucriptinn U, I. C.4-B9; cf. Aiiai/d, Interiptiont of Tclloli, dans le) Itecordtof lot Paît, i'' Sur., t. II. p, 8i, et dans llMm-Smir.:, Découvertes ni t'.haldée, p. M; inxntx, Inschriflen der Kànige and Statlhaller, dan» la hcil'chriftlirhe Bibliothe/,, t. III, I" partie, p. 39). Voir la mention de la prise d'Anshan par ce prince, à la p. CIO de cette Histoire.
3. Destin de Fauehei-Gudin. d'apret le bas-relief de Lagash, contené au Hnsr'e du l-ourrc, (Hmn-SiBin:, Découvertes en f.huldée, pi. 1. n" S).
i. La description du site su trouve dans lls.ixi:r-.Sini<n:, Découvertes en Clialdèe, p. * su,q.
S. &>uiip, Sirpourla, p. 1-8. Amiaud pense que les qualrc lells marqués N-l' sur le plan de M. do
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eaux au bourg de Nina : on n'a retrouvé aucune trace d'enceinte générale, et les temples et les palais servaient de refuge à son peuple en cas d'attaque. Kl le avait pour totem, pour armes parlantes, un aigle à tète double posé sur un lion passant ou sur deux demi-lions adossés1. Le chef des dieux qu'on y adorait s'appelait Ninghirsou, le maître de Gliirsou, dont il habitait le sanc-
tuaire; sa compagne Baou, et ses associés Ninagal, Innanna, Ninsia, se partageaient la propriété des quartiers dont la cité se composait3. Les princes s'intitulèrent d'abord rois et prirent ensuite le titre de Vicaires, — patéski — , lorsqu'ils durent avouer la suzeraineté d'un souverain plus puissant, celui d'Ourou même ou celui de Babylone*.
Ouroukaghina est, vers 3^00, le premier en date des rois de Lagash dont la mémoire soit parvenue jusqu'à nous : il répara ou agrandit plusieurs
Sanec marquent LV m place me ni Je Nina : les autres telU re présente raient le site de Ctiirsou. Cbishgalla et Ourouaiagga seraient en dehors de la région fouillée par l'explorateur. Hommcl a pensé (OrtcAifkle babylonien! und Ain/rien*, p. 3iS, ;ii7:$ïK. 337) et pense |)out être encore que Siiiiî est Ninîve ol Ghirsou peut-être Ourouk.
1. Sur ces armes de Lapsli, cf. Ilti *ky, les Origines orientale* de V Art , I . I, p. iO-it, Heiiht-Simm:, Dà-ntivertesett ('.hiiltlà, p. N7-U1. el en dernier Heu l\wif.\. le* Armoiries C.liottlrrnnciidr Srrjimirlatt'aprèf feu Déconcerta de. M. de Sar;ec, dans les ilnimmentt et Mémoire* de la Fondation Fiat, I. I, p. 7-ÏO.
î. tiemin de Faurker-Guditt, d'âpre* le bus-rrlie/'dr l.nijttsli. innsn-ir mi Huie'e du Loutre (Hkciey- Kahec, Décourerlet en C.haldee. pi. I liis. a" i).
3. Pour le détail des divinités adorées à Lagasli, voir Am.uo. Sirpourla, p. 15-11'; cf., p. ii;tfi-G39 de celte lliitoire, ce qui est dit sur l'identification des divinités sumériennes avec les sémitiques.
4. La lecture patit/ii, patênhi, du mot qui serl à désigne r les souverains des petits Klals chaldéeus. longtemps cou te *t (':<;, est établie aujourd'hui par des vtirianles certaines ;\V. Naïfs W.ian, On an intrribed llabytonian Weitjht. dans les Proceedingi de VAmrrieau Oriental Soeiely, octobre 1HSS, p. iii-im ; cf. I. eh *.i mi, Au* einem Brîefe, dan» la Zeittrhrift fîir Aityriotogir, t. IV, p. i'ji, et Juiw, Iwtehri fini lier Koiiige, dans la Kcilahriftliihe IlibUothek, t. lit. 1" partie, p. it-7). On a traduit le litre par ricc-roi. prelre, employé, cl l'on a pensé qu'il marquait la dépendance du personnage qui le portail, soit vis-à-vis d'un roi suzerain, soit vis-à-vis d'un dieu. Je comprends paléihi comme ropâit en figypte (cf. p. 7H-7I de cette Hi/loirr). C'est un vieux lilre des princes féodaux de la C ha Idée, à la Tois ciiil el relifieu\, puisque ces prinres even; aient l'autorité relijiieuse comme l'autorité civile : ils lu prenaient au début, lorsqu'ils étaient indépendants l'un de l'autre, et ils le conservèrent quand ils tombèrent sous la dépendance d'un souverain plus puissant, d'un roi. Les rois eux-mêmes pouvaient s'en parer, avec ou sans épitbètes. de la même façon que les Pharaons faisaient pour le titre je ropâit : c'était une affectation d'archaïsme aux bonis de l'Kuphrale comme aux bords du Nil.
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temples, et creusa la rigole qui abreuvait le bourg de Nina'. Quelques générations plus tard, nous trouvons le pouvoir aux mains d'un certain Ournirià, dont le père Ninigaldoun et le grand-père Gourshar ne reçoivent aucun titre,
ce qui ne prouve pas qu'ils n'aient point régné'. Ourninà parait avoir été d'humeur pacifique et dévote', car ses inscriptions parlent beaucoup des édifices qu'il érigea en l'honneur des dieux, des ustensiles sacrés qu'il dédia, des bois qu'il fit venir du Màgan pour satisfaire aux besoins de la
1. C'est le canal que Ouroukaghina et Goudéa firent nettoyer ; il est noramf .\iii<i-[fcij -fournir, fleuve préféré de la déesse Nina, ou plutôt du bourg de Nina (Auuiid, Sirpourla, p. 5).
t, Dessin de t'nucher-Gudiii, d'après le bas-relief du Louvre f"1 (IIel'iit, Rteomlruetion partielle de ta Stèle du roi Èannadau, dite Sléte des Vautours, pi. 11).
3. La série des premiers rois et des vicaires de Lagash a été établie en dernier lieu par Heuzoy (Généalogies de Sirpourla d'aprèi let Découverte* de M. de Sarzee, dans la Demie d' Attyriologie, t. II, p. 78-B4), qui place Ouroukaghina en télé de la liste (irf., ibilt., p. Si), opinion adopter par M. Jensen {Keilschriftlicke Bibliothek, t. III, 1» partie, p. 1S. 10) : Homme! (Getcliichle, p. Ml] lui donnait le troisième rang parmi les rois. L'époque de ces piinres a été estimée de façon diverse. Ilommel (tieschichle. p. Ï'JI) fait vivre Ouroukaghina vers lilMl avant notre ère, trois cents ans environ après son Ourglianna qu'il inscrit en télé de la liste, et Heure)', sans se hasarder à donner un chiffre même approximatif, tend à mettre les rois de Lagasli avant Shargani et Naramsin. Ililprecht \Tlic Dabylonion Expédition uf the Vnivrrtitu o{ l'ennsyleania, t. I, p. Itl) les croit de même antérieur;, à Sliarpni-sh.ir-ali; il affirme que ce prince soumit leur royaume et les réduisit à ta condition de vicaires. Ce* hypt.ith.eses ne reposent que sur des appréciations artistiques dont la ta)>-ur n'a pas clé jugée décisive par tous les savants (cf. NilPIM, Sur le relief de Naramsin, dan» la (te, nul. t. XV, p. 6j-G6). L'intervalle de deu\ mille ans qu'elles supposent entre les premiers cl 1rs derniers dei souverains qui appartenaient à ce* dynastie* primitives de Lagash ne paraît pas être justifié par les circonstances matérielles de la découverte. L'importance de la ville ne dura pi' si longtemps . en plaçant les premiers rois trois ou quatre cents ans avant ceux d'Ourou, Ourbaim et tniu -i i h i, on agira prudemment (Wmcilm, Untersiicliungen, p. 13).
4. Les inscriptions d'Ourninâ sont publiée» dans lli.i ïrv-Shiïkc, Découverte* en (.haldée, pi. 1, n'î, pi. S, n- 1-ï, pi, 31; er. Hkciet, let Originel Orientales de fart, t. I, p. 3fi-3o. Oppert (dans le» Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions, 1RB3. p. "Il sqq.). Aniiaud (dans les Itecvrdt of the Past, t" Ser., t. I, p. lit sqq.; cf. Itaitv-StHm, Découverte* en V.haldée, p. »nx), Jensen [Keilschriftliche Bibliothek, t. III. 1™ partie, p. 10-15) nous ont donné des trait net ions .les monuments d'Ourninâ. Hommel prononce le nom Ourghanna [Dit Konige und Patiii ton Zirgulla, dans la Ze.itschrift fur Keitforschung, t. Il, p. t'9 sqq.), maïs la prononciation Ournina, sans être encore absolument certaine, présente beaucoup de chances de demeurer la vraie.
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construction, mais elles ne mentionnent aucune guerre'. Son fils Akourgal fut.
t apiesnHuurgai, eui i« goui ues armes ei uescomoais. il semble avoir été l'allié ou peut-être le suzerain d'Ourou et d'Ourouk ; il poussa les de l'Élam, vainquit les troupes 'Isban', et notre Musée du Louvre e trophée qu'il consacra au retour de npagne, dans le temple de Ninghirsou. C'est une large stèle en calcaire blanc, compact et fin, cintrée par J le haut, couverte de scènes et d'inscriptions sur les deux faces.
L'une d'elles ne portait que des ujets religieux. Deux déesses guers, couronnées d'un diadème de pluie cornes recourbées, se tenaient en 'un tas d'armes et d'objets variés, il du butin ramassé pendant la campagne. On dirait qu'elles accompagnent une grande figure royale ou divine.
I. Akourjjal a été signale pour la première fois par Mcuiey. [!'■< (Iiigittr* orientales île l'Art, I. 1, p. i\); on ne le connaît uuèrc jusqu'à présent que par le* monument!) de son père et de «on fils.
ï. Dessin de Fauelirr-Gnilîn, d'aprtt le bns-rclief du Liiuirc (tlcintiv, Iteconstruet ion partielle de ta ttéle du roi Eannadou, dite Stèle des Vautours, pi. I, K<). l.'écuver delioul derrière le roi sur le char est effacé; mais on voit encore distinctement le contour de l'épaule et celle îles mains qui tient les rênes.
3. Le nom de ce prince est lu fiannadou par ileutey, d'après Oppnrl et Ainiaud.
i. Isban-kî, lill. : • Pays de l'Arc ., est mentionné assez souvent dans les lentes de cette époque (i»i>i-tHT, biieriptioiis arehaique* de trois brique» rhatdétmies, dans la llcrue d'Assyriologîe, l. II. p. M"), sans qu'on sache trop où le placer.
;;. lletsin de Pauchrr-tludin. d'après te fragment de bat-relief du Musée du Louvre (MïiiEr-Smin:, Dreourertct en Chaldée. |jI. 3, A).