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LES ORACLES ET LES STATUES PARLANTES

corne1, lis y rassemblèrent autour d'eux toutes les divinités que l'on pouvait abstraire sans trop de peine de la fonction ou de l'objet auquel elles étaient liées, et ils constituèrent de la sorte une aristocratie divine, comprenant ce qu'il y avait de plus puissant parmi les êtres qui menaient le monde. Le nombre en était encore considérable, car Ton y comptait sept dieux magnifiques et suprêmes, cinquante grands dieux du ciel et de la terre, trois cents esprits des cieux, six cents esprits de la terre*. Chacun d'eux entretenait ici-bas des représentants, qui recevaient pour lui les hommages des hommes et qui leur signifiaient ses volontés. 11 se révélait en songe à ses voyants et leur enseignait la marche des événements prochains3, ou bien il les envahissait brusquement et parlait par leur bouche : leurs discours, recueillis et commentés par les assistants, étaient autant d'oracles infaillibles. Mais le nombre en demeurait limité des mortels assez vigoureux et doués de sens suffisamment affinés pour affronter sans danger la présence directe d'un dieu; les rapports s'établissaient le plus souvent par le moyen d'objets variés, dont la substance épaisse et lourde atténuait ce qu'il y avait de redoutable pour la chair et pour l'intelligence humaine dans le contact d'un immortel. Les statues cachées au fond des temples ou dressées au sommet des ziggourât se transsubstantiaient par la consécration au corps même de la divinité qu'elles figuraient, et dont on écrivait le nom sur la base ou sur le vêtement4. Le souverain qui les dédiait les sommait d'avoir à parler aux jours à venir, et dès lors elles parlaient : lorsqu'on les interrogeait selon le rite institué pour chacune d'elles, la portion de l'àme céleste que la vertu des prières y avait attirée et qu'elle y gardait captive ne pouvait s'empêcher de répondre*. Y avait-il à cet usage des

1. Le transfert de fiel et d'Éa au ciel à côté d'Anou, déjà indique par Schrader (Studien und Kritiken, 1871, p. 3 il), et l'identification des Voies de Hel et d'Ea avec les tropiques, ont été étudiés, et les problèmes que ces faits soulèvent résolus par Jexse.n, Die Kosmologie der liabylonier, p. 19-37.

2. Ce nombre nous est fourni par la tablette du Musée Britannique à laquelle G. Smith renvoie, dans son article de la Xorth and Brilish Review, janvier 1870, p. 309.

3. Un songe prophétique est déjà mentionné sur une des statues de Tciloh (Zimwkrn, Dus Traumgesicht Gudca's, dans la Zeilschrift fur Assyriologie, t. 111, p. 232-235, cf. p. 610 de cette Histoire). Dans l'histoire du seul Assourbanabal nous trouvons plusieurs voyants — shahrou — dont l'un prédit le triomphe général du roi sur ses ennemis {Cylindre de Rassam, col. m, I. 118-127), et dont l'autre annonce au nom d'Ishtar la victoire sur les ftlamitcs et encourage l'armée assyrienne à franchir un torrent gonflé par les pluies (id.y col. v, 1. 97-103), tandis qu'un troisième voit en songe la défaite et la mort du roi d'Élara (Cylindre /i, col. v, 1. 49-76, dans G. Smith, flislory of Assurbanipal, p. 123-126). Ces voyants sont mentionnés dans les textes de Goudéa avec des prophétesses « qui disent le message » des dieux (Statue H du Louvre, dans IIeuzey-Sahzec, Fouilles en Chaldée, pi. 10, col. iv, I. 1-3; cf. AwAim, The Inscriptions of Telloh dans les Records of the Past%tné ser., t. I, p. 78).

A. Dans une formule dirigée contre les esprits mauvais, et destinée à fabriquer les figures talismaniques protectrices des maisons, en dit de Mardouk qu'il « habite l'image • — as hibou salam — qui a été fabriquée de lui par le magicien (Kawlinson, Cun. Ins. W. As., t. IV, pi. 21, n° 1, l. 40-41 ; cf. Fr. Le.norm\nt, Études Accadiennes, t. Il, p. 272-273, t. III, p. 104, 106).

5. C'est ce que dit Goudéa lorsque, décrivant sa propre statue qu'il avait placée dans le temple de Telloh, il ajoute qu' « à la statue il a donné ordre : A la statue de mon roi parle! • (Ami un, dans

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images spéciales qu'on articulait savamment comme en Egypte, et dont un prophète tirait mystérieusement les (ils? Des voix résonnaient la nuit au plus profond des sanctuaires, surtout lorsqu'un roi s'y prosternait pour apprendre l'avenir : son rang qui l'élevait à mi-chemin du ciel le préparait à recevoir la parole d'en haut des propres lèvres de l'idole'. Le plus souvent, un prêtre,

instruit au métier dès l'enfance, jouissait du privilège de poser les questions voulues et d'interpréter aux dévots les signes divers par lesquels la pensée divine s'exprimait. L'esprit soufflait d'ailleurs où bon lui i/iooiution ne la ««Ht et ni' ront*. semblait, et se logeait sou-

vent dans des endroits où l'on ne se serait pas attendu à le rencontrer. Il animait des pierres, celles surtout qui tombaient du ciel', des arbres et par exemple l'arbre d'Ëridou qui rendait des oracles*, la masse d'armes à tête de granit, à manche de bois', la hache de Kamman', les lances fabriquées sur le modèle du javelot de Gilgamès, javelot-fée qui partait et revenait à l'ordre de son maître, sans qu'on eût besoin d'y toucher7. Les objets pleins de la divinité, une fois qu'on les avait

Hkchi-Samec, Découvertes en Chaldêr, p. XII, I. 31-45}. I.» statue di parlera désormais quand on la consultera selon lus formules. Cf. ce i royales consacrées dans les temples de l'Egypte, p. titl-IÏO de celte

t. Ainsi le roi assyrien Assourbanabal entend, la nuit, dans le In yoix de la déesse elle-même qui lui promet son appui contre le n col. y, I. 36-48, dans fi. Siith, Hitlory of Anurbampal, p. 140-143}.

4. Destin de Fnuchci-Ctidiu, d'après Cintailtt chnlde'cttne reproduite dont Nu; vertes en ilhaldée, pi, 30"-, n- 13'.

3. Saicf., The Itcligion of llie Ancien! ISaliytoniaiu. o. il"; sur la pnisonec possible dans un des sanctuaire* d'Ourou d'un arbre sacré ou d'une pierre météorique consacrée au dieu-Lune, Sin, cf. Iluiasi., Die Sentitiichen Vôlktr und Sprachen. p. 40fi-40".

4. L'arbre d'Êridou est décrit dana la tablette K, III (1U* limon. Cm. ht*. IV. À»., t. IV, pi. 15) du Dritish Muséum; cl, S.iice, The Religion of the Ancien) Baligtoaiant, p. 438-144, 471, I. 46-35, où il est identifié à l'arbre cosmique. Je crois avec Jmsf.k, Die Kimmalogie der Baln/lonicr, p. 14», n. I, que cet arbre rendait ses oracles par le moyen d'un prêtre attaché a son entretien. Il a élé question des arbres sacrés de l'Egypte et du culte qu'on leur rendait au* p. 141-144 de celle Histoire.

5. La masse d'armes plantée droit sur l'autel et recevant l'hommage d'un homme debout devant elle n'est pas rare parmi les représentations des cylindres assyriens; cf. au sujet de ce culte Htrin , tel Origine* orientales de t'Ait, t. I, p. i!i3-l!IR. Il se peut que l'énorme tête de massue eu pierre du vicaire MiiKhirsiiuiiHiudou (llnin. Ileron'lruclion partielle de la stèle du roi Eannadou, dans les Ciiinplm rendus de l'Académie des Iwtcripliims, IBiti, t. XX. p. 4711. et la Innée coloriait rf" Jsitnttbnr, ibid., IS!I3, t. XXI, p. 3111) soit une île ces massues divines qu'on adorait dans les temples. Le fouet, placé dans notre vignette il coté des deux mapser., ]>arï;if;t'ail le culte qu'elles recevaient.

11. La hache d'armes dressée sur un autel pour recevoir l'offrande d'un prêtre ou d'un dévot a élé signalée pour la première fois par A. dk Loratallk, Œuvres. 1. 1, p. 1"0-I7t, 418-441.

7. Une de ces lances en cuivre ou en bronze, décorée de petits has-reliefs, a élé retrouvée par N. de Saricc dan- les ruines d'une sorte de villa appartenant aux princes de Lagash ; elle est

n roi, inspirée

par celle du dieu.

qui est dit des

sanctuaire de

l'Ishtar d'Articles,

oi d'rLIam Tiou

:imian (Cylindre II,

lutte dans lin

Ilt-SAMEG, Decou-

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