LA RÉDACTION DES CONTRATS, LE CACHET
d'un temple1, la construction d'un mur ou d'une forteresse8, l'ouverture d'un canal', les ravages d'une inondation4 : les noms des témoins et des magistrats devant qui l'acte était passé accompagnaient ceux des parties contractantes8. La façon d'approuver était particulière. On donnait un coup d'ongle sur un des côtés de la tablette, et cette marque, suivie ou précédée de la mention d'une personne, Ongle de Zaboudamîky Ongle d'Abzii, tient lieu de nos paraphes plus ou moins prétentieux*. Plus tard, l'acheteur et les témoins seuls approuvaient de l'ongle, tandis que le vendeur apposait son cachet : une légende, incisée au-dessus ou à côté de l'empreinte, indiquait la qualité du signataire7. Chaque personnage d'importance avait un sceau8, qu'il portait attaché au poignet ou pendu au cou par un cordon; il s'en séparait le moins possible pendant la vie, et, après la mort, il l'emportait au tombeau pour éviter qu'on en fit un mauvais usage9. C'était d'ordinaire un cylindre, parfois un cône tronqué à base
convexe, en marbre, en jaspe rouge ou vert, en agate, en cornaline, en onyx, en cristal de roche, rarement en métal. On y voyait gravé en creux un emblème ou une scène choisie par le propriétaire, une figure isolée de dieu ou de déesse, un acte d'adoration, un sacrifice, un épisode de la légende de Gilgamès, sans légende ou complété d'un nom et d'un titre10. On roulait le cylindre ou
1. Contrat date du « mois d'Adar de Tannée où Hammourabi restaura pour Ishtar et pour Nanâ le temple d'Éitourkalama • (Meissner, Beitrâge zum altbabylonischen Privatrccht, p. 88-89).
2. Contrat du « 10 Marcheswàn de Tannée où Ammiditana, le roi, éleva le Mur d'Amniiditana, près du canal de Sin... * (Meissner, Beitrâge zum altbaby Ionise hen Privatrecht, p. 27, cf. p. 28); autre « du 2 Marcheswàn, Tannée de la restauration des fondements du mur de Sippara » (1d., ibid., p. 32).
3. Contrat de « Tannée du canal de Hammourabi • (Meissner, Beitrâge zum altbabylonischen Privatrccht, p. 23, cf. p. 48, 86); puis « de Tannée du canal Toutou-hégal » (io., ibid,, p. 24-25. 112,83-84); autre de « Tannée où Ton creusa au Tigre, le flux des dieux, un lit vers l'Océan • (u>., ibid., p. 44).
4. Contrat daté du « mois de Tishri de Tannée où la crue ravagea le pays d'Oumliyash » (Meissner, Beitrâge zum altbabylonischen Privatrecht, p. 30, cf. p. 48, 69).
5. Ces contrats, et en général tous les textes juridiques, sont restés longtemps inabordables à l'étude. Oppert le premier en affronta résolument les difficultés et proposa des traductions de quelques-uns d'entre eux (Un Traité babylonien sur brique conservé dans la collection de M. Louis de Clercq, dans la Hevue Archéologique, 2" sér., t. XIV, p. 164-177; les Inscriptions commerciales en caractères cunéiformes, dans la Bévue Orientale et Américaine, t. VI, p. 333 sqq., etc.); il en publia un grand nombre en collaboration avec Menant (les Documents juridiques de l'Assyrie et de la Chaldée, 1877). Depuis lors il a consacré quantité de notes et de petits mémoires à éclaircir et à corriger des points qu'il avait laissés douteux dans ses premières traductions (Records of the Past, 1*' Ser., t. IX, p. 89- 108, Journal Asiatique, 1880, t. XV, p. 543 sqq., etc.). Les publications de contrats faites par le Père Strassmayer ont permis de compléter l'intelligence de ces documents précieux; les résultats conquis jusqu'à ce jour ont été mis en ordre, surtout par Peiser et par Meissner, en Allemagne.
6. Le sens de cet usage tout local, et la lecture du mot qui signifie ongle, ont été découverts par Coxe du British Muséum (Oppert, Un Traité babylonien sur brique, p. 16).
7. Les questions techniques et archéologiques relatives à ces cachets ont été élucidées par Menant dans divers mémoires, qui ont été résumés et complétés en dernier lieu par le grand ouvrage sur les Pierres Gravées de la Haute-Asie : Recherches sur la Glyptique Orientale, 2 vol., 1883-1886.
8. Hérodote, I, excv : (jçprjyîôa 8è êxaerro; s-/ei. Sur tes expressions dont on se servait pour l'apposition du cachet, voir un passage d'OpPERT-MENANT, Documents juridiques de l'Assyrie, p. 67-70.
9. Taylor a trouvé à Moughéir un squelette qui avait encore son cachet attaché au poignet (Soles on the ruins of Muqeyer, dans le /. As. Soc, t. XV, p. 270). Sur la manière de porterie cachet, cf. Menant, Catalogue des Cylindres Orientaux du Cabinet royal des Médailles de La Haye, p. 3-4.
10. Les empreintes que les cylindres et les cachets ont laissées sur les tablettes cunéiformes ont été
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l'on appuyait le cône sur l'argile, à la place réservée. On recourait dans plusieurs localités' à un procédé fort ingénieux, pour prévenir les modifications ou les surcharges, que des gens peu délicats auraient pu introduire dans les pièces. La tablette rédigée, on l'enveloppait d'une seconde couche d'argile, sur laquelle on transcrivait une copie identique à l'original, et celui-ci devenait du coup inaccessible aux faussaires : si par hasard une contestation s'élevait par la suite des temps, et qu'on soupçonnât quelque altération au texte visi-
ble, on brisait la couverture devant témoins, et l'on vérifiait si la version de l'intérieur correspondait exactement à celle de l'extérieur. Les familles avaient ainsi leurs archives privées, qu'elles augmentaient rapidement de génération en génération; elles y accumulaient, en même temps que les preuves de leur propre histoire, partie de l'histoire des familles avec lesquelles elles avaient conclu des alliances ou noué des relations d'affaires et d'amitié1.
Leur constitution était assez complexe. Il semble bien que le peuple de chaque cité se divisât en véritables clans, dont les membres prétendaient remonter jusqu'à un ancêtre unique, ayant fleuri en des âges plus ou moins reculés*. On ne ne les trouvait point tous dans la même condition, mais les uns
recueillie* et étudiées par Menht, Empreinte* de cachet* aityro-chaldeen* retire* au .WuirV Britannique *«r de* contrat* d'intWt prive', dans les Archive* de* Million* icieiilifii/uc*, 3' série, t. IX. I. Ainsi dan» la localité île Tell-Sifr, Loft i1 s Trarclt and Rcscarche* in t'.haldra and Smiana î. Ilctiinde t'attcltei-Giidin, d'après Loin s, Tmiclt mut llescnrrhet in Chaldxti ant Smiana. p. i69, ï. Les tablettes de Tell-Sifr proviennent d'un do ce* dépôts, Klles reposaient toute* sur trois briques (tros- ières, au nombre d'une centaine, et elles avaient été enveloppées durci- Halle, dont on «oyait encore les restes à ileuii pourri» : trois autres briques non cuites recouvraient lu tas (Loriis, Trareli and lle*eiirche* in t'.haldra nnd Sutimia, p. ii.H si|i| .). Les actes qu'elles contiennent se rapportent pour la plupart à In famille île Siniiiana et tl'Aïuililani, et forment une partie de ses archives.
4. La plus célèbre île res familles, pendant la durée du Nouvel Kmpire libaldéen et de la domination persane, parait noir été celle d'Efjibi, où M. Boscawen avait cru reconnaître une auenec d'affaires Hnancières et une banque exerçant le commerce sous le nom d'rigibi et fils {Babyiouian