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qui est loin d'épuiser la matière1. Plusieurs de ces lexiques remontaient fort haut, et la tradition attribuait à Sargon d'Agadé le mérite de les avoir fait
1. Le.norma.nt, les Syllabaires, p. 76; Delitzsch, Assyrische Lcseslûcke, 2* éd., p. 16, col. i, 1. 1-2.
2. Lenormamt, les Syllabaires, p. 113-114; Delitzsch, Assyrische Lescslùckc,p. SI, col. n, 1. 11-16.
rédiger ou de les avoir réunis dans son palais. Us se multiplièrent naturellement au cours des siècles : pendant les derniers temps de l'empire d'Assyrie, ils étaient assez nombreux pour former le quart peut-être des ouvrages conservés à la bibliothèque de Ninive sous Assourbanabal. D'autres tablettes contenaient des lexiques de termes archaïques ou inusités, des paradigmes grammaticaux, des extraits de lois ou d'hymnes antiques analysés phrase à phrase et souvent mot à mot, des versions interlinéaires, des recueils de formules sumériennes traduites en idiome sémitique, de véritables guide-âne, que les savants d'alors consultaient avec autant de fruit que les nôtres aujourd'hui, et qui leur épargnaient plus d'une erreur1.
Une fois rompus aux finesses et aux difficultés du métier, les scribes ne chômaient guère. La Chaldée a joué du stylet presque autant que l'Egypte du calame, et l'argile indestructible dont elle se contentait à l'ordinaire l'a mieux servie, à la longue, que l'usage d'une substance moins grossière n'a fait sa rivale : l'argile cuite ou simplement séchée a bravé le temps par masses étonnantes, où la plupart des papyrus ont disparu sans laisser de traces. Si nous rencontrons rarement, à Babylone, ce qu'on aperçoit partout dans les hypogéep de Saqqarah ou de Gizèh, les hommes eux-mêmes et leur famille, leurs travaux, leurs plaisirs, leurs entretiens journaliers, nous possédons en revanche ce que les ruines de Memphis nous ont restitué fort peu jusqu'ici, les pièces juridiques qui réglaient leurs rapports réciproques et qui conféraient la consécration légale aux événements de leur vie. Qu'il s'agît d'un achat de terres ou d'un mariage, d'un prêt à intérêt ou d'une vente d'esclaves, le scribe arrivait avec ses briques molles et grossoyait la minute nécessaire. Il y insérait autant que possible le quantième du mois, l'année du souverain régnant, parfois même, pour plus de précision, une allusion au fait important qui venait de s'accomplir et dont la mémoire devait se perpétuer aux annales officielles, la prise d'une ville1, la défaite d'un roi voisin8, la dédicace
1. L'expression de guide-âne a été appliquée pour la première fois aux tablettes grammaticales et lexicographiques des bibliothèques assyriennes par Fr. Lenormakt, Essai sur la propagation de l'Alphabet phénicien, t. 1, p. 48. Ces textes ont donné lieu à quantité de publications et d'études de détail dont on trouvera la bibliographie presque complète, jusqu'en 188G, dans Bkzold, Kurzgefasster Ueberblick ùberdie Babylonisch-Asnyrisclie Literalurf p. 197 sqq. ; depuis lors, le nombre en a augmenté considérablement.
t. Contrat de « l'année de la prise d'Ishin » (Meissner, Beitrâge zum altbabylonischen Privatrecht, p. 33); autre du « 6 Shebat de l'année où le mur de Maîr fut détruit » (id., ibid., p. 85).
3. Contrat daté « le 10 Kislev de l'année où le roi Rimsin frappa les méchants, les ennemis • (Mf.issner, lieitrâge zum altbabylonischen Privatrecht, p. 17); autre qui fut scellé à la date • du 23 Shebat de l'année où le roi Hammourabi, dans la force d'Anou et de Bel, établit son droit et où sa main jeta à terre le régent du pays d'Iamoutbal, le roi Rimsin » (Jensen, Inschriften au s den Begierungsseil llammurabis, dans la Keilschriftliche Bibliothek, t. III, 1r" partie, p. 146-127).