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LES TEMPLES DES DIEUX LOCAUX ET LEUR HISTOIRE

et ce qu'ils ont fait pour le service de leurs patrons célestes sauve seul leur mémoire de l'oubli. Leur dévotion la plus fastueuse leur coûtait d'ailleurs moins d'argent et d'efforts que celle des Pharaons leurs contemporains. Tandis que ceux-ci s'en allaient chercher à distance, et jusqu'au fond du désert, les variétés de pierres qu'ils jugeaient dignes d'entrer dans l'appareil d'une maison divine, les rois chaldéens ramassaient à leurs portes même l'étoffe première de leurs bâtisses : tout au plus demandaient-ils quelques accessoires à l'étranger, les roches dures des statues et des seuils au Mâgan et au Miloukhkha, le cèdre et le cyprès des poutres aux forêts de l'Àmanus et du Haut-Tigre1. Un temple grandissait vite dans ces conditions, et l'achèvement n'en exigeait pas des siècles de labeur continu, comme celui des grands sanctuaires égyptiens de calcaire et de granit : le même personnage qui en avait posé la première brique en posait presque toujours la dernière, et les générations postérieures n'avaient plus qu'à réparer d'ordinaire, sans rien changer aux dispositions primitives. C'était presque toujours une œuvre d'un seul jet, conçue et terminée sur les dessins d'un seul architecte, n'offrant que rarement ces déviations de plan qui rendent parfois si compliquée l'intelligence des temples thébains : si l'état de dégradation des parties et surtout si l'insuffisance des fouilles ne permettent pas toujours d'en deviner le détail, on peut du moins en rétablir l'économie générale presque à coup sûr.

Le temple égyptien allongeait ses lignes parallèlement au sol, le chaldéen poussait les siennes vers le ciel le plus haut qu'il pouvait*. Les ziggourât, dont le profil anguleux caractérisait les paysages de TEuphrate, se composaient de plusieurs prismes immenses, empilés en retraite l'un sur l'autre et couronnés d'un édicule léger où le dieu logeait en personne. On en distingue deux types principaux. Dans le premier, pour lequel les maçons de la Basse-Chaldée témoignèrent une préférence marquée, l'axe vertical commun à tous les massifs superposés ne passait point par le centre même du rectangle qui

1. Cf. p. 610, 614 de cette Histoire. Goudéa faisait venir le cèdre (irinna) de l'Amanus (Inscription delà Statue B, col. V, 1. 28-32, dans Hkizky-Sarzkc, Découvertes en C ha Idée, pi. 17; cf. Anucd, The Inscriptions vf Telloh, dans les Records of the Past, 2nd Ser., t. Il, p. 79, puis dans les Découvertes en Chatdée, p. ix, et Jf.nsen, Inschriften der Kônige und Statthaller von Lagasch, p. 32-35), et le dioritc du pays de Mâgan (Inscription de la Statue D du Louvre, col. V, 1. 13, V, 1. 1 ; cf. Amiaud, The Inscriptions of Telloh, t. I, p. 91, puis Découvertes en Chaldée, p. xix, et Jensen, Inschriften der Kônige und Statthaller von Lagasch, p. 52-55).

2. La comparaison du temple égyptien et du temple chaldéen a été faite de main de maître par Pkrrot-Chipiez, Histoire de l'Art dans l'Antiquité, t. II, p. 412-414; les objections qui ont été soulevées contre leur manière de voir par Hommkl, Geschichte Babyloniens und Assyn'ens, p. 18, note, se rattachent à une conception particulière que l'auteur s'est faite de l'histoire orientale, et ne me paraissent pas pouvoir être acceptées jusqu'à nouvel ordre. Des études, entreprises récemment en vue de constater si les idées de M. Hommel répondaient aux faits, ont achevé de me convaincre que la ziggourât chaldéennc diffère entièrement de la pyramide, telle qu'on la voyait en Egypte.

sert de base à l'ensemble : on le ramenait fort près de l'un des petits côtés, si bien que Tune des faces étroites, celle de derrière, s'enlève par brusques ressauts au-dessus de la plaine, quand la face opposée se développe en larges esplanades1. Les étages sont autant de blocs pleins en argile crue; du moins n'y a-t-on découvert jusqu'à présent nulle trace d'appartements intérieurs*. La chapelle terminale ne pouvait guère contenir qu'une seule chambre : un autel se dressait devant la porte, et l'on y accédait par un escalier à ciel ouvert, droit, mais interrompu à chaque terrasse par un palier plus ou moins vaste3. Le second type, fréquent dans la Chaldée septentrionale, comporte une base carrée, sept degrés de hauteur uniforme, reliés par une ou deux rampes latérales, puis au sommet le kiosque du dieu*; c'est la tour à étages que les Grecs ont admirée à Bab^lone, et dont le temple de Bel offrait le modèle le plus remarquable8. Les ruines en subsistent, mais il avait été remanié si souvent et si profondément au cours des âges, qu'on ne sait plus aujourd'hui ce qu'il conserve de la construction originale. On connaît au contraire plusieurs ziggourât du premier type, l'une à Ourou6, l'autre à Éridou7, une troisième à Ourouk8, sans parler de celles que personne n'a jamais explorées méthodiquement. Aucune d'elles ne s'implante directement dans le sol même, mais elles posent toutes sur un soubassement qui met leurs fondations presque au

1. C'est le Temple Chaldéen sur plan rectangulaire qui a été décrit en détail et restitué par Perrot-Chipiez, Histoire de VArt dans l'Antiquité, t. II, p. 385-389 et pi. II.

2. Perrot-Chipiez (Histoire de l'Art, t. II, p. 388 et n. 3) admettent entre le premier et le second étage un socle de deux mètres et quelques centimètres de haut (7 pieds anglais), analogue au soubassement qui soutient le premier. Il me semble, comme à Loft us (Travels and Hesearches in Chaldœa and Susiana, p. 129), que la pente qui sépare aujourd'hui les deux massifs verticaux « est accidentelle et provient de la destruction des parties supérieures de l'étage inférieur ». Taylor ne signale que deux étages et considère évidemment la pente en question comme un talus de décombres (Soles on the ruins of Muqeyer, dans le Journal of the Royal Asialic Society, t. XV, p. 261-263).

3. Perrot-Chipiez cachent dans l'intérieur de l'édifice l'escalier qui monte du rez-de-chaussée à la terrasse, ■ combinaison qui présente l'avantage de ne pas couper les lignes de cet immense soubassement et de lui laisser toute la fermeté, toute la solidité de son aspect » (Histoire de l'Art dans l'Antiquité, t. II, p. 386-387); llcber (Ucbcr altchaldâische Kunst, dans la Zcitschrift fur Assyriologie, t. I, p. 175, 1*) propose une combinaison différente. A Ourou, l'escalier est tout entier en avant de la maçonnerie, et ■ leads up to the edge of the basement of the second story » (Taylor, yoles on the tu in 8 of Muqeyer, dans le Journal of the Royal Asiatic Society, t. XV, p. 261), puis se continue en plan incliné de l'extrémité du premier étage à la plate-forme du second (Id., p. 262), formant un escalier unique, peut-être de même largeur que ce second étage, de la base au sommet de l'édifice (Loftus, Travels and Researches in Chaldœa and Susiana, p. 129).

4. C'est le Temple chaldéen à rampe unique et sur plan carré tel qu'ont essayé de le définir et de le restituer Perrot-Chipiez, Histoire de l'Art dans l'Antiquité, t. Il, p. 389-395, et pi. III.

5. Hérodote, I, clxxix-clxxxiii ; Diodore, II, 9; Strabon, XVI, 1,5, p. 737-739; Arrien, Anabasis, VII, 17. fi. Les ruines de la ziggourât d'Ouron ont été décrites par Loftus, Travels and Researches in

Chaldœa and Susiana, p. 127-134, et par Taylor, Notes on the ruins of Muqeyer, dans le Journal of the Royal Asiatic Society, t. XV, p. 260-270.

7. On ne possède jusqu'à présent d'autre description des ruines d'fcridou que celle de Taylor, Soles on Abu-Shahrein and Tel-el-Lahm, dans le Journal of the Asiatic Society, t. XV, p. 402-412.

8. Loftus a exploré à deux reprises les ruines de Warka. La ziggourât Au temple que la déesse INanâ possédait dans cette ville est représentée aujourd'hui par les ruines que les gens du pays appellent Bowariéh (Travels and Researches in Chaldœa and Susiana, p. 167-170); cf. p. 624 de cette Histoire.

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