LES BONS GENIES ET LEURS LUTTES CONTRE LES MAUVAIS
ses portraits'. Les bons génies ne manquaient pas qu'on opposait à cette
gent hargneuse et malformée*. On les représentait comme des monstres,
mais des monstres à l'air noble et de grande allure, des griffons, des lions
ailés, des hommes à mufle de lion, et surtout ces beaux taureaux
à tête humaine, ces lamaxxi couronnes de la mitre, dont
l'image gigantesque veillait à la porte des temples et
des palais*. Les hostilités se continuaient sans cesse J
entre les deux races : étouffées sur un point, elles se "
rallumaient sur l'autre, et les mauvais toujours battus
refusaient toujours d'accepter leur défaite. L'homme
plus désarmé contre eux que les dieux les rencontrait pa
tout : ■ Là-haut ils hurlent, ici ils sont à l'affût, — i
sont les grands vers que le ciel a lâchés, — les puissant
dont la clameur va par la cité, — qui versent à torrents
l'eau du ciel, les fils sortis du sein de la terre. — Ils
s'enroulent autour des hautes poutres , des larges
poutres comme une couronne; — ils cheminent de
maison en maison, — car la porte ne les arrête pas, la I
les repousse pas, — mats ils se glissent comme un ser|
bous la porte, — ils s'insinuent comme l'air par les join
du battant. — Ils éloignent l'épouse des embrassement?
de l'époux, — ils arrachent l'enfant d'entre les genoux , ^ nu sud-ouesi*
de l'homme, — ils attirent l'ingénu hors de sa maison
féconde, — ils sont la voix menaçante qui le poursuit par derrière". » Leur
malice se tourne contre les bêtes : « Ils forcent le corbeau à s'envoler
sur ses ailes, — et ils obligent l'hirondelle à s'échapper de son nid; — ils
1. Fn. U»MUT, la Magie chez la Chaldfem, p. 48-4», ISS; Scnkil. Sole» d'Épigraphie et d'Arriléotogic assyrienne», g m, dans le Recueil de Travaux, l. XVI, p. 33-36, oïl »ont indiquées les principales figures connues jusqu'à prêtent qu'on peut attribuer au vont du Sud-Ouest.
1. Les mêmes textes apposent aux outoukkou, aui ékimmou, aux gallon, aux atou mauvais, les bons outoukkou, les bons ékimmou, les bons gallou, les bons a/ou (Sayck, The Religion of the Ancien! Babyloniam, p. 166, I. 44-16; cf. Ka. Lmommit, la Magie chez let Chaldériii, p. Î3, 138-139).
3. Sur le râle protecteur des taureaux ailés a face humaine, voir Fn. Lddiiht, final de Commentaire lur tei fragment» coimogoniguei de litroie, p. 79-81, et ta Magie chez let Chaidécm, p. Î3, 49-50. Il est décrit assez longuement dans la prière publiée par IIawlusox, Cuit. lui. W. A*., t. IV, pi. 58-59, et traduite par Savce. The Religion of the Ancien! Ilabyloniani, p. 506. I. 31-35.
4. Denin de r'aucher-Gudin, d'aprfi l'original en bronze gui et! tonterv* nu Mutée du Louvre. Le I.nuvrc et le Musée Britannique possèdent plusieurs autres figures du mi1 me démon.
5. RjkWLCUM, Cm». Int. W. Al., t. IV, pi. t, col. I, I. 14-43; cf. Tai.«ot, On the Religion, Betief o, the Atsyriant, dans les Transaction» de la Société d'Archéologie Biblique, t. Il, p. 73-75; F». Lbsob- ■jtiT, la Magie chez lei ChalHêem, p. ÏR-49. et Élude» Accadiennei, t. III, p. "9-80; Opptm, Fragmente Mythologique», dam l.tumis, BUtoire etltracl, l. Il, p. 469: Satci, The Religion of the Ancien! Hnbytonian», p. 451.
634 LES TEMPLES ET LES DIEUX IIE LA ClIALDfiE.
font fuir le taureau, ils font fuir l'agneau — les démons mauvais qui tendent des embûches1. »
Les plus vigoureux d'entre eux ne craignaient pas de s'attaquer par occasion aux dieux de lumière; un jour même, dans les premiers temps du monde, ils avaient failli les déposséder et régner en leur place. Ils avaient escaladé le ciel à l'improviste, ils s'étaient précipités sur Sin, le roi Lune, ils avaient repoussé Shamash le Soleil et Ramman accourus au secours, chassé lshtar et Anou de leurs trônes : le firmament entier serait tombé entre leurs mains, si Bel et Nouskou, Éa et Mardouk n'étaient intervenus au dernier moment, et n'avaient réussi à les culbuter sur la terre, après une bataille terrible*. Ils ne s'étaient jamais relevés de cet échec, et les dieux leur avaient suscité pour rivaux une classe de génies bienfaisants, les in déliïiiiï mi "«noni de l' ath quk Igiyi < (i "*' CIIKI Anounnas du ciel diri-
geaient' Les Anountias de la terre, les Anounnaki, reconnaissaient pour chefs sept fils de Bel, aux corps de lion, de tigre et de serpents : » le sixième était un vent d'orage qui n'obéit ni au dieu ni au roi, — le septième, un tourbillon, une bourrasque mauvaise qui brise tout1 ». — « Sept, sept, — au creux de l'abîme des eaux ils sont sept, -- et destructeurs du ciel ils sont sept. — Ils ont grandi au creux de l'abîme, dans le palais; — mâles ne sont, femelles ne sont, — ils sont des bourrasques qui passent. — Ils ne prennent point femme, n'engendrent point d'enfant, — ils ne connaissent ni la compassion, ni la bienveillance, — n'écoulent ni la prière, ni la supplication. — Comme des chevaux sauvages, ils sont nés dans tes montagnes, — ils sont les ennemis d'tëa, — ils sont les agents des
1. lUWLEWoa, Cuit. Int. 11'. Aê.,1. IV, pi. Ï7, n" V, 1. ili-iï; cf. Fi.. Lumiint, la Magie, p. Ï9, Étudet Actadititne*, l. Il, p. tti-t*X I. III, p. 77-78; IIouhfl, Die Semilitchen rallier, t. 1, |>. 101.
i. Cet épisode de l'histoire des luttes des dieui contre les mauvais Renies élail raconte dans une incantation magique en partie mutilée (IUwluso-i, Clin. Int. If'. A:, t. IV, pi. s). Signalée par C. Sariit. dnns les Traniactioni de la Société d'Archéologie Biblique, t. III, p. 458-439 (cf. Attgrian Diacotvrict . p. 3014-103, el Chaldiran Account of Gênait, p. 107-1 lî), elle fut traduite par r'a. LsKonmm. la Magie chei Im Chaldéeut, p. 171 (cf. la Gazelle Archéologique, 1878. p. ÎS-35, el Étudet Aaxdiemm, t. III, p. Ill-l.'il); OrPKKT, Fragment» mythologique*, clans Lmimix, Ilittoire d'itrael, t. Il, p. 176- 179; llimi. Die Semititchen Vbtker, a. 307-31Ï; Htufv». Donimentt religieux de lAttyrie el de lu llabytottic, p. i.0-30. (00-1*6; Sxic.y., The lleligion of Ihe Aucient Babylaniant, p. 103-166.
3. Dmii'ii de Faucher-Gudin, d'âpre* une inlaille anyrienne publiéepar Laj.ibi., Intradurlion à I llittoii-edu Culte public et de» Mytère* de Nilhra. pi. XXV, n" I (cf. Gazette Archéologique. IS7S, p. iit).
I. Sur les Igigi ut sur les Anouima, cf. Itaettx, Ueber einige Kumero-akkadiKhen Samen, dans la Zrilithrift fur Aityrioloyir, t. I. p. 7 sqq. ; Saïci:, The Religion of the Ancien! Babutoniaot, p. 18*183
s. RiKutns, Cuu. In*. 11'. A>... t. IV, pi. ;;, col. I, I. it-îo.