ORIGINE HIÉROGLYPHIQUE DES CARACTERES CUNEIFORMES
de combinaisons arbitraires, dont la raison leur échappait d'autant plus aisément qu'ils l'avaient empruntée à un peuple étranger, déjà mort pour eux ou peu s'en fallait. Les Sumériens l'avaient inventée à l'aurore des temps, et peut-être l'avaient-ils apportée tout ébauchée d'une patrie lointaine'. Les premières articulations qui, s'attachant aux hiéroglyphes, déterminèrent pour chacun d'eux une prononciation constante, furent des mots de leur langue.
les amena à métamorphoser,
comme en Egypte, la plupart des signes d'idées en signes de sons, les valeurs phonétiques qu'ils développèrent à côté des valeurs idéographiques furent purement sumériennes. Le groupe — Jf^-, ■* ]-. sous toutes ses formes désigne le ciel d'abord, puis le dieu du ciel, enfin le concept de la divinité eu général. On le lisait ana dans les deux premiers sens, dîngir, dimir, dans le dernier, et il ne perdit jamais sa double puissance; mais on le sépara bientôt des pensées qu'il éveillait, et on usa de lui pour noter la syllabe an dans tous les mots où elle entre, quand même ils n'avaient rien de commun avec le ciel et avec les choses célestes. Il en fut des autres signes ce qui en avait
W, HoucHTOt , On the hirroglyphie or Picture Origia of the Chararters of the Assyrian Syllabary. clans les Tramactioni of Ihe Society of BMiral Archnology, t. VI, planche qui rail face à la p. iM. Des recueils dp caractères archaïques déjà défigurés entièrement, mais traduits néanmoins en cunéiformes [ilu:i rivent!!, ont élé découverts et commentés par Pihcid, Archaic Forint of Babylonian C.harar.lert, dans la '/.eittrhr'tft fur Keilfonchung, t. 11. u. USM56.
I. L'origine étrangère du syllabaire cunéiforme a été indiquée pour la première fois par Ofpert, Sur l'Origine det Intcriptians cunéiformes, dans VAthénrum Françait, numéro du iO octobre l&M, Rapport adressé à S. Exe. le Ministre de l'Instruction publique et des Cultes, p. 71 sqq. (cf. Archiva det Mitiiont scientifiques, I™ série, t. V, p. 18fi sqq.l, Expédition scientifique en Mésopotamie, t. 1, p. 77-86. Apport attribuait l'honneur de l'invention aui Scythes des Anciens.
t. Dca»'» de Fauchrr-liudin, d'après la photographie publiée par BoemjiIOW, On Ihe kieroglyphie or Picture Origin of the eharaclcrs of Ihe Assyrian syllabary, dans les Transaction', t. VI, p. iji.
été de celui-là : après avoir couvert uniquement des idées, ils en vinrent à marquer les sons qui leur correspondaient, et ils passèrent à l'état de syllabes, syllabes complexes où Ton distinguait plusieurs consonnes, syllabes simples où il y avait une voyelle et une consonne, une consonne et une voyelle. Les Égyptiens avaient poussé à fond l'analyse de ces dernières, et ils n'en avaient gardé dans bien des cas que l'élément initial, une consonne non vocalisée; ils avaient détaché, par exemple, Vou final de pou et de bon* et ils n'accordaient plus à la jambe humaine J et à la natte de joncs Q que les puissances de b et de p. Les peuples de l'Euphrate s'arrêtèrent en chemin et n'admirent de lettres réelles que pour les sons voyelles, a, i et ou. Leur système demeura un syllabaire parsemé d'une quantité d'idéogrammes, sans mélange d'alphabet.
11 manquait évidemment de simplicité, mais, somme toute, il n'aurait pas présenté plus de difficultés que celui des Égyptiens, si on ne l'avait obligé, dès une époque très ancienne à se plier aux exigences d'une langue pour laquelle il n'avait pas été fait. Le jour où les Sémites se l'approprièrent, les idéogrammes, qui jusqu'alors avaient été vocalises en sumérien, ne renoncèrent point aux tonalités qu'ils avaient dans cet idiome, mais ils en empruntèrent d'autres à l'idiome nouveau. Dieu s'appelait Hou et le ciel, shami : »^K et •*]-, rencontrés par des Sémites dans les inscriptions, s'y lurent flou quand le contexte réclamait le sens dieu, et shami quand il voulait celui de ciel. Ce furent deux phonèmes à joindre aux précédents ana, an, dingir, dimir, et l'on n'en resta pas là : on confondit l'image de l'étoile ->|<- avec celle du ciel, puis l'on attribua quelquefois à »3fc , *-f-, la prononciation kakkabou et la signification d'étoile. Le même travail s'opéra sur tous les signes, et, les valeurs sémitiques s'ajoutant aux sumériennes, les scribes eurent bientôt à leur disposition un double jeu de syllabes simples et composées. Cette multiplicité de sons, cette polyphonie attachée à leurs caractères, les embarrassait eux-mêmes. ► — • indiquait dans le corps des mots les syllabes bi ou bal, mid, mit, til, ziz; comme idéogramme, il couvrait vingt concepts distincts : celui du seigneur ou du maître, inou, bîlou; le sang, dâmou; le cadavre, pagrou, shalamtou; le faible ou l'opprimé, kabtou, nagpow, le creux et la source, nakbou; le fait d'être vieux, labârou, de mourir matou, de tuer, mîtou, d'ouvrir, pîtoû, et d'autres encore. On lui adjoignit divers compléments phonétiques, on greffa en tête des idéogrammes qui en signalaient le sens et la lecture, mais qui ne se prononçaient pas plus que les déterminatifs