CHAPITRE V11I
LA CONSTRUCTION ET l
"s de l'Euphrate ne se présentent pas comme celles du au» l'aspect de ruines grandioses qui révèlent partout ■e, après des siècles d'abandon, l'activité d'un peuple isant et laborieux : ce sont des tas de décombres où l'on émèle plus aucune ligne architecturale, des mottes d'une le lourde et grise, crevassées par le soleil, ravinées par la pluie, sans traces apparentes du travail humain. La pierre n'occupait qu'une place secondaire dans les conceptions des architectes chaldéens : comme il fallait l'amener d'assez loin et à grands frais, ils l'employaient avec une parcimonie extrême, eu linteaux, en montants, en seuils, en galets sur lesquels les battants des portes pivotaient, en revêtements dans quelques salles d'apparat, en corniches ou en frises sculptées sur les murs extérieurs des édifices, à la façon des bandes de broderie dont on décore discrètement l'étoffe trop unie d'une robe. Brique
1. Dessin de Faueher-Gudia, ■ la Cotlalimi de .«. de Clerey, i chiilccdoine saphirïne, mesure (
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' le icean de deu.r viennes de Sipour (et. Menant, Catalm/ne < 1, X. n° M; cf. p. «18, noie ï de relie HUloire). L'inlallle, .
représente la fiRure de prêtre ou de de 188!» {et. Hkcib», les Origine, orient
scribe restituée par M. lleuzev pour l'Imposition Universel aies de tari, l. 1, frontispice cl pi. XI).
PLAN DES RUINE S DE WARKA i/aprts Loftus. -v
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sèche, brique cuite, brique émaillée, la brique reste toujours et partout l'élément principal de leurs constructions1. La terre du marais ou de la plaine, débarrassée des cailloux et des corps étrangers qu'elle contenait, mélangée d'herbes ou de paille hachée, additionnée d'eau, foulée aux pieds longuement,
leur fournissait des matériaux d'une ténacité incroyable. On la moulait en plaques carrées, larges de vingt à trente centimètres, épaisses de huit à dix, rarement de dimensions plus fortes : on imprimait sur le plat, à l'aide d'une matrice en bois découpé, le nom du souverain régnant, et l'on séchait au soleil*. Une couche de mortier fin ou de bitume assemble parfois les lits, ou l'on avait jeté dans la maçonnerie des
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jonchées de roseaux qui la traversaient d'espace en espace et qui en augmentaient la cohésion : le plus souvent, on entassait les briques à cru l'une sur l'autre, et elles s'agglutinaient du premier coup par leur mollesse propre ou par leur humidité naturelle8. Le poids des assises confirmait et redoublait l'adhérence à mesure que la bâtisse montait : les murs en arrivaient promp-
1. Sur les différentes espèces de matériaux en usage chez les Chaldéens dès la plus haute antiquité, voir Perrot-Chipiez, Histoire de CArt dans l'Antiquité, t. II, p. 113-125.
2. La fabrication de la brique a été décrite minutieusement par Place, iïinive et l'Assyrie, t. I, p. 211-214, pour les monuments de l'Assyrie au temps des Sargonides. Les procédés en étaient ceux-là même que les Chaldéens avaient employés dès le règne de leurs plus anciens rois connus, comme le prouve l'examen qu'on a fait de briques provenant des monuments d'Ourou et de Lagash.
3. Cette façon de construire est déjà indiquée par les anciens (Hérodote, I, clxxix). Le nom de Bowariéh, que portent un certain nombre de tells antiques en Chaldée, signifie à proprement parler une natte de roseaux (Loftus, Travels and Hesearches in Chaldxa and Susiana, p. 168) : il s'applique uniquement aux édifices dont la maçonnerie présente l'alternance des briques et des lits de roseaux séchés. La proportion des couches varie selon les lieux : dans les ruines de l'ancien temple de Bélos à Babylone, qu'on appelle aujourd'hui le Moudjelibéh, la ligne de paille et de roseaux court sans interruption le long de chaque lit de briques (Ker Porter, Travels, t. II, p. 341); dans les ruines d'Akkerkouf, elle ne revient que d'espace en espace, tous les sept ou huit lits selon rsiehuhr et Ives, tous les sept lits selon llaymond, ou enfin tous les cinq ou six lits, mais alors elle prend une épaisseur de huit à neuf centimètres (Hich, Voyage aux ruines de babylone, trad. llaymond, p. 9G sqq. ; Kkr Porter, Travels, t. Il, p. 278). H. Rawlinson pense, d'autre part, que tous les monuments où l'on constate la présence de la paille ou des roseaux au milieu des assises de briques, appartiennent à l'époque parlhc (dans G. Hawlinsox, Herodotus, 2* éd., t. I, p. 253, n. 4).
LES CITÉS ET LEURS ENCEINTES. f>2B
tement à s'agglomérer en une masse, dans laquelle les strates horizontales ne se distinguent plus qu'aux tons variés des argiles utilisées jadis à fabriquer les pelais de briques'. Les monuments construits d'une matière aussi souple exigeaient, pour durer, un entretien assidu et des réparations fréquentes : ils se défiguraient après quelques années d'abandon, les maisons fondaient un peu à chaque orage, les rues s'emplissaient d'un précipité de terre délayée, le plan des édifices et celui des quartiers s'empâtait et s'effaçait comme noyé dans la boue. Tandis qu'en Egypte le squelette des villes est encore là, nettement dessiné sur le sol, et assez bien préservé par endroits pour qu'en le dégageant, on se sente transporté, hors de l'année où
l'on est et du monde où : ,
l'on vit, dans un autre
monde et dans les années de longtemps écoulées, les cités chaldéennes se sont délitées et semblent être retournées à la poussière d'où le fondateur les avait tirées : la recherche la plus patiente et l'imagination le mieux informée ne réussissent qu'imparfaitement à en reconstituer la figure.
Elles ne s'enfermaient pas dans ces enceintes carrées ou rectangulaires dont les ingénieurs de Pharaon cuirassaient leurs places fortes. Ourou s'étirait en ovale1, Larsam décrivait presque une circonférence sur le terrain', Ourouk et Eridou y traçaient une sorte de trapèze irrégulier1. La courtine dominait la plaine de très haut et portait les défenseurs à peu près hors de l'atteinte des flèches et des pierres frondales : ce qui reste des remparts à Ourouk s'élève