‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 319 sur 374 · Ce sont • les en ui de la morl • dont il · texte numérisé non relu

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Les gardiens des portes dépouillent les immigrants de tout ce qu'ils apportent avec eux, et les conduisent nus devant Allât : celle-ci les juge et leur assigne à chacun leur place au milieu de ses domaines. Le bien ou le mal accompli sur terre pèsent peu dans sa balance : il faut surtout avoir fait montre de piété envers les dieux et envers elle, avoir prodigué les sacrifices et les offrandes, avoir enrichi les temples. Les âmes qui ne peuvent se justifier sont soumises à des supplices épouvantables : la lèpre les ronge jusqu'à la fin des temps, les maladies les plus douloureuses s'abattent sur elles et les torturent sans jamais les tuer. Celles que sa fureur épargne traînent une existence morne et sans joie. Elles crient la soif et la faim, et elles ne trouvent pour se rassasier ou pour se désaltérer que la poussière et l'argile. Elles tremblent de froid, et on ne leur laisse en guise de vêtement qu'un manteau de plumes, les grandes ailes sourdes des oiseaux de nuit sur lesquelles elles volettent en poussant des cris aigus8. Cette conception farouche et sombre de la vie en commun dans un royaume unique est pire encore que l'idée de l'internement au tombeau à laquelle elle a succédé. Au cimetière, du moins, l'âme était seule avec le cadavre : dans la maison d'Allat, elle est comme perdue parmi des esprits qui souffrent autant qu'elle et les génies qui naissent de la nuit. Aucun d'eux n'a une figure simple et voisine de la figure humaine; mais ils présentent un mélange de l'homme avec les bêtes et des bêtes entre elles, où les traits les plus repoussants de chaque espèce sont combinés artistement. Les têtes de lion se hérissent sur des corps de chacal à griffes d'aigle et à queue de scorpion, et les chefs des monstres s'appellent la Peste, la Fièvre, le Vent du sud-ouest. Une fois naturalisés de ce peuple redoutable, les morts ne s'en libèrent plus que par exception, sur l'ordre des dieux d'en haut. Ils ne conservent point le souvenir de ce qu'ils ont fait sur terre. Affections domestiques, amitiés, mémoire des services

1. Les noms des divinités qui président à l'enfer, leurs attributs, les classes des génies secondaires qui leur sont attachés, et les fonctions de chaque classe, sont énumérés dans l'excellent ouvrage d'A. Jkremias, Die Habylonisch-Assyrischen Vorstellungen vont Leben nach Tode, p. 66-75. La figure et les attributs d'Allat sont décrits d'après le portrait d'elle qu'on voit sur la plaque en bronze reproduite à la p. 690 de cette Histoire, au registre inférieur.

4. C'est la description que les premières lignes de la Descente d'hhlar aux Enfers (p. 693 de cette Histoire) font de la condition des morts; elle est confirmée par les fragments du dernier chant du poème de Gilgamès, tels qu'on les trouvera traduits aux p. 588-589 de cette Histoire.

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