LA SECONDE TRIADE, SIN LA LUNE. 65S
bestiaux et dans les repaires des bêtes, et il multiplie les êtres vivants ! — Toi, ton arrêt a évoqué le droit et la justice, et les peuples ont promulgué la loi ! — Toi, ton arrêt, ni au ciel lointain, ni dans les profondeurs cachées de la terre, nul ne peut le connaître! — Toi, ton arrêt, qui peut l'apprendre, qui se mesurer avec lui ? — 0 seigneur, au cîel en puissance, sur la terre en souveraineté, parmi les dieux tes Frères, tu n'as point de rival'! » Ailleurs qu'à
Ourou et dans Harran, on ne prêtait pas à Sin ce rang de créateur et de régent des choses : il était simplement le dieu-Lune, et on l'imaginait sous la forme d'un homme, le plus souvent accompagné d'un croissant mince', parfois debout sur le croissant ou en sortant à mi-taille, dans le costume et dans l'attitude des rois*. Sa mitre s'identifiait si bien avec lui qu'elle le remplaçait sur les tableaux astrologiques : le nom qu'elle portait — agou — désigne souvent la lune considérée comme corps céleste indépendamment de toute divinité1. Babbar-Shamash, « la lumière des dieux, ses pères e, « l'illustre
I. Rawlinson, Cun. In: W. Al., I. IV, pi. 9, 1. Ml), Ï8-39. 53-KÎ el verso I-]*; cf. F». Lksobnaiit, (et Première» Civitimtiom, 1. It, p. I5R-IG4, Éluda Accadienues, 1. Il, p. 131-148, I. III, p. 46-1(3, el le Dieu Lune délivré de l'attaque des mouvait Esprits, dans la Gazelle Archfolngiatœ, 18"8, p. 33- 3'i; Deiitik*, Dit Chaldàitche Gênait, p. ÎH1-Ï83; Omar, Fragment* cosmogoniquei, dans E.emuii, Histoire du peuple d'Israël, t. Il, p. 48i-4fl4; IlomtL, Geschichle Babyloniens und Assyriens, p. 3"8- 37»; SaïM, The Religion of the Aneient Dabylontaus, p. IfiO-lfiî.
t. Dessin di ■ Faucher-Gudia, d'après V héliogravure de Venant, la Glyptique Orientale, l. I, pl.IV, n'1.
4. LlUilD, Hanuments relatifs au culte de Milhra, pi. XLIV, n° I, LIV B, n'1G; rf. plus haut, p. CM.
5, La m ilre ornée de» cornes, agou, représente plu» particulièrement la pleine lune. On disait alors que Si» arait mis sa mitre (R.inainsos, Clin. Int. II'. A., t. III, pi. 5«. n- 3, I. I ; cf. Saycï, The Aslronomy and Aslrotogy of the Babyloniant, dans les Trantaetimls de la Société d'Archéologie Biblique, 1. III, p. Îi5-Ï2G. où l'eipression est comprise des halos qui se forment autour de la lune), tandis qu'au premier quartier les cornes seules apparaissaient (cf., p. 545 de celte Histoire, la fin du récit de la création). Elle désigne Sin au sommet des stèles (Stèle de Salmanaiar II dans les Tram-
OSe LES TEMPLES ET LES DIEUX DE LA CHALDËE.
rejeton de Sin1 », passait les nuits dans les profondeurs du Nord, derrière les murs de métal poli qui bornaient la partie du firmament visible aux hommes1. Dès que l'aube lui en ouvrait les portes, il se levait à l'Est tout en flammes, le casse- tri te au poing, et il s'élançait impétueusement sur la chaîne de montagnes qui entoure le monde': il atteignait six heures pins tard le terme de sa course vers le Sud, puis il remontait à l'Ouest en diminuant progressivement
ses feux, et il rentrait dans son gîte accoutumé par la porte d'Occident, pour ne plus ressortir qu'au matin du jour suivant. Il accomplissait son voyage autour de la terre sur un char conduit par deux écuyers, et attelé d'onagres vigoureux, « dont les jarrets ne se lassent jamais" » ; le disque flamboyant que nous apercevons d'ici-bas était une des roues du char'. Dès qu'il se montre, le chant des hymnes le salue : « Soleil, sur le fondement des cieux tu pointes, — tu tires les verrous qui barrent les cieux étincelants,
action* de la Société d'Archéologie Biblique, (. VI, pi. VIII) ou des bornes qui «ervent de limites à tin domaine [Caillou Michaux, à la Bibliothèque Nationale, cf. la vignette p. îfiï de celte Histoire).
t. Babbar est le nom suraérien, ShaniEisii lu nom sémitique, qui, prononcé Shaouaih selon une loi connue de phonétique ha h> Ionienne, a été transcrit Saulç par les fîrers. Le nom de Shamash avait été d'ahord lu San ou Snnti (RiwLMtti*, On the IMigion of the tlabyloiiians and Assurions, p. 500).
î. Cf. I» description du ciel et l'indicalion des deui portes aui p. SJ3-S45 de cette Histoire. Les teites relatifs ï la course du Soleil sont dans Jkusek, Die Konnologie der Babylcmicr, p. 9-10.
3. Sa course sur la levée qui tourne autour de la voûte céleste lui faisait donner le titre de Irait d'union entre la Terre et le Ciel (cf. p. 666 de cette Histoire) : il circulait en effet sur la ligne où le ciel et la terre se louchent et paraissait les souder par le cercle de feu qu'il y décrivait. Une autre expression de l'idée se retrouve dans le protocole de tergal et de Ninih, qu'on appelle let séparateurs : la course du Soleil peut en effet séparer aussi bien que réunir les deux parties de l'univers.
i. Dessin de Fauther-Cudin, d'après une intaitte chaldéennc en jaspe vert du Musée du Louvre (Mh*kt, Ueeherclies sur la Glyptique orientale, t. I. p. 193, n* 71). L'original a 0-.033 de hauteur.