LES PRINCES DES NOMES
(pâîlou*) : les chefs s'en appelaient ropâîtou, le gardien, le pasteur de la famille, et leur nom devint plus tard un titre qu'on attribua à tous les nobles en général. Les familles se combinaient en groupes de valeur inégale sous l'autorité d'un chef en premier — ropâîtou kâ '.
C'étaient de véritables seigneurs héréditaires : ils rendaient Injustice, prélevaient la taxe en nature sur leurs subordonnés, se réservaient la répartition des terres, menaient les hommes au combat, célébraient le sacrifice aux dieux". Les territoires sur lesquels leur autorité s'exerçait formaient un petit État dont nous pouvons encore, en certains cas, indiquer nettement les limites. La principauté du Térébinthe' occupait le cœur même de l'Egypte, à l'en- .
™ r ('S CP.1SB SEICSEI» ÉCVPIIf, Tl, ET SI Ftlll'.
droit où la vallée est le plus
large, le Nil le plus sagement réglé par la nature, le pays le mieux préparé pour servir de berceau à une civilisation naissante. Siaout (Siout), sa capitale, est bâtie presque au pied de la chaîne Libyque, sur l'isthme large de 1500 mètres à peine qui sépare le fleuve et la montagne, lin canal l'envc-
I. Le mot pâitou :i élé interprété par M. Lepage-Henouf {Proeeetliiig* de la Soeiélé d' Archéologie biblique. 1RK--1SS8. t. X, p. 77) romnic signifiant ■ les morts, les générations passées .. Le sens indiqué dan» le train a été pro]M>aé par Maspern {Elude» Égyptienne!, t. II. |>. 15 sqq.) irl adopte ensuite par Rrugsrli {Die .Egyptologie, p. t'.lij.
t. Ces titres ont élé expliqués pnr Maspcro (Étitilei Egyptienntt. t. II. p. 15-19. et Nolei au jour te jour,§i5, dans les Proceedingi de la Société d'Are néologie biblique, IKtlI-IRili. I. XIV, p. 314; cf. Piehl, dans le Recueil de Travaux, t. I. p. 133, n. I, et Zeiltehrifl, I8H3, p. liK|,
8. Ce sont les prérogatives que les princes des nomes exerçaient encore sous le Moyen et sous le Nouvel Empire (Maspeuo, la Grande Inscription de lleni-llaman, dans le Recueil, 1. I. p. I"!I-1HI); ils n'en jouissaient plus alors que sous le bon plaisir du souverain régnant.
4. Le nom égyptien de l'arbre qui désigne celle principauté est atf, ialf, ittf: c'est par élimination que je suis arrivé a l'identifier avec le Pittacia Tcrebinthui }.., qui fournissait aux Égyptiens la résine parfumée, tnoutir (Loret, ta Flore pharaonique, p. 44, n° 110'.
5. Dénia de Faucher-liiuliii, d'aprèt une photographie de DMichl.ï, tlctullatc, t. Il, pi. VII.
loppe de trois côtés et servait comme de fossé naturel à ses murs; pendant
l'inondation, elle ne se rattache à la terre ferme que par d'étroites chaussées ombragées de mimosas, et semble un radeau de verdure échoué au fil du courant1. Le site en est aussi heureux qu'il est pittoresque; non seulement elle commande les deux bras du fleuve et en ouvre ou en ferme le passage à son gré, mais la plus fréquentée des routes qui mènent au centre de l'Afrique aboutit à ses portes de temps immémorial, et lui amène le commerce du Soudan. Elle régnait au début sur les deux rives, de montagne à montagne, au nord, jusque vers Dérout, à l'endroit où le Bahr-Yousouf actuel se détache du Nil, au sud, jusque dans les parages du Gebel Shêikh-Harîdi. L'étendue et le nombre primitif des autres principautés ne se laissent pas déterminer facilement . Les principales, au nord deSiout, étaient celles du Lièvre et du Laurier-Rose. La principauté du Lièvre n'atteignait pas les dimensions de sa voisine du Térébinthe, mais elle avait pour chef-lieu Khmounou, dont l'existence remontait si haut qu'une tradition acceptée de tous y plaçait quelquesuns des actes les plus importants de la création*. Celle du Laurier-Rose, au
1. Le dessin de Boudier reproduit à la page i.%, d'après une photographie de Béato, rend très fidèlement l'aspect que la plaine et la ville moderne de Siout présentent pendant l'inondation.
2. Khmounou, aujourd'hui Ashmoiinéin, est l'Hermopolis des Grecs, la ville du dieu Thot. Sur la
In/T
LES NOM ES de la MOYENNE EGYPTE
Echdle
-ar—
U,lfiL Apotcft
nr Muhù(Fù>Umâii,<
LES PREMIÈRES PRINCIPAUTES.
contraire, l'emportait sur celle du Térébinthe même, et son chef dominait de Hininsou les marécages du Fayoum, comme les plaines de Beni-SoueP. Au sud , Apou gouvernait, sur la rive droite, un canton enfermé si exactement entre un coude du NÎ1 et deux ressauts de la montagne, que ses limites n'ont jamais pu varier beaucoup depuis les temps anciens. Ses habitants s'adonnaient également à la culture des céréales et au tissage des étoffes : ils détenaient dès l'antiquité le priviièged'habillerune bonne partie de l'Egypte, et leurs métiers fabriquent encore aujourd'hui pour les fellahines ces mélavahs quadrillées ou rayées qu'elles jettent par-dessus leurs longues chemises bleues*. Au delà d'Apou et sur les deux rives, Thinis, la Girgéh
des Arabes, le disputait à Khmounou en antiquité et à Siout en richesse : ses plaines produisent aujourd'hui encore les moissons les plus abondantes et nourrissent les troupeaux de moutons, d'ânes et de bœufs les plus nombreux du Saïd. A mesure qu'on remonte vers la cataracte, les renseignements devien-
géographie du nome du Lièvre, dont elle est la capitale, voir Mtspmo, Note* au jour le jour, g 19, dans le» Proceedings de la Société d'Archéologie biblique. lH9M8!tt, t. XIV, p. lR1-ïO-t. VHeraeleopoti* Magna des Grecs, actuellement llénassiéh.
AhnaH-el-.VJédinch. Le nom égyptien de l'arbre qui donne Bon nom chu, lirtchifhle .f.gyptent, \i. ïllIt-ilO), Loret a montré que cet arb l'arbre ft'drou de* ancien* Égyptien*, dan* le Recueil de Travaux, t. X i. Apou était la Panopolis ou C h cuirai s des Grecs, la ville du di< (Biici.sch, Dictionnaire géographique, p. jïj, ISSU). Ses manufacture Strabon (XVII, p. HI3); la plus grande partie des belles tapisserie ont été importées en Europe dans ces derniers temps proviennent d<
ta principauté est ».
nent plus rares. Qobti et Aounou du Midi, la Coptos et l'Hermonthis des Grecs, se partageaient sans grand éclat la plaine que Thèbes couvrit plus tard de ses temples, et Nekhabît veillait avec Zobou à la sécurité de l'Egypte*. Nekhabit perdit de bonne heure sa position de ville frontière, et la portion de la Nubie comprise entre le Gebel Silsiléh et les rapides de Syène forma une sorte de marche avancée, dont Noubît-Ombos fut le sanctuaire principal et Abou- Éléphantine la forteresse8 : la barbarie commençait au delà, et les régions inabordables d'où le Nil descend sur notre terre.
Il semble que le Delta s'organisa moins promptement. Il devait ressembler sensiblement aux terres basses de l'Afrique équatoriale, vers le confluent du Bahr el-Abiad et du Bahr el-Ghazàl : de grands espaces fangeux dont on ne saurait dire avec certitude s'ils sont solides ou liquides, des marécages semés parcimonieusement d'iles sablonneuses, hérissés de papyrus, de nymphéas, de plantes énormes, à travers lesquels les bras du Nil se frayent paresseusement un cours sans cesse déplacé, des landes basses entrecoupées de rigoles et de flaques, impropres à la culture, bonnes à peine à la pâture des bestiaux8. La population, sans cesse en lutte contre la nature, y conserva toujours des mœurs plus rudes, un caractère plus âpre, plus sauvage, plus impatient de toute autorité. La conquête commença par les bords. Quelques principautés s'établirent vers la pointe, aux endroits où le sol parait avoir été le plus anciennement racheté des eaux. L'une d'elles possédait, ce semble, tout le pays qui précède et qui enveloppe la fourche du Nil sur les deux rives : Aounou du Nord, l'Héliopolis des Grecs, en était la capitale. Elle se scinda dans des temps très anciens, et forma trois États nouveaux, indépendants l'un de l'autre. Celui d' Aounou et celui de la Cuisse de Bœuf se faisaient vis-à-vis, le premier sur la rive arabique du Nil, le second sur la libyque; la cité du Mur-Blanc confinait au nord à celle de la Cuisse de Bœuf et s'en allait rejoindre au sud le territoire du Laurier-Rose. Plus bas, entre les grandes branches, les chefs de Sais et de Bubastis, ceux d'Athribis et de Busiris se partageaient le Delta primitif*. Deux marches de grandeur inégale, l'Ara-
1. Noukhabit, Nekhabit dont le nom hiéroglyphique a été lu correctement pour la première fois par M. de Hougé (Cours professé au Collège de France, 18G9), est el-Kab, l'Eilithyia des Grecs (Brugsch, Dictionnaire Géographique, p. 351-353) et Zobou, Edfou, Apollino'polis Magna (Brit.sch, Dictionnaire Géographique, p. 921-924).
2. Le nome d'Éléphantinc s'appelait Khontit, l'avancée, la pointe de l'Egypte (Lepsiis, Der liogen in der Hieroglyphik, dans la Zeitschrift, 1872, p. 86-88; cf. Brit.sch, Die Biblischcn sieben Jahre der llungersnoth, p. 2<î sqq.)-
3. Tous les traits de cette description sont empruntés à mes notes de voyage : c'est l'aspect que le pays présente dans les cantons du Delta où le régime artificiel des eaux a complètement disparu, par l'incurie séculaire du gouvernement centra1.
A. Voir page -i du présent volume ce qu'était ce delta primitif.