‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 292 sur 374 · LES SEPT, LEURS ATTAQUES CONTRE LA LUNE : GIBIL, LE FEU · texte numérisé non relu

LES SEPT, LEURS ATTAQUES CONTRE LA LUNE : GIBIL, LE FEU

dieux; — ils sont mauvais, ils sont mauvais, — et ils sont sept, ils sont sept, ils sont deux fois sept'. » L'homme, réduit à ses seules ressources, ne pouvait pas lutter avec avantage contre des êtres qui avaient jeté les dieux aux abois. H invoquait pour se défendre le secours de l'univers entier, l'esprit du ciel et celui de la terre, l'esprit de Bel et de Bélit, celui de Ninib et de ÏSébo, ceux de Sin, d'ishtar et de Ramman', mais Gîbir ou Gibil1, le maître du

feu, était son auxiliaire le plus efficace dans cette guerre de tous les instants. Issus de la nuit et de l'eau ténébreuse, les Anounnaki n'avaient pas de plus grand ennemi que la flamme; qu'elle s'allumât au foyer des maisons ou sur les autels, son apparition les mettait en fuite et dissipait leur puissance, a Gibil, héros exalté dans le pays, — vaillant, fils de l'abîme, exalté dans le pays, — Gibil, ton feu clair, éclatant, - quand il illumine les ténèbres, — assigne sa destinée à tout ce qui a nom. — Le cuivre et l'étain, c'est toi qui les mêles, — l'or et l'argent, c'est toi qui les fonds, — le compagnon de la déesse Nmkasi, c'est toi, — celui qui oppose sa poitrine à l'ennemi nocturne,

I. Uawlissot, Cun. Int. IF. A'., t. IV, pi. S, col. i, I. 311-5!»; cf. T.iiwit, Oh the lleligiou» Relief of the Aityriant, dans les Tr'iiuaclwm de la Société il 'Archéologie Biblique, 1 II, ]• 73-75; F*. Lesouihbt, la Magie rkri les Chaldccni, p. IB, Eluda Accadicnnc*, I. Ml, |i, «1-83; J. Opkkt, Fragment* mytholiiijiqùe*. dans Lmmm», Hittoire dïnaet, l. Il, p. i"t; llomii-.L, Die SeniiHichen Voilier, p. 3«(i ; Sun. The Religion of the Ancien! Itahuloniam, p. 151-458.

i. Ainsi dans les incantations bilingues, sumériennes et sémitiques, publiées par IUwihison, L'un. In: II'. Al., I. IV, pi. I, col. III, I. «3-I1B, col. iv, i. t-3.

3. l.e caractère du ilicu du feu et son rôle dans la lutte contre les Anounnaki ont été dénnis pour la première fois par On. Lbsomam, la Magic chez Ici Chnldeent, p. KID-I74.

1. Butin de Faucher-tiudtn, d'aprei l.iï.inn, Monumcidt of Sineeeh, l"Sei\, pi, i.'i, n° I.

c'est toi ! — Fais donc que l'homme, fils de son dieu, ses membres brillent, — fais qu'il soit clair comme le ciel, — qu'il brille comme la terre, — qu'il reluise comme l'intérieur du ciel, — que la parole mauvaise s'écarte de lui* », et avec elle les esprits malins. L'insistance même avec laquelle on réclamait de l'appui contre les Anounnaki montre combien on redoutait leur pouvoir. Le Chaldéen les sentait partout autour de lui et ne faisait pas un mouvement qu'il ne risquât d'en heurter quelques-uns. 11 s'inquiétait moins d'eux pendant le jour, rassuré qu'il était par la présence au ciel des dieux lumineux, mais la nuit leur appartenait et le livrait à leurs assauts. S'il s'attardait dans la campagne à la brune, ils étaient là sous les haies, derrière les murs ou le tronc des arbres, prêts à se ruer sur lui au moindre écart. S'il se hasardait après le coucher du soleil dans les rues de son village ou de sa cité, il les y trouvait encore disputant les rebuts aux chiens sur les tas d'ordure, tapis au renfoncement des portes, embusqués par les coins où l'ombre s'épaississait le plus noire. Même barricadé dans sa maison et sous la protection directe de ses idoles domestiques, ils le menaçaient encore et ne lui accordaient pas un instant de tranquillité*. Aussi bien étaient-ils si nombreux qu'on ne pouvait se garer efficacement de tous ; quand on en avait désarmé la plupart, il en restait toujours beaucoup contre lesquels on avait oublié de prendre les précautions nécessaires. Que de génies secondaires ne devait-il pas y avoir, quand le recensement des invisibles constatait, vers le ixe siècle avant notre ère, l'existence de soixante-cinq mille grands dieux du ciel et de la terre5!

Nous sommes souvent bien embarrassés de dire ce que représentaient ceux dont nous déchiffrons les titres sur les plus anciens monuments. Les souverains de Lagash adressaient leurs vœux à Ninghirsou, le champion vigoureux d'inlil, à Ninoursag, la dame de la montagne terrestre, à Ninsia, le maître des destinées, au roi Ninagal, à Inzou,dont personne ne soupçonne le nom véritable, à Inanna, la reine des batailles, à Pasag, à Galalim, à Doun-

1. Rawlinson, Cun. Ins. XV. As., t. IV, pi. 14, n° 2 verso, 1. 6-28; cf. Fr. Lenorxant, la Magie chez les Chaldéens, p. 109-170, Etudes Accadiennes, t. Il, p. 93-99, t. III, p. 33-35 ; Hommel, Die Semitischen Vôlker, p. 277-278; Haupt, Die Sumerisch-Akkadische Sprache, dans les Verhandlungen des 5tem lnlerttattonalen Orientalisten-Congresses, Semitischc Section, p. 269-271 ; Sayce, The Religion of the Ancienl Babylonians, p. 487-188.

2. Fr. Lenormant, la Magie chez les Chaldéens, p. 37 sqq. La présence des mauvais esprits en tout lieu est démontrée, entre autres formules magiques, par l'incantation de Rawlinson, Cun. 1ns, \Y. As., t. Il, pi. 18, où l'on énumère longuement les endroits qu'on veut leur interdire. Le magicien leur ferme la maison, la haie qui entoure une maison, le joug qu'on pose sur les bœufs, la tombe, la prison, le puits, la fournaise, l'ombre, le vase à libations, les ravins, les vallées, les montagnes, la porte (cf. Sayce, The Heligion of Ihe Ancienl Babylonians, p. 446-448).

3. Assournaziraba), roi d'Assyrie, parle dans une de ses inscriptions de ces soixante-cinq mille grands dieux du ciel et de la terre (Sayce, The Heligion of the Ancienl Babylonians, p. 216).

LES DIEUX SUMÉRIENS : NINGHIRSOU. 037

shagana, àNinmar, à Ninghishzida'. Goudéa leur élevait des temples dans toutes

les villes sur lesquelles son autorité s'étendait, et il consacrait à ces fondations

pieuses le revenu de son territoire ou le butin de ses guerres. » Goudéa, le

Vicaire de Lagash, après avoir bâti le temple lnin

pour Ninghirsou, il a construit un trésor; une maïs

décorée de sculptures, telle que nul Vicaire n'en avi

construit à Ninghirsou, il la lui a construite, il y a éc

son nom, il y a fait tout ce qu'il fallait, et il a exé

cuté fidèlement toutes les paroles de la bouche

de Ninghirsou1. » La dédicace de ces édifices

était accompagnée de fêtes solennelles auxquelles

la population entière prenait une part active.

< Sept jours durant, on n'écrasa plus le grain, et

la servante fut l'égale de sa maîtresse, l'esclave

marcha à côté de son maître, et dans ma ville j

le faible reposa à côté du fort. » Dans la suite, I

Goudéa veilla soigneusement à ce que rien d'Impur

ne vînt souiller la sainteté du lieu. Ce sont les

vieilles divinités sumériennes, mais le caractère

de la plupart d'entre elles nous échapperait, si

nous ne savions, par d'autres documents, à quel

dieux moins inconnus et d'aspect moins rébarbatif les Sémites les avaient

assimilées. Ninghirsou, le maître du quartier de Lagash qu'on appelait Ghirsou,

s'identifiait à Ninib; Inlil est fiel, Ninoursag Beltis, lnzou Sin, Inanna lshtar,

et ainsi des autres'. Et leurs religions ne sont pas des religions locales,

confinées obscurément dans un coin du pays : elles dominaient par toute la

1. I.'é numération de ces divinités se trouve, par exemple, dans l'inscription de la statue Q de Goudéa au Louvre (1Iei:iïy-Sa*uc, Di'i-oh entes en Chaldée, pi. 16-1!»; cf. Aii.ip, Inscriptions of Telloh, dans les Records of the Vaut, f' Sw., I. Il, p. BS-8G, el DiwwrfM eu Chaldée, p. vu-xv ; Jhmj, Insckriflc» der Kànigc unit Slatlhatler eon Lagasch. dan» la Keilschriftliche llililiothtk, I. III, 1™ partie, p. .16-17). Les transe ri pi ions varient selon les auteurs : où Jensen donne NinoursaK, Auiiaud lit Nint.har8.ifc, le llounshaa;aiia de ces deux ailleurs devient Shoulshagana pour Lkgac, Deux ImcripiiouM de Goudéa, patahi de hngaïku (dans la Zeitschrift fur Assyriotogïe. t. VIII, p. tll-lt], et l'on trouve ailleurs la déesse Galoumdoug qui devient sans conviction Gasig(î>-dou|[.

ï. Uiiîm-S-iiiu:. Déeourerlei en Chaldée. pi. VI, I. 7U, col. VIII, I. »-, cf. A»i*ro, Tlic Inscription» of Telioh, dans les Record* of Ihe Pa»l, tmt Scr., t. Il, p. RÏ-83, el dans les Déconcerte» en Chaldée, p. jli-xii ; Jr.vsb*, tnschriften dtr Kônige und Stattlialter ron Lagaicli, dans la KeiltrliriflUche Uibfiotliek, l. Ht, I" partie, p. UJI-3».

a. Destin de r'aurher-Gudin, d'après Hhhï-Shik, Découverte» ru Chaldée, pi. tt. n* .'i. I.ullribution de cette ligure à .Ninghirsou est 1res probable, mais non pis entièrement certaine.

i. Cf. à ce sujet le mémoire d'Aaura, Sirpourla, d'après les Inscription» de la Collection de Sarzec, p. Ij sqq., où les identifications possibles des noms de dieux sumériens adoréb à Telloh avec les

Chaldée, au Nord comme au Sud, à Ourouk, à Ourou, à Larsam, à Nipour, à Babylone même. Inlil était le régent de la terre et de l'Hadès1, Babbar le soleil, Inzou la lune, Inanna-Anounit l'étoile du soir et du matin, la déesse de l'amour1, au temps où deux religions distinctes se trouvaient en présence aux bords de l'Euphrate et deux troupes de dieux rivaux. La sumérienne n'est encore aujourd'hui pour nous qu'un amas de noms étranges, dont nous ignorons souvent et le sens et la prononciation. Quels êtres et quels dogmes recouvraient-ils au commencement ces blocs de syllabes barbares qui hérissent les inscriptions des plus vieilles dynasties, Pasag, Dounshagana, Doumouzi-Zouaba et vingt autres? Les théologiens des époques postérieures prétendaient définir avec précision ce qui en était de chacun d'eux, et probablement ce qu'ils affirment est-il exact pour la plupart des cas, au moins dans le gros. Mais nous ne soupçonnons guère les motifs qui ont décidé le rapprochement des divinités, la façon dont il s'opéra, les concessions mutuelles que Sumériens et Sémites durent se faire pour arriver à s'entendre, et les traits de leur physionomie primitive qu'ils ont dû atténuer ou effacer entièrement. Plusieurs d'entre eux se sont si bien transformés qu'on se demande auquel des deux peuples ils appartenaient à l'origine, Êa8, Mardouk*, Ishtar5. Les Sémites l'emportèrent à la fin sur leurs émules, et ceux-ci ne conservèrent plus d'existence indépendante que dans la magie, dans la divination, dans la science des présages, dans les formules des exorcistes et des médecins auxquelles les dissonances de leurs noms prêtaient plus d'autorité. Partout ailleurs ce fut Bel et Sin, Shamash et Bamman qu'on adora, mais un Bel, un Sin, un Shamash, un Bamman qui n'avaient pas oublié leurs alliances avec lnlil et avec Inzou, avec Babbar et avec Mermer6 les Sumériens; quelque langue

1. Fr. Lenormant, la Magie chez les Chaldée ns, p. 154-154 (où le nom est lu Moul-ge au lieu de Moullil, variante d'/fi/iï); Savcb, The Religion of the Ancient Babylonians, p. 146-149.

4. Sur Anounit-lnanna, l'Étoile du Matin, et sur les divinités qui se confondirent avec elle, voir la curieuse étude de Sayce, The Religion of the Ancient Babylonians, p. 184-181.

3. Éa, le dieu de l'ablmc et des eaux primordiales, est Sumérien ou Accadien pour Fr. Kenonuant (la Magie chez les Chaldcens, p. 148), pour Hommel (Die Semitischen Yôlker, p. 373), pour Sayce (The Religion of the Ancient Babylonians, p. 104-105, 134-134).

4. Sayce (The Religion of the Ancient Babylonians, p. 106) n'ose décider si le nom de Mardouk- Mérodach est Sémite ou Sumérien; Hommel (Die Semitischen Vôlher, p. 376-377, et Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 255-456, 466) le tient pour Sumérien, ainsi que Jensen (Die Kosmologie der Babylonicr, p. 444-443) et Lcnormant (la Mo g ie chez les Chaldéens, p. 141).

5. Ishtar est Sumérienne ou Accadien ne pour Fr. Delitzsch à ses débuts (Die Glialdseische Gencsis, p. 473), pour Hommel (Die Semitischen Vôlker, p. 385, et Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 457, 466) et pour Sayce (The Religion of the Ancient Babylonians, p. 454-461).

6. Sur l'identité du dieu sumérien dont le nom se lit communément Mermer, Merou, avec le Sémite Hamman, cf. Fr. Lenormant, les Noms de l'airain et du cuivre dans les deux langues des inscriftlions cunéiformes de la Chaldée et de ï Assyrie, dans les Transactions de la Société d'Archéologie Biblique, t. VII, p. 390, n° 1; Pognon, l'Inscription de Mérou-nérar 1er, roi d'Assyrie , p. 44-23; Sayce, The Religion of the Ancient Babylonians, p. 404.

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