‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 299 sur 374 · LA TRIADE SUPRÊME, ANOU LE CIEL · texte numérisé non relu

LA TRIADE SUPRÊME, ANOU LE CIEL

ment1 ou le dieu qui le gouverne* : il réside au nord vers le pôle, et la route qu'il choisit d'ordinaire pour inspecter son domaine suit le tracé de notre écliptique3. 11 occupe les régions sublimes de l'univers, à l'abri des vents et des orages, dans une atmosphère toujours pure et dans une lumière toujours sereine. Les dieux des espaces moyens et de la terre se réfugient vers ce ciel d'Anou', lorsqu'un grand danger les menace, mais ils n'osent pas en affronter les profondeurs et ils s'arrêtent, la limite à peine franchie, sur la corniche qui supporte la voûte, vautrés, et hurlants comme des chiens5 : il ne s'ouvre entier qu'à de rares privilégiés, aux rois que le destin consent à y admettre, aux héros tombés vaillamment sur les champs de bataille. Placé si loin de tous, sur les sommets inabordables, Anou semble participer de leur calme et de leur immobilité. S'il est prompt à concevoir et à juger, il n'accomplit presque jamais lui-même les projets qu'il mûrit ou les arrêts qu'il rend : il se décharge du tracas d'agir sur Bel-Mardouk, sur Éa, sur Ramman6, et il fait souvent des génies inférieurs les exécuteurs de ses volontés. « Sept ils sont, les messagers d'Anou leur roi, — et c'est eux qui de ville en ville soulèvent le vent d'orage; — ils sont le vent du Sud qui chasse puissamment dans le ciel ; — ils sont la nuée destructrice qui bouleverse le ciel ; — ils sont les tempêtes rapides qui amènent les ténèbres au milieu des jours sereins. — ils rôdent çà et là avec le vent mauvais et la bourrasque néfaste7. » Anou

Assyrian Mytliology, p. 406-407; G. Rawlinso*, The Five Great Monarchies, 2* édit., t. I, p. 112, 115- 117). Son rôle a été déterminé pour la première fois par Fr. Lenormant (la Magie chez les Chaldéens, p. 106, 121, 142, 144-145), qui, après avoir d'abord déclaré qu'il était le chaos primordial (Essai de Commentaire sur les fragments cosmogoniques de Bérose, p. 64-66), « première émanation matérielle de l'être divin », reconnut qu'Ânou était identique à Anna, an a, le ciel, et joignit à l'idée de firmament celle de dieu-Temps, xp6vo;, et monde, xocru-é;, pour se conformer aux notions contenues dans un passage de Damajscius (De Principiis, § 125, éd. Ruelle, p. 321-322). L'identité d'Anou avec le Ciel, et, par suite, sa qualité de dieu-Ciel, sont aujourd'hui reconnues généralement (Hommel, Die Semitischen Vôlkerund Sprachen, p. 370-373; Sayce, Religion ofthe Ancient Babylonians, p. 186-195; Jensen, Die Kosmologie der Babylonier, p. 4, 11-12,274; MCriiter-Delitzsch, Geschichte Babyloniens und Assyriens, 2* éd., p. 25-26; Tikle, Assyrisch-Babylonische Geschichte, p. 517, 521).

1. Il est alors le Zi-ana, YEspiit du Ciel des conjurations magiques, qu'elles associent et qu'elles opposent à Y Esprit de la terre (Fr. Le.norma.nt, la Magie chez les Chaldécns, p. 139-140, 144; Hommel, Die Semitischen Vôlker, p. 363, 370 ; Sayce, The Beligion of the Ancient Babylonians, p. 186-187).

2. Il porte en effet le titre d'Anou, le grand du Ciel, le grand dieu (Rawlinson, Cun. Ins. W. As., t. V, pi. 45, n° 2, 1. 22), qui règne sur la voûte du firmament.

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