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LES REINES ET LES FEMMES DE LA FAMILLE ROYALE

crâne ras et le buste nu, les reins ceints du pagne, qui s'avançaient au premier rang, droits sous le poids de la couffe pleine, comme de simples valets; et de fait, ce n'est plus alors le souverain qui domine en eux, c'est l'hiérodule, c'est l'esclave qui comparait devant son maître divin afin de le servir, et qui s'affuble pour la circonstance d'un déguisement d'esclave'. Ses femmes ne semblent pas avoir été investies de ce caractère demi-sacré qui associait les Égyptiennes aux dévotions de l'homme et faisait d'elles les auxiliaires indispensables de toute pompe religieuse'; elles ne tenaient pas d'ailleurs à côté de lui la place prépondérante que la loi assignait aux reines dans l'entourage de Pharaon. Tandis qu'aux bords

du Nil les monuments nous montrent les princesses assises sur le siège de leur mari et le serrant embrassé par un geste d'affectueux abandon, en Chaldée, toutes les épouses du prince, sa mère, ses sœurs, ses filles, ses esclaves même, demeurent invisibles à la postérité. Le harem où la coutume les enfermait s'ouvrait rarement pour elles : le peuple les apercevait peu, leurs parents parlaient d'elles le moins souvent qu'ils pouvaient, on évitait de les impliquer aux actes publics du culte ou du gouvernement, et le nombre se laisserait aisément supputer de celles que les inscriptions désignent par leur nom*. On choisissait les unes parmi les familles nobles de la cité, les

I. Coït l'altitude d'Ourninâ sur les plaques publiées par Hiiïev-S.imi.i:, Découverte* en Chaldée, pi. % bis. ou relie des statuettes en liromr de Dounghi (Hutet-SmikC, Découverte* en Chaldée, ni. ÎH, i-î) et de Koudourmabouk (Phiuoi-Chinei, Histoire de l'Art dam F Antiquité., I. Il, p. 5311) que le Musée du Louvre possède aux légendes de ces souverains (HcriEr, Nouveaux Monument! du roi Ourninâ, déeoucerlt par M. de Sai-.ec, dans la Revue d'Atsyriotogie, t. III, p. (4 sqq.).

!. Voir ce qui est dit plus haut des reines égyptiennes, aux pâtes îïft-574 de retle Histoire.

3. Destin de Faueher-tludin, d'après Hel-ièv-Samec, Découverte» en Chaldée, pi. î bit, n° t.

I. La plupart d'entre elles sont nommées à coté do leur mari ou de leur père sur des objets votifs déposés dans les temples, ainsi la femme de Goudia, Cendounpaé (Oppert, l'Olive de Goudéa, dans la ZeiUchrift fui- Asiyriologie, t. I, p. 439-110) ou Ginoumounpaouddou (Jïssb>, Imrhriflcn dur htinige und Statlhatter von iagasch, dons la KeiUchriftliche Bibliotliek, t. III*, p. Bi-G5), sur le cylindre du Musée de la Haye, signalé et publié par «mm. les Cylindres Orientaux du Mutée de la Haye, pt. VII, u> 35, p. 50-BO) ou celle de !<iammaehani, vicaire de LaRash, Ganoul (HiiiiïT, Généalogies de Sirpourla d'après les découvertes de M. de Sancc, dans la iterue d'Auyrioloyic, t. Il, p. Vi; cf. Je.\s>„v,

autres venaient des royaumes chaldéens ou des cours étrangères; certaines ne s'élevaient jamais au-dessus de la condition de simples concubines, plusieurs se paraient du titre de reines, presque toutes étaient les gages vivants d'alliances conclues avec des États rivaux, ou elles avaient été livrées en otages à la suite d'une paix infligée par les armes*. Gomme les rois, ne s'attribuant point une origine divine, n'étaient pas contraints d'épouser leurs sœurs à l'exemple des Pharaons pour entretenir la pureté de leur race*, il s'en trouvait rarement entre leurs femmes qui possédassent sur la couronne des droits égaux aux leurs : le cas se présentait seulement pendant les temps de troubles, lorsqu'un parvenu de basse extraction légitimait son usurpation par un mariage avec les sœurs ou avec les filles de son prédécesseur8. La condition primitive des mères régissait presque toujours celle des enfants, et les fils d'une princesse naissaient princes, quand même leur père était un homme obscur ou demeurait inconnu4. Ils exerçaient à la cour des fonctions importantes, ou ils recevaient des apanages qu'ils administraient sous la suzeraineté du chef de la famille5; on distribuait les filles aux rois étrangers ou aux personnages issus des maisons les plus altières. Rien n'obligeait le souverain à transmettre la couronne à tel ou tel des siens; l'aîné lui succédait d'ordinaire, mais il pouvait, si bon lui semblait, préférer celui d'entre eux qui lui plaisait le mieux, quand c'eut été le plus jeune ou le seul qui fût

lnschriften der Kônigeund Statthalter von Lagasch, dans la Keilschriftliche Bibliothek, t. III1, p. 74- 75, où le nom de la dame est lu Ninkandou). Ailleurs pourtant on voit la femme de Himsin, roi de Larsam, dont le nom est malheureusement mutilé, dédier elle-même un temple pour sa vie et pour celle de son mari (Wi.nckler, Sumer und Akkad, dans les Mitteilungen des Ak. Orienta lischen Vereins, t. I, p. 17, et lnschriften von Kônigcn von Sumer und Akkad, dans la Keilschriftliche Bibtiolhek, t. III1, p. 96-97). Quelques reines paraissent pourtant avoir été inscrites sur quelque canon royal, ainsi Ellàt Goula (Smith, Early History of liabylonia, dans les Transactions de la Société d'Archéologie Biblique, t. I, p. 52-53) ou Baou-ellit, en sumérien Azag-Baou (Records of the Past, 2n4Ser., t. I, p. 32), mais on ne sait au fond ni qui elle était, ni quand elle régna.

1. Les exemples de ces unions politiques abondent entre l'Egypte et la Chaldée d'après les tablettes d'El-Amarna (Bezold-Bhdge, The Tell-el-Amama Tablets in the British Muséum, p. xxv-xxx, xxxu-xxxiu) pour une époque postérieure, et entre la Chaldée et l'Assyrie (Peiser-Winckler, Die sogenannte synchronistiche Geschichte, dans la Keilschriftliche Bibtiolhek, t. I, p. 194-195, 198-201); parmi les quelques reines de l'époque archaïque, la femme de Nammaghani est fille d'Ourbaou, vicaire de Lagash, et par suite la cousine ou la nièce de son mari (Jknsen, lnschriften der Kônigc und Statthalter von Lagasch, dans la Keilschriftliche Bibliothek, t. III1, p. 74-75), tandis que celle de Rimsin paraît être la fille d'un seigneur du nom de Rimnannar (Winckler, lnschriften von Konigen von Sumer und Akkad, dans la Keilschriftliche Bibliothek, t. IIP, p. 96-97).

2. Sur les mariages des Pharaons avec leurs sœurs, cf. ce qui est dit aux p. 270 sqq. de cette Histoire.

3. Nammaghani, vicaire de Lagash, devait probablement son élévation à son mariage avec la fille du vicaire Ourbaou (Heuzey, Généalogies de Sirpourla, d'ajtrès les découvertes de M. de Sanec, dans la Bévue d'Assyriologie, t. II, p. 78-79).

i. Le fait ressort avec évidence du début de l'inscription où Sargon I*r était censé raconter sa vie (cf. p. 597-598 de cette Histoire) : • Mon père était inconnu, ma mère était princesse », et c'est bien de sa mère qu'il tenait ses droits à la couronne d'Agadé.

5. C'est ce qu'on doit conclure des bas-reliefs de Lagash, où l'on voit Akourgal, encore prince, tenir la charge d'échanson à la suite de son frère Lidda (Hkizey-Sarzec, Découvertes en Chaldée, pi. 2 bis, n° 1, et Nouveaux Monuments du roi Our-nina, découverts par M. de Sarzec, dans les Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions, 1892. p. 34 1, et dans la Bévue d'Assyriologie, t. III, p. 16).

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