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LES APPARTEMENTS RESERVES DU PALAIS

campagne entrecoupée de rigoles, semée de bourgs isolés et de bois légers, les (laques et les marais herbeux que l'inondation laisse en se retirant, puis aux derniers plans les rangées de buissons et d'arbres qui encadrent les berges de l'Euphrate et des canaux. Qu'une troupe ennemie se hasardât à l'horizon, ou qu'un tumulte suspect éclatât dans la cité, les veilleurs postés sur la dernière plate-forme donnaient aussitôt l'alarme; le souverain averti par eux avait le temps de fermer ses portes, et de prendre mesures pour résister à l'invasion étrangère ou pou écraser les révoltes de ses sujets1,

Les régions septentrionales du palais appartenaient à Goudéa et à sa famille. Elles tournent le dos à la cour d'honneur et se divisent en deux corps ; le prince, ses enfants mâles et leurs serviteurs habitent celui de l'ouest, tandis que les femmes et leurs esclaves sont comme cloîtrées dans celui du nord. Le logis royal communiquait avec le dehors par un passage mené dans le front nord-ouest de l'enceinte, avec la grande cour par un corridor voûté qui côtoyait un des pieds de la ziggourat : les portes qui en garnissaient les deux

extrémités s'entrouvraient juste assez large pour admettre gaut de l'obi »h nam une seule personne à la fois, et des niches, creusées à droite et à gauche dans la muraille, permettaient aux gardiens de dévisager les arrivants sans qu'ils s'en doutassent, et de les empoigner à Pimproviste si l'on observait quelque chose de suspect dans leurs allures. Huit salles prennent jour sur la cour. On empilait dans l'une les provisions du jour, l'autre servait de cuisine : le maître queux opérait sur une sorte de banquette rectangulaire de dimensions moyennes, où de petits murs de briques cuites délimitaient plusieurs foyers pour autant de marmites et de plats divers; un puits, foré dans un coin à travers le soubassement et plus bas, fournissait l'eau nécessaire à la préparation des mets. Le prince et les siens s'accommodaient comme ils pouvaient des cinq ou six chambres qui restent3, l'n couloir aussi bien défendu que le premier conduisait de ses appartements à ceux de ses

1. Heliirï-Saiiiec, Wcouvertei en Chaldée, p. Sfi-30; Heiuet, Un Patnit ckaldéen. p. 34-34. ï. ifefniM lie Faucher-Gudin, daprei IIeuieï-Suiec, Mcauverte* en Chaldée, pi. 97. n- t. 3. Voir la description complète de In partie du palais réservée aux hommes et don chambres doiit clic se compose, dans Nu'IKI-Sariec, DScourerltt en Chaldée, p. U-IG.

femmes : un préau, une demi-douzaine de cellules inégales, une cuisine, un puits, une porte par laquelle la domesticité entrait ou sortait sans être obligée de traverser le logis des hommes1. Cet ensemble ne répond guère à l'idée merveilleuse qu'on se forge d'un palais oriental : les pièces sont mesquines, sombres, éclairées à peine par la porte ou par quelque lucarne taillée chichement dans le plafond, aménagées de manière à protéger les habitants contre la chaleur et la poussière, mais sans souci du luxe et de l'apparat. On n'y voyait sur les murailles ni boiseries de cèdre lamées d'or, ni panneaux de mosaïque comme dans les temples, ni même ces draperies d'étoffes brodées ou teintes que les modernes imaginent volontiers et qu'ils prodiguent à l'envi, lorsqu'ils essayent de restituer l'intérieur d'un palais ou d'une maison antique*. Les parois devaient rester nues pour demeurer fraîches : tout au plus se bornait-on à les enduire d'un crépi blanc, sur lequel on retraçait, aux deux ou trois couleurs, des scènes de la vie religieuse ou civile, des bandes de monstres fantastiques en lutte les uns contre les autres, des hommes avec un oiseau sur le poing8. Le mobilier n'était pas moins sommaire que le décor, des nattes par terre, des coffres pour serrer le linge et les habits, des lits bas, incrustés d'ivoire et de métal, munis de leurs couvertures et de leurs matelas minces, puis des selles en cuivre ou en bois pour soutenir des lampes ou des vases, des tabourets carrés à quatre montants réunis par des traverses, des fauteuils à pieds de lion dont le galbe ressemble à celui des fauteuils égyptiens* : étaient-ils apportés en Chaldée par les caravanes, ou les fabriquait-on sur des modèles venus de l'étranger? Quelques rares objets présentaient un caractère artistique et témoignaient d'un certain goût d'élé-

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