‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 283 sur 374 · LES VICAIRES DE I.AGASH. (SOT · texte numérisé non relu

LES VICAIRES DE I.AGASH. (SOT

peut-être celle du dieu Ninghirsou, patron de Lagash et de ses rois. L'enseigne que Ninghirsou lève d'une n la hampe surmontée du totem prm< l'aigle aux ailes éployées, dont 1 serres saisissent deux bustes de lions adossés; de l'autre main, i; abaisse lourdement la masse sur u groupe de prisonniers qui se débai tent à ses pieds dans les mailles d'un large filet. C'est, comme en Egypte, le sacrifice humain après la victoire, la remise au dieu national d'une dîme de captifs qui

tentent en vain d'échapper à leur sort. La bataille fait rage à la seconde face. T,i;„,.i,;,.n„nr,i,jni debout sui' un char que guide un •ge l'ennemi avec ses gardes, et la combre sous ses coups de cadavres une bande de vautours l'escorte et ite à coups de bec les bras, les jarnles têtes coupées des vaincus. Le ccès assuré, i! revient sur ses pas i rend à ses morts les honneurs funèbres. Les cadavres empilés régulièrement forment comme une mon- ' tagne : des prêtres ou des soldats vêtus d'un pagne frangé l'escaladent et vont répandre au sommet les offrandes qu'ils apportent dans leurs coufFes. Cependant le souverain a décrété en leur honneur l'exécution d'une partie des prisonniers et daigne abattre lui-même un des principaux chefs ennemis*. I^e dessin et l'exécution matérielle de ces tableaux sont d'une

I. Demi» de Faucher-Gitdin, d'âpre* le fragment de liat-rcticf du Musée du Lourre (IImu.v-Siriri:, Découverte* tft Ckatdée. pi. 3, R).

■i, Dcisin de faurhrr-Gudin, d'après le fragment de bai-relief du Htuét du l.niirre [IlEiiiET-StHiEC, Oérourerlet en CAaldée, pi. 3, C).

3. C'est le monument appelé Stèle de» Vautour*. H. Ilcuzey lui a consarré plusieurs arlirlc* fort intéressants, qu'il a réunis pour la plupart dans ses Étude* d'Archéologie orientale, t. I, p. 43-8!; le dernier paru {Reconstruction partielle de ta Slèle du roi Eannadou, dite Stèle des Vautours, Extrait des Compte* rendit* de l'Académie de* Intctïptiont, 18;iâ, t. XX, p. S6Ï-3U) annonce la découverte

grossièreté remarquable', hommes et bêtes, toutes les figures ont des proportions exagérées et des formes baroques, des gestes gauches, une démarche incertaine et pesante'. Les sculpteurs d'idinghiranaghin ne sont que des manœuvres maladroits et barbares, au prix de ceux qui travaillaient pourNaramsin longtemps auparavant. Ils appartiennent à une école provinciale, d'origine peut-être récente ; la fortune politique de Lagash avait été probablement trop soudaine, pour que les ouvriers chargés d'en retracer le succès eussent eu le 1 lisir de s'instruire et d'épurer leur style, à l'école des artistes qui vivaient dans les villes puissantes de toute antiquité. Ils ont donné aux vaincus les mêmes traits qu'aux vainqueurs et le même costume :

on pourrait donc chercher en Chaldée l'emplacement du pays d'Isban, et de fait, parmi les conquêtes qu'ldinghiranaghin s'attribue dont il renvoit l'honneur à son dieu, nui minivi i.r m nmi.i.h. on compte aumoînsunecitéchaldéenne,

Ourouk3. Si l'on songe, d'autre part, que la population des cantons de l'Êlam les plus voisins ressemble à celle de la Chaldée par l'aspect et par l'habillement, on sera tenté de reléguer l'Isban en territoire susien : Idinghiranaghin aurait représenté les épisodes d'une de ces guerres qui se poursuivaient d'une rive du Tigre à l'autre, avec dos avantages variés.

La prospérité de cette petite dynastie locale s'amoindrit promptement. Les ressources dont elle disposait étaient-elles trop faibles pour qu'elle pût soutenir longtemps l'effort et le poids de la guerre? des querelles intestines n'amenèrent-elles pas plutôt son déclin? Ses rois épousaient plusieurs femmes et s'entouraient d'une postérité nombreuse : Ourninà comptait au moins

de morceaux nouveaux qui permettent de mieux comprendre la disposition du moiiumenl. Les frafcmenls sont reproduits en partie dans Hecht-Simxc, Décourertet eu Chaldée, pi. 3. 4.

1. Pour de* appréciations différentes en partie de ce monument, voir, outre les mémoires de H. Ileuicy cités plus haut, F». Hères, Vebrr altchaldSisehe Kutvl. dans la '/.eitsrhrift fur Astyriologie, t. II. p. îï-ïl. Une petite têle de in même époque sert de cul-de-lampe au présent chapitre, p. 530 de celle lliiloire (cf. Ilm irv-Simn:, Découvertes en Chaldée, pi. Î4, n- 1).

x. Dessin de Faurher-tiudin d'aprft le bat-relief du Louvre (Hjîi iey-Samec, Découvertes en Chaldée, pi. 4 bis, n° t). Cf. un autre bas-relief du même souverain p. 707, ei l'explication probable de ces plaques percées au milieu, p. 717. de celle Histoire.

3. Hei lEï-S.iaiEt. Découvertes en Chaldée, pi. 31, et Généalogies de Sirpourla, dans la Revue il' A-'Ki/ri"hgie, l. II. p. Kl ; Uppmit, Inscriptions archaïques de trois brique* ehaldéennes, dans In llerue of Assyrialogie. t. Il, p. R6-H7.

GOUDÉA. 609

quatre fils1. Ils confiaient souvent à leurs enfants ou à leurs gendres le gouvernement des bourgades diverses dont la réunion constituait la cité : c'étaient autant de fiefs temporaires dont les détenteurs s'appelaient vicaires7. Ce démembrement de l'autorité suprême, au profit de princes dont beaucoup devaient incliner à se croire plus dignes du trône que celui qui l'occupait, n'était pas sans danger pour la tranquillité ni même pour le maintien de la dynastie. Il semble que des compétitions se produisirent entre les descendants d'Idinghiranaghin, par lesquelles Lagash déchut rapidement. Tomba-t-elle dès lors sous la dépendance de quelque État voisin, celui d'Ourou par exemple? On ne le sait, bien que je le tienne pour vraisemblable8 : ses seigneurs renoncèrent en tout cas, volontairement ou non, à la dignité royale et ne s'attribuèrent plus que la qualité de vicaires*. Les textes nous attestent l'existence d'une demi-douzaine au moins de personnages issus d'Akourgal, Inannatouma 1er, son fils Intina5, son petit-fils lnannatouma II, d'autres dont l'ordre demeure incertain, puis Ourbaou et son fils Goudéac. Ce furent tous gens pieux à Ninghirsou en général, et en particulier au patron qu'ils s'étaient choisi parmi les divinités du pays, àPapsoukal, à Dounziranna, à Ninâgal. Ils réparèrent les temples et les enrichirent; ils y consacrèrent des statues ou des vases d'offrandes pour leur salut et celui de leur famille. On dirait, à en croire ce qu'ils nous racontent d'eux-mêmes, qu'ils coulèrent leurs jours dans une paix profonde, sans autre souci que de remplir leurs devoirs envers le

1. Plusieurs bas-relief de Telloh nous le montrent entouré de ses enfants (Heuzey-Sarzkc, Découvertes en Chaldée, pi. 2 bis, et Généalogies de Sirpourla dans la Revue d'Assyriologie, t. II, p. 82-84.

2. Akourgal paraît avoir été vicaire avant de devenir roi de Lagash, ainsi que son fils Idinghiranaghin (Hkczey, les Généalogies de Sirpourla, dans la Revue d'Assyriologie, t. Il, p. 82-83).

3. « Je crois qu'il est difficile de ne pas voir » dans le changement de titre • un indice de la perte de l'indépendance primitive de Sirpourla-ki et de sa sujétion à une autre ville, probablement la ville d'Our.... Il est vrai que Goudéa nous apparaît comme un prince puissant.... » Mais « la dépendance comporte bien des degrés, et elle peut être même purement nominale; la France a connu de grands vassaux qui tenaient tète à la royauté » (Amiai'd, Sirpourla, p. 12-13). L'Egypte également, et ce qui s'y passait sous la XIII* dynastie, vers le temps de Goudéa, nous explique la position des vicaires en Chaldéc. Nous avons vu le rôle qu'y jouaient les princes de la Gazelle sous les premiers rois de la XII" dynastie, et le prince d'IIermopolis Thothotpou érigeait des statues de lui-même au prix desquelles les statues les plus hautes de Goudéa sont de petite taille (cf. p. 341 de cette Histoire).

4. L'ordre de succession des rois et des Vicaires n'est pas entièrement cerlain. Heuzey (Études d'Archéologie Orientale, t. I, p. 35-48) avait établi que les rois ont précédé les vicaires, et son opinion a été adoptée jusqu'à présent par la plupart des assyriologues, Amiaud (Sirpourla, p. 8 sqq.), Homrael (Gesckichte Babyloniens und Assyriens, p. 282 sqq., 295 sqq.), Winckler (Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 40-44).

5. Le nom de ce personnage a été lu également Entéména (Jensen, Nachlrag zu den Inschriften der Kônige (Herren) und Stat thaï ter von Lagasch, dans la Keilsckriftliche Bibliothek, t. IIP, p. 72. note 2). On a trouvé à Ni pour les fragments de vases qu'il offrait au dieu Bel de cette ville (Helphf.cht, The Babylonian Expédition of the University of Pensylvania, t. I, p. i9).

6. Leurs inscriptions ont été traduites par Amiaud (The Inscriptions of Telloh, dans les Records of the Past, 2ad Ser., t. I, p. 42-77, et t. II, p. 72-108, et dans Hemey-Sarzec, Découvertes en Cita Idée, p. I sqq.), et par Jensen (Inschriften der Kônige und Statlhaller von Lagasch, dans la Keilschriftliche Bibliothek, t. III, 1" partie, p. 16-77), après Amiaud.

Gin LA CIIALUÉE PRIMITIVE.

ciel et envers ses ministres. Leur existence réelle, si nous y pénétrions, nous apparaîtrait sans doute moins douce et surtout moins uniforme; les révolutions de palais n'y manquèrent pas, ni les luttes contre les autres peuples de la Chaldée, contre la Susiane, même contre des pays plus lointains. Goudéa, fils d'Ourbaou, sinon le plus puissant d'entre eux, celui dont nous possédons '" plus de monuments, prit la ville d'Anshan n Ëlam, et ce n'est peut-être pas la seule campagne qu'on doive lui attribuer1; mais il parle de ses succès par occasion, et comme s'il était pressé de passer à des sujets plus intéressants. Ce qu'il estime important dans son règne, ce qui le recommande surtout à l'attention de la postérité, c'est la beauté, la grandeur, la quantité des Fondations pieuses. Les dieux eux-mêmes l'avaient inspiré dans ses dévotes entreprises, et lui avaient révélé les plans qu'il Fallait exécuter. Un vieillard d'aspect vénérable lui était apparu en songe et lui avait ordonné de àtir un temple; comme il ne savait à qui il it à faire, Nina sa mère lui apprît que son frère, le dieu Ninghîrsou. Ce point étale ucitricn*. bli, une jeune femme, armée du stylet et de la

tablette à écrire, s'était offerte à lui, Nisaba, la sœur de Nina : elle avait dessiné sous ses yeux et elle lui avait montré le modèle complet d'un édifice'. Il se mit à l'œuvre avec amour, et il envoya chercher les matériaux aux contrées les plus lointaines, au Màgan, à l'Amanos, au Liban, dans les monts qui séparent le bassin du haut Tigre de celui de l'Kuphrate. Les sanctuaires qu'il orna et dont il se sentait si fier ne sont plus guère aujourd'hui que des amas de briques retournées à l'argile; mais beaucoup des objets qu'il y avait déposés, et surtout les statues, ont traversé

I. Wincltlnr (l'ntersiichmigen, p. 41-J.i, ut Gftehiehte, p. 41-1-1), Jenscn (Keihchri/lliihe liibliathek. I. Ml, I™ partie, p. 7-8). Sur le lien 1res étroit qui rattache les vicaire* de t.agash au vieun roi Ournina, (T. Ilcithv, les tiihifalogie* de Sirjmurln, dans In Revue d'Aityriologie. I. Il, p. Ri «qq.

S, Dei'i» de Faucher-Gudin, iFaprèi le bas-relief du Louvre (Heiiiky-Saiuic, Dêroucerles en Chaldi'e. pi. 43).

3. Zihkiix, Bat Traumgctichl Gudca!, dans la Zeihchrifl flir Aesyrio/ogir, t. III. p. Î3Î-Ï35.

LES BAS-RELIEFS ET LES STATUES DE fiOUDÊA. (ill

les siècles sans trop de dommage, avant d'entrer au Louvre. Les sculpteurs de I.agash s'étaient adressés à bonne école depuis Idinghiranaghin , et ils avaient appris leur métier. Leurs bas-reliefs ne valent pas celui de Naramsin; le faire en est beaucoup moins fin, le dessin moins pur, le modelé moins bien étudié. On en jugera par le fragment de stèle ca1""»" qui représentait les épisodes d'une scène d'offrande ou de sacrifice1. On distingue, au registre du bas, une chanteuse, qu'un musicien accompagne sur une lyre ornée d'une tète de bœuf et d'un taureau passant. Au registre supérieur, un personnage s'avance, vêtu du manteau frangé, et tenant à la main droite une sorte de patène ronde, à la gauche t bâton court. Son acolyte le suit, les bras ramenés sur la poitrine; un homme marque, en frappant dans ses mains, le rythme de la mélopée que récite un chanteur pareil à celui de l'autre registre. Le morceau a souffert et l'on en devine le détail plutôt qu'on ne l'aperçoit réellement; mais l'aspect fruste qu'il a reçu du temps le sert plutôt, et dissimule un peu la rudesse de la facture. Les statues au contraire témoignent d'une sûreti ciseau et d'une science incontestables. Ce n'est pas

qu'on ne puisse y relever beaucoup de défauts'. lilles sont trapues, épsusses, massives de formes, écrasées par le poids de la couverture de laine dont les Chfildéens s'enveloppaient : elles étonnent et rebutent quand on les aborde, l'oeil encore charmé de la grâce svelteet parfois même un peu grêle qui caractérise d'ordinaire les bonnes statues de l'ancien et du moyen empire égyptiens. La première impression surmontée, on ne peut qu'admirer l'audace avec laquelle les artistes ont attaqué la matière. C'est une dolérite compacte,

1. Iiurription B, I. fil-69; cl". Ailino, The hue ¥• Ser.. t. II, p. Si, et dans Ikncv-SmiKc, Mrouv KOnige u,id Slaltliallcr iw l.agaicli, dons In Keihehrifltiche BiblioOiek, I

ï. Dmin île Faue/ier-Gudiii (IlEi iKï-SiHiKt. ruuiltr* eu Chaldée. |il. SU).

3. Hki'iey-Saium. Décourerte* en tlhalMe, pi. !>-4». l'orrol-Chipiez [Iliituirc île fArt, t. Il, |i. ïï!«- »!■!•) e» ont fait ressortir les mérites et les défauts; cf. Urruir. Die framosutheu AutgyabHinjeii in C.haldxa, dans le» Verhandtungcn du IV CoiiKrés des O rie iiln listes. I. II. p. Ï3<i-Ï3K. H h'n. llthiK, Veber allchaldùuclie Kuusl. dans la Zeittrhrift far AtsyrMoqie, t. Il, p. ï^3.'i.

LA CHALDËE PRIMITIVE.

Petites tombas couvwtii da ruine*

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