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LA CONSTITUTION DES TEMPLES, LES SACERDOCES LOCAUX

ziggourat figurait par sa masse la montagne terrestre, et des salles, rangées à ses pieds, simulaient de façon plus ou moins complète les parties accessoires : le temple de Mardouk à Babylone renfermait jusqu'aux chambres fatales, où le soleil recevait chaque matin les tablettes de la destinée1. Le nom indiquait souvent la nature du maître ou l'un de ses attributs : le temple de Shamash à Larsam s'intitulait É-babbara, la maison du Soleil, celui de Nébo à Borsippa, É-zida, la maison éternelle. Et n'importe où un dieu possédait un sanctuaire, ce sanctuaire s'appelait du même nom : Shamash à Sippara vivait dans un E-Babbara comme à Larsam. Ainsi qu'en Egypte, le roi ou le chef de l'État était le prêtre par excellence, et la qualité de vicaire, si fréquente dans la Chaldée primitive, montre qu'on voyait en lui le délégué, le lieutenant de la divinité auprès des siens1; mais un clergé, à moitié héréditaire, à moitié recruté, remplissait pour lui les fonctions journalières du sacerdoce et assurait la régularité des offices. Un grand prêtre — ishshakkou — marchait en tête, dont le devoir principal était de répandre la libation : chaque temple avait son ishshakkou, mais celui qui présidait au culte de la divinité féodale primait tous les autres dans sa ville, celui de Bel-Mardouk à Babylone, celui de Sin à Ourou, celui de Shamash à Larsam ou à Sippara3. Il commandait à différentes catégories de prêtres et de prêtresses, dont les titres et la hiérarchie ne nous sont pas connus suffisamment. Les shangou paraissent avoir occupé après lui le poste le plus éminent, les chambellans attachés à la maison du dieu et ses hommes liges, dont l'un gouvernait son harem, d'autres les autres départements de son palais4. Les kîpou et les shatammou étaient surtout des administrateurs chargés de veiller à ses intérêts financiers ; mais les pashishou frottaient d'huile bénie et parfumée ses statues de pierre, de métal ou de bois, les stèles votives déposées dans les chapelles, le matériel du culte et les ustensiles du sacrifice, les grands bassins, les mers de cuivre où l'on recueillait l'eau employée aux ablutions saintes8, les victimes qu'on

1. Cette salle est décrite par Naboukodorosor II (Rawlinson, Cuti. Ins. W. As., t. I, pi. 54, col. n, I. 54-65) et par Nériglisor (Rawlinson, Cun. Ins. W. As., t. I, pi. 67, I. 33-37), dans des passages dont le sens véritable a été découvert par Jrnskn, Die Kosmologic der Babylonier, p. 85-86. 237-238.

2. Cf. sur le titre de vicaire ce qui est dit à la page 604 de cette Histoire.

3. Les titres uhshakou, nishakkou, qui répondent aux ternies patishi et nou-és des idiomes non sémitiques de la Chaldée, paraissent provenir de la racine nashakou, verser une libation (Sayce, The Religion of the Anvienl Babylonians, p. 60, n. 1).

4. Le shangou est celui qui est lié au dieu (Sayce, The Religion of the Ancien t Babylonians, p. 61); les rois revêtent la dignité de shangou, ainsi AshshourisMshi (Rawlinson, Cun. Ins. W. As., t. III, pi. 3, n* 6, 1. 1, 8, 9) et Kourigalzou (Rawlinson, Cun. Ins. W. As., t. I, pi. 4, n« XIV, I. 1, 2, 3). Tw\e(Babylimisch-Assyrisv.he Geschichle, p. 546-547) pense que le shangou appartenait à la même classe que Yishakkou.

5. IIki'xky-Sarzkc, Découvertes en Chaldée, pi. 2, n° 3; cf. Y. Ir. Gvc, Ur-Bau, paient de Lagashu, dans la Zeilsehrift fur Assyriologie, t. VII, p. 150. Comparu/, la mer d'airain du temple de Jéru-

menait à l'autel1. Puis, c'était un peuple de bouchers et d'aides, de devins, d'augures, de prophètes, toute la domesticité que la complication des rites exigeait aussi nombreuse en Chaldée qu'en Egypte1, sans parler des bandes de femmes ou d'hommes qui honoraient le dieu de leur corps, et se livraient à la brutalité de ses fidèles8. La besogne ne manquait jamais à ce personnel disparate. Chaque jour et presque chaque heure, une cérémonie nouvelle le mettait en mouvement, tantôt les uns, tantôt les autres, depuis le monarque lui-même ou son légat dans le temple, jusqu'au dernier des sacristains. Le là du mois d'Éloul était réservé dans Babylone à Bel et à Beltis: le prince leur présentait ce qu'il voulait, puis il célébrait devant eux les sacrifices ordinaires, et s'il levait la main pour implorer quelque grâce, il l'obtenait sans faute. Le 13 était dédié à la Lune, le dieu suprême, le 14 à Beltis et à Nergal, le 15 à Shamash; le 16 on jeûnait en l'honneur de Mardouk et de Zirbanit, on fêtait le 17 l'anniversaire de Nébo et de Tashmît, le 18 la panégyrie de Sin et de Shamash, et le 19 était un jour blanc pour la grande déesse Goula*. C'était, l'année entière, la même variété que pendant ces quelques jours pointés au hasard dans le calendrier. Les rois, en fondant un temple, ne lui léguaient pas seulement le mobilier et les fournitures nécessaires aux besoins du moment, les brebis et les bœufs, les oiseaux, les poissons, les pains, les liqueurs, l'encens et les essences odorantes; ils lui allouaient aussi des revenus sur le trésor, des esclaves, des terres cultivées, et leurs successeurs renouvelaient ces dons gracieux ou les augmentaient en toute occasion5. Chaque guerre victorieuse lui apportait sa part des dépouilles et des captifs; chaque événement heureux ou malheureux qui survenait dans l'État ou dans la

Balcm : le terme babylonien est apsou, le même qui sert à rendre l'abîme des eaux primordiales. Un texte (Hawlinson. Cun. Ins. \Y. As., t. IV, pi. 23, n° 1), que Lenormant avait interprété comme se rapportant à une descente d'ishtar aux Enfers (la Magie chez les Chaldéens, p. 157-160), a trait en réalité à l'établissement d'une mer d'airain, soutenue par des taureaux en bronze (Sayce, The Religion of the Ancient Rabylonians, p. 63, n. 3).

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