‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 316 sur 374 · LES FUNÉRAILLES, LES TOMBEAUX. 68S · texte numérisé non relu

LES FUNÉRAILLES, LES TOMBEAUX. 68S

les spectres qui essayeraient de s'y introduire à travers le toit. Les dernières heures que le cadavre doit séjourner parmi les siens, il les dort sous la garde

d'une légion de dieux1.

Il ne faut pas chercher aux plaines de l'Euphrate les syringes monumentales, les mastabas ou les pyramides de l'Egypte. Point de montagnes courant à droite et à gauche du fleuve, d'une pierre assez tendre pour qu'on puisse y creuser tomb cnaldAuw wHWKTtB o'w dOne*. aisément des galeries ou

des salles funéraires, assez ferme pour que les chambres une fois taillées ne s'écroulent point d'ellesmêmes. La terre d'alluvions sur laquelle les villes sont bâties, loin de conserver les corps, les décompose rapidement sous l'influence de la chaleur et de l'humidité1 : les caveaux qu'on voudrait y ménager seraient promptement envahis par les eaux malgré la maçonnerie, les peintures et les sculptures seraient rongées par le nitre, les

objets mobiliers et les cer- rouât ceàlieucie i Ton n««,

cueits détruits. La demeure

du mort chaldéen ne doit donc pas s'appeler comme celle de l'Egyptien une maison d'éternité. On la construit en briques sèches ou cuites, et la forme en varie beaucoup dès les temps les plus anciens. C'est un grand caveau voûté

I. C'est ce qu'on toit sur le bas-rnlief on b-TODEe découvert par Péretié publié par CLSBMXT-C"»- »eaii, t'Enfer Auyrien (clans la Revue Archéologique, (S'il, t. XXXVIII. pi. 35), puis par Peihot- Ciinei, Hhloire de l'Art dant l'Antiquité, 1. Il, p. 3G3-3<U; cf. |>. tiaO-0'JI do cette Hittoire.

ï. ftettin île FmahtT-Gvdi», d'âpre* le eroquit de T.mo», iVu'rj on tlie ruiiis of Mitqcyer, dans le Journal of the lloijal Aêiatif Society, 1. XV, |i. tlll.

3. PuRiiT-CMiniiz, Uutoirede CArt dant l Antiquité, t. Il, p. 317 sqq.

4. Destin de Faueher-lludiii . d'aprét le rroquii de Tailob, Notée ou the ruim of Muqeyer, dans le Journal of tht Hoyal Atiatic Society. I. XV, p. 370.

en encorbellement, où Ton emmurait un ou deux corps à la fois1. C'est aussi un simple pot de terre, où Ton accroupissait le cadavre, ou un assemblage de deux énormes jarres cylindriques, dans lesquelles on l'entonnait et qu'on lutait avec du bitume1. Ce sont enfin de piètres bâtisses rondes ou ovales, juchées sur un patin en briques et recouvertes d'un dôme ou d'un toit plat3. La maison n'était pas large et parfois l'habitant n'y entrait qu'à peine, replié et comme doublé sur lui-même. Il n'emportait avec lui dans les plus petites que son linge, ses bijoux, des flèches de bronze, et quelques vases en métal ou en argile. Les autres renfermaient un mobilier moins complet que celui dont les Égyptiens encombraient leurs hypogées, mais suffisant pour les besoins d'un esprit. Le corps était eouché tout vêtu sur une natte imprégnée de bitume, la tête appuyée contre un coussin ou contre une brique plate, les bras à la poitrine, le linceul ajusté par des sangles autour des cuisses et de la cheville. Parfois on le tournait sur le côté gauche, les jambes fléchies légèrement, la main droite jetée par-dessus l'épaule gauche et plongeant dans un vase, comme s'il voulait le prendre ou en porter le contenu à sa bouche. Des jarres et des plats d'argile, rangés autour de lui, lui fournissaient sa nourriture et ses boissons journalières, le vin qu'il aimait le mieux, des dattes, du poisson, de la volaille, du gibier, jusqu'à la hure d'un sanglier, et même, comme en Egypte, des simulacres en pierre qui remplaçaient les provisions réelles et qui duraient davantage. L'homme voulait des armes pour défendre ses vivres, une lance, des javelines, sa canne d'apparat, le cylindre à son nom avec lequel il avait cacheté ses actes. On entassait à côté de la jeune fille ou de la femme des parures et des bijoux de rechange, des fleurs, des flacons à parfums, des peignes, des aiguilles pour le fard, et des pains de la pâte noirâtre dont elle s'enduisait les sourcils et le bord des paupières4.

1. Les caveaux voûtés se sont rencontrés de préférence a Moughéir, dans les cimetières de l'antique Ourou; ils ont une longueur moyenne de 1 mètres à 2 m. 20, une hauteur d'environ 1 m. 70 et une largeur de 1 m. 15. Les murs n'en sont pas entièrement droits, mais ils s'écartent légèrement l'un de l'autre en montant, jusqu'aux deux tiers de la hauteur, puis se rapprochent rapidement jusqu'à former \oûte (Taylor, Notes on the ruins of Muqeyer, dans le Journal of the Royal Asiatic Society, t. XV, p. 272-273). Cf. Perrot-Chipiei, Histoire de l'Art dans l'Antiquité, t. II, p. 371 sqq.

2. Ce genre de sépulture se rencontre également à Moughéir et à Tell-el-Lahm (Taylor, Notes on Abu Shahrein and Tel el-Lahm, dans le Journal of the Royal Asialic Society, t. XV, p. 113-414); cf. Perrot-Chipiez, Histoire de CArt dans l'Antiquité, t. II, p. 371-372. Les jarres sont généralement percées d'un petit trou à l'une des extrémités, pour permettre aux gaz que la décomposition produit de s'échapper plus librement.

3. Taylor, Notes on the Ruins of Muqeyer, dans le Journal of the Royal Asiatic Society, t. XV, p. 2t»i>. Ce genre de tombeau est d'ordinaire enterré assez profondément; à Moughéir, la plupart de ceux que l'on a découverts étaient à 2 mètres ou 2 m. ;*0 au-dessous de la surface. Cf. Perrot-Chipifi, Histoire de l'Art dans P Antiquité, t. Il, p. 372-373.

A. Taylor, Notes on the ruins of Muqeyer, dans le Journal of the Royal Asiatic Society, t. XV, p. 271-27-4, -ili-il.-i, et Notes on Abu-Shahrcin and Tel-el-Lahm, ibid., p. 413.

Page 1