L'ÉVOCATION DES MORTS
pas les Chaldéens autant qu'elle faisait les habitants de l'Egypte. Les courtes années qu'ils avaient à vivre en notre monde de lumière les inquiétaient beaucoup plus que les siècles sans fin, dont le défilé monotone commençait pour eus au lendemain des funérailles. La somme de bonheur et de malheur allouée par le destin à chacun d'eux, il devait la dépenser tout d'un trait en plein soleil, aux beaux pays de l'Euphrate et du Tigre : ce qu'il en aurait économisé, afin de se ménager un fonds de félicité posthume, n'avait plus cours au delà du tombeau et ne lui comptait pour rien. I^es dieux qu'il servait fidèlement lui remboursaient donc, dans sa cité natale, en prospérité présente, en santé, en richesse, en puis sance, en gloire, en postérité nombreuse, l'équivalent largement mesuré de ses offrandes et de sa piété : s'il les irritait par ses fautes, ils se vengeaient en l'accablant d'infirmités
et de souffrances. Ils « le kifwmi mira h-r us euod. «'mu*.1,
coupaient comme un roseau' », et « son nom était anéanti, sa semence détruite; — il finissait ses jours dans la gène et dans la faim, — son cadavre était jeté au hasard, — et il ne recevait point de sépulture'. » On se résignait donc à tomber en expirant dans la torpeur et dans la misère éternelle, pourvu qu'on eût joui longuement ici-bas de tous les dons que la terre accorde à ses enfants'. Quelques-uns pourtant se révoltaient contre l'idée de confondre dans une même condition les lâches et les héros tués sur les champs de bataille, les tyrans et les roïs doux à leurs peuples, les méchants et les bons. Ils supposaient que les dieux, les distinguant du vulgaire, les accueillent dans une île fertile, éclairée par le soleil et isolée du séjour des hommes par les eaux de la mort, la rivière infranchissable qui mène chez Allât. L'arbre de vie y fleurit, la source de vie
I. Dessin de Fauchrr-Gudiii, d'après fiiitaillc chatddrnne publiée par Mmut, Catalogue de ta Collection de U. de Clerrq, t. I. pi. IX, n° 83; ri". IIhïkv. les Originel orientale, de fArt, t. I, p. 93. S. Rawlisshi. Cun. In*. H". As., t. IV, pi. 3, col. I, I. 3.
3. f.'eat la lin d'une inscription de Nahouhalidin, roi de Baliylonc au n* siècle avant J.-C, publier dans Hiwmso», Cun. Ini. 11*. A:, t. V. pi. 61, col. iv. I. 50-RS. CX K». V. Schkil, Inscription rie Nabûabit i.ldin, dans la Zeilichrîfl f&r Assyriotogie. I. IV. p. 331 ; J. I».»ni, Die CnUnsiafet l'on Hippar. dans les Ueilrâge zur Attgriotogie, 1. I. p. Î77.
4. Sur ce qu'étaient les croyance* chs M éo-a syriennes relatives au bonheur que le» dieu* accordaient au* fidèles dans cette vie. foute de pouvoir le leur assurer dans l'outre, voir A. Jm.»ns. Die llabylonitrh-.Usyrisrhen Votttellungen vom Leben naeh dem Tode, p. *G-«.
y coule, Ea y transporta Xisouthros après le déluge, Gilgamès en vit les rives et en revint, sain et vigoureux comme aux jours de sa jeunesse. On chercha d'abord cette région de délices au milieu des marais de l'Euphrate, vers l'embouchure du fleuve, puis, quand on connut mieux le pays, on l'exila au delà de la mer*. A mesure que les découvertes des marchands ou les guerres élargissaient les limites de l'horizon où les premiers Chaldéens s'étaient tenus enfermés, Pile mystérieuse recula de plus en plus vers l'est, puis vers le nord, et finit presque par s'évanouir dans l'éloignement. Au dernier terme, les dieux du ciel, devenus hospitaliers, ouvrirent leur propre royaume aux âmes épurées des héros.
Ils n'y étaient pas si sûrement séparés de l'humanité, que les habitants de la terre ne fussent tentés parfois d'aller les y rejoindre, avant que l'heure suprême eût sonné pour eux. De même que Gilgamès avait affronté jadis les dangers du désert et de l'Océan pour découvrir l'île de Khasisadra, Étana s'était lancé dans les plaines de l'air afin de monter jusqu'au ciel d'Ànou et de s'y unir vivant encore au chœur des bienheureux'. La légende racontait son amitié avec l'aigle de Shamash, les services qu'il lui avait rendus, ceux qu'il avait reçus d'elle. L'aigle avait envahi le nid du serpent, avait ravi les serpenteaux et les avait livrés en pâture à ses propres petits. Le serpent s'était hissé en rampant jusqu'à Shamash et lui avait crié vengeance: « Le mal qu'elle m'a fait, Shamash, vois-le! — A mon aide, Shamash! ton filet est égal à la large terre, — ton lacs est égal au ciel lointain, — qui peut échapper à ton filet? — Le criminel Zou8, Zou qui le premier fit le mal, y échappa-t-il? » Shamash refusa d'intervenir en personne, mais il indiqua au serpent une ruse qui devait le venger aussi sûrement que s'il eût agi lui-même. « Mets-toi en chemin, monte sur la montagne, — et cache-toi dans un taureau mort; — ouvre son intérieur, déchire son ventre, — ta demeure, établis-la en son ventre. — Tous les oiseaux du ciel s'abattront... — et l'aigle elle-même viendra avec eux, — - sans savoir que tu es là dedans; — elle voudra s'emparer de la chair, elle arrivera rapidement — elle ne songera qu'aux entrailles cachées.
LA. Jkremias, Die Babyloiusch-Assyrischeti VorsteUungen vont Leben nach dem Tode, p. 81-99, et les critiques de Jensen, Die Kosmologie der Babylonier, p. 212-214.
2. La légende d'Étana fut découverte et quelques fragments en furent d'abord traduits par G. Smith. The Chaldxan Account of Genesis. p. 138-144. Ce qui en est connu en a été rassemblé, publié, traduit et commenté par Ed. J. Harpf.r, Die Dabylonischen Legenden vo i Etana, Zu, Adapa und Dibbara, dans les Beitrâge zur Ansyriohgie, t. Il, p. 391-408, où l'on trouvera indiquées sommairement les analogies que l'histoire d'Étana présente avec les légendes de môme nature qui ont cours chez différents peuples anciens ou modernes de notre vieux Monde.
3. C'est une allusion au vol des tablettes qui contiennent les destinées et à la défaite de l'oiseau Zou par Shamash : il a été question de cette légende à la p. 667 de cette Histoire.
L'ASCENSION D'ÊTANA AU CIEL DMHOU. 699
— Dès qu'elle aura attaqué l'intérieur, saisis-la par ses ailes, — abats-lui ses ailes, le fouet tle son aile et ses serres, — déchire-la et rue-la dans un ravin de la montagne, ~- qu'elle y meure la mort de faim et de soif! « L'aigle ne se laissa pas tromper à ce stratagème, et l'un de ses aiglons aperçut ie serpent dans le cadavre du taureau. Cependant la femme d'Étana ne pouvait mettre au monde le fds qu'elle portait en son sein; le héros, s' adressant à l'oiseau, lui demanda la plante qui apaise les douleurs des femmes et qui facilite les naissances. Mais on ne la rencontre qu'au ciel d'Anou, et comment se risquer si haut, sans être anéanti en route par la colère des dieux? L'aigle prend en pitié la peine de son compère et se résout à tenter
l'aventure avec lui. « Ami, lui dit-il, rassérène ton visage ! — Viens et que je te porte au ciel du dieu Anou.
— Contre ma poitrine, mets
ta poitrine, — sur le fouet ,
de mes ailes mets tes deux
mains, — contre mon flanc, mets ton flanc! » contre la poitrine de l'aigle il mit sa poitrine, — sur le fouet des ailes il mît ses deux mains, contre le flanc il mit son flanc; — il s'assujettit solidement, et son poids était grand, » Les artistes clialdéens avaient représenté plus d'une fois le départ du héros. Ils le montraient serré au corps de son alliée et la tenant embrassée fortement, l'n premier élan les a déjà soulevés de terre, et les bergers épars dans les champs assistent avec stupéfaction à ce spectacle inaccoutumé; l'un d'eux indique le prodige à l'autre, et leurs chiens, assis à leurs pieds, tendent le museau comme pour hurler d'épouvante. « L'espace d'une heure double, l'aigle l'enleva, — puis l'aigle lui parla à lui Ktana : — « Contemple, ami, la terre quelle elle est, regarde la mer qu'enserre l'Océan ! — Vois, la terre n'est plus qu'une montagne, et la mer n'est plus qu'un étang. » — L'espace d'une seconde heure double, il t'enleva, puis l'aigle lui parla à lui Étana : — « Contemple, ami, la terre quelle elle est : la mer apparaît comme la ceinture de la terre. » — L'espace d'une troisième heure double, il l'enleva, puis l'aigle lui parla à lui Ëlana : — « Vois, ami, la terre quelle elle est :
I. Destin de Faiiclict-Cu-liii, d'aprei I inttitlle chatdcenne reproduite dam lltLin-S.mu, llérouveitet en Chaldée. pi. ;i(i bis. n" 13.
— La mer n'est plus que la rigole d'un jardinier. » Ils arrivent ainsi au ciel d'Anou, et ils s'y reposent un moment. Êtana n'aperçoit plus autour de lui que l'espace vide, et rien qui l'anime, pas même un oiseau; it a peur, mais l'aigle le rassure et lui dit de reprendre sa course vers le ciel d'ishtar. « Viens, ami, laisse-moi te porter à Istitar, — et près d'ishtar, la dame, je te poserai, — et aux pieds d'ishtar, la dame, tu te jetteras. — Contre mon flanc, mets ton flanc, — sur le fouet de mes ailes, mets tes mains! • L'espace d'une double heure il l'enleva : — « Ami, vois la terre quelle elle est. — La face de la terre s'étend toute plate — et la mer n'est pas plus grosse qu'une mare. » L'espace d'une seconde double heure, il l'enleva : — * Ami, vois la terre quelle elle est, — la terre n'est plus qu'un carré dans un jardin, — et la large mer n'est pas plus grande qu'une flaque d'eau. » A la troisième double heure, Étana perdit courage, il cria « Halte! » et l'aigle redescendit aussitôt ; mais, à bout de forces, il lâcha prise et se brisa sur le sol.
Les dieux ne permettaient à nul vivant de pénétrer impunément dans leur empire : qui voulait y monter, si brave fût-il, il devait s'acheminer vers eux par la mort. Le commun des hommes n'y prétendait pas. La religion lui donnait à choisir entre le séjour perpétuel au tombeau et la réclusion dans les prisons d'Allat : s'il chercha parfois à sortir de cette alternative et à se figurer différemment ce qu'il deviendrait par delà, ses idées sur l'autre monde restèrent vagues et n'égalèrent point la précision minutieuse des conceptions égyptiennes. Les soucis de la vie présente l'absorbaient trop complètement pour lui laisser le temps de spéculer sur les conditions de la vie future.
~<ti n>ututie. - d, inyantjitàon itc' la -familles et. aes âa -fortune.'. o& commerces et. i ùiaujlncs aeaJ (JaiuaeenrcS.
d~ea.} roia.' ne' Jont, ftvint. aeic.' tUeux, mizùtS lea.> incaîreaJ aertS dieux ; leur-'' rtiuS aacen/tital. • J.ea.' reûiettS et- ietc'-fentmeaJ iie> la fiiinulcS royales ; lea.' filaJet. t orr/re' de' jucce/ji'iin au trônes. - *J.ea.' c/uileaii-v roairux : dèjcryrtùtn au jntlaiit.' aeJ Cjoiia/n, à d.aaaaA, leaJ -fiipadat.', la zigaounit, lea.> tyyxiriemen/icJrejerfekJ, le.' mobilier-] la décoration- cr-teme.', - <ÂeS costumes aetc> Iwmme^.' et. celui deitS ^jfcmmatJ : leaJ emfiloueaJ au jtalaittS et. I adminiatrallou rouateS, ÙtlS àoùtattc' et- le*LS seigneuries.
*J.e> acrioeJ et. lert.> lltrrea.' aaraile'. - &L écriture' cune'iforme.' ; âou orlifine' Aierotr/upAioue ', la itoltipAunle..' dcjcJ caracterea.', lea> taoletteit.) aratnmaticaùrtJ et. lexieoqrapniaue/tJ. - .-iescJ contm&t.' et. leur^ rédaction- à plu- MeurrcJ exe/iwlalrest-' ; le.' cotur d ony/e', les atcAet.
&ta coiijlliutùm dé-> ùt jfatnli/e.' et. /a frûices aucS la jf"emme.>u occupe.'. .-•LeS mart'aae', le.' contrat, le/tJ cerr'monicrt.) reuaieuJe/tJ. • fie' divorce' ; leaJ droites deicS femmeit' ric/ienJ, ÙstS femnicttS et. les marûtyeS daititJ lacs ciafSea' fHiuu/acreiL.'. - .-&*.' en/asdaS adiwltôts, leur-'' ^f>o.iilùin duinS la familles, ÙrCS motifstS ordi/iaireit-' ae> /adoption. - JLertJ ejcltifcrc '. leur^ ' coitdctloa, lea.' affriuu-nl^emenla \
t/at ' vittat' eha£o£catnerc ' .- £ aspect, cl. £a distribution denJ maisonn.', ht oteJ aomestiaue'. - aie' patrimoine.' ■fatruuai ; £a division denJ AeritaaeaJ. - ^ie'frret. à intérêt., £e> taux de.' £ aeaent., £e> commerce ' par*' terre' et- £a nairiaation. - d.eitJ corpa.' de' métier^ ; £a -fabriai/ion, de' £a oriaue', £ ouiu/aae.' industrie/ en pierreJ et. en- meta/, £ orfetrtéiieJ, £tttJ ifraeeum.1 de' cnu/idren.', £enJ tijserattattJ; £etat. deitJ c£a/>eic.' o.
-•Le.' Yeimaae' et. ùi ctuttireJ aettJ ttrrcitJ ; £eS bornaae.' aen.' cnanufn.',
£e/r.> escùioetc' et. £ett.> oui>rie/it! aujrico£e<t.'. - CJcetiest.' deJ £a vie' jtastora/e' : M
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£ ttriiAmetiifueJ ri. £a aeométriej £ astronomie' et. £ astrowaif,
£a science' ae*t> jirésaœtn.'. - ^le' médecin, ùi mayie'
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