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LES REVENUS DES TEMPLES

sacrifices lui apportaient un gain flottant dont la quotité variait singulièrement avec les saisons : il en recevait peu à de certaines dates, tandis qu'à de certaines autres il s'en trouvait comme encombré. La plus grande portion en était consommée immédiatement sur place par le personnel attaché au sanctuaire : ce qui pouvait se conserver sans dommage allait rejoindre les produits des domaines, et constituait soit une réserve pour les mauvais jours, soit un fonds de roulement que les prêtres faisaient fructifier. Ils avançaient le blé ou le métal à gros intérêts, et leur habileté dans le commerce de l'argent était si notoire que nul particulier n'hésitait à leur confier le maniement de ses capitaux : ils servaient d'intermédiaires entre les prêteurs et l'emprunteur, et les commissions qu'ils touchaient comme prix de ce service n'étaient pas la moindre source de leurs bénéfices ni la moins sûre. Ils nourrissaient de véritables troupeaux d'esclaves, laboureurs, jardiniers, artisans, même ces chanteuses et ces courtisanes sacrées dont j'ai parlé déjà1, qui travaillaient directement pour eux de leur métier, ou qu'ils louaient en dehors du temple à quiconque réclamait leur aide. Le dieu n'était pas seulement le plus grand cultivateur de l'État, après ou souvent même avant le roi : il était le manufacturier le plus actif, et beaucoup des objets nécessaires au luxe ou à l'usage commun sortaient de ses ateliers. Sa fortune lui assurait une autorité prépondérante sur la cité et jusque dans les conseils du prince : les prêtres qui le représentaient sur terre étaient mêlés aux affaires de l'État, et son influence s'y exerçait par eux, à côté de celle des officiers de la couronne*.

Aussi bien avait-il besoin de richesse et de renom autant que ses moindres clients. Comme il participait à toutes les faiblesses de l'humanité et en éprouvait tous les appétits, on devait le nourrir, l'habiller, le divertir, ce qu'on ne pouvait faire qu'à grands frais. Les statues de métal, de pierre ou de bois, érigées dans les sanctuaires, lui prêtaient leurs corps qu'il animait de son souffle, et qu'il accréditait parmi nous pour recueillir ici-bas tout ce dont il manquait dans son royaume mystérieux*. On revêtait ces images d'étoffes, on les oignait d'huiles odorantes, on les couvrait de bijoux, on leur servait à manger ou à boire, et là-haut sous le ciel, dans l'abîme, au sein de

1. Voir les noms des diverses classes d'hiérodules à la page 577, note 4, de cette Histoire.

2. Pour la constitution du domaine des temples et pour l'administration sacerdotale, on consultera l'étude très consciencieuse de Pkiser, Bnbylonischc Vertrâge des Berliner Muséums, p. xvu-xxix; sur le

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chaldéenne des statues animées et prophétiques est, comme on devait s'y attendre, identique à la théorie égyptienne dont j'ai exposé quelques traits au chapitre u de cette Histoire, p. 119-120.

680 LES TEMPLES ET LES DIEUX DE LA f.HALDEE,

la terre, les dieux s'habillaient, parfumaient leur chair et la paraient, se rassasiaient du même coup : il suffisait pour cela de leur expédier le sacrifice avec les prières et selon les rites qu'ils avaient enseignés. Le prêtre commençait par les inviter solennellement ; dès qu'ils flairaient de loin l'odeur de la bonne chère, ils accouraient « comme un essaim de mouches » et se tenaient prêts à la saisir'. L'appel entendu, on leur apportait l'eau et on leur proposait les

ablutions indispensables au début d'un repas* :

■ Lave tes mains, nettoie tes mains, — que les dieux tes frères lavent leurs mains, nettoient leurs mains ! — Dans un plat pur, mange un manger pur, — dans une coupe

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La statue, raidie par la matière dans laquelle on l'avait taillée, n'aurait su comment profiter des choses exquises qu'on lui prodiguait : ou lui ouvrait la bouche, au moment de la consécration, et on la rendait ainsi capable de s'assouvir à son gré*. Le repas durait longtemps et comprenait tout ce que la cuisine du temps imaginait de plus délicat : on servait tour à tour des dattes et de la farine de froment, du miel, du beurre, des vins de plusieurs sortes, des fruits, de la viande rôtie et bouillie. H parait bien qu'on exécutait des victimes humaines aux temps les plus anciens; mais l'usage n'en avait persisté que dans des cas très rares, et

I, C'pst l'image même que l'auteur du poème de Cilgamès emploie pour exprimer l'empressement des dieux au moment où Shamashnapishlim leur fait le sacrifice; cf. p. 511) de cette Hiiloire.

t. BiWLianOs, (.'un. Au. II'. A*., I. IV, pi. 13, n' II. I. 1-5; traduit par Lksomast, la Magic chez te» Ctiatdient, p. 47; Hohel. Die Semitiichen Volker, p. 111 ; Sa in, The Religion ofthe Ancien! Haby- Imians, p. 187; J. C. Ball. Glimpiei of Uabyloaian Religion, dans les Proceedingi de la Société d'Archéologie Biblique, 1891-1891, t. XIV, p. 155-136.

3. Deitin de Fauchrr-I'wudin, d'aptet l'inlaillr rhaldéenne du Minée de Berlin, reproduite en héliogravure par Me.mit, tiechert-het tur la Glyptique orientale, t. I, pi. IV, n- t.

1. Cette opération, qui s'accomplissait aussi en figypte sur les statues des dieux et des morts, est indiquée fort nettement dans un leitc du second empire chaldëen, publié dans Kawlkm*. C.un. Int. IV. Al,, I. IV, pi. 15. Le prêtre qui consacre une image constate d'abord (col. m, I. 15-16) que, i an boue.he n'étant pa> oucerle, elle ne peut prendre aucun rafraîchissement ; nourriture elle ne mange, eau elle ne boil .. Sur quoi, il accomplit divers rites qu'il déclare avoir été célébrés sinon actuellement, du moins pour la première fois par £a lui-même : ■ El t'a apportée ■ la place glorieuse, — à la place glorieuse il t'a apportée, — apportée avec sa main brillante. — apportée avec le beurre et le miel ; — il fa verte de l'eau eontaerêe dam ta bouche, — et par magie, il t'a ouvert la bouche • (col. iv, I. 10-511). l.a statue peut désormais manger et boire comme une personne vivante les mets et les boissons qu'on lui présente pendant le sacrifice (J. C. Bail, Gtimpnee of Babylnnian Religion, dans les Proceedingi de la Société d'Archéologie Biblique, 1891-189*. t. XIV, p. 16tM6t).

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