‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 343 sur 374 · LES VILLES, L'ASPECT ET LA DISTRIBUTION DES MAISONS · texte numérisé non relu

LES VILLES, L'ASPECT ET LA DISTRIBUTION DES MAISONS

ont pesé d'un poids considérable : à remonter quelques générations en arrière, combien renfermaient-elles de grandes familles qui ne comptassent pas un affranchi ou un esclave parmi leurs ancêtres?

On voudrait suivre ce peuple mélangé de germes si complexes dans ses corvées et dans ses plaisirs de chaque jour, aussi aisément qu'on fait les Égyptiens du même temps; mais les monuments qui pourraient nous renseigner à son sujet sont rares, et ce qu'on en tire de manière positive se réduit à fort peu de chose. Pourtant on ne risque guère de se tromper si Ton se figure les cités les plus riches comme étant, somme toute, assez semblables aux villes qu'on rencontre aujourd'hui, dans ces régions à peine entamées encore par l'invasion des mœurs européennes1. Des rues sinueuses, étroites, fangeuses, empestées d'ordures ménagères et de détritus organiques, où des volées de corbeaux et des bandes de chiens errants s'acquittent tant bien que mal des fonctions de la voirie*; des quartiers entiers de cahutes en roseaux et en pisé, de maisons basses en briques crues, surmontées déjà peut-être de ces dômes coniques qu'on aperçoit plus tard sur les bas-reliefs assyriens; des bazars populeux et bruyants, où chaque corps de métier se cantonne dans ses impasses et dans ses ruelles réservées; des espaces silencieux et mornes, parsemés de palais et de jardins où les riches cachent leur vie intime, et, dominant la mêlée des constructions particulières, les palais ou les temples avec leurs ziggourats coiffées de chapelles dorées ou peintes. On a mis au jour parmi les ruines d'Ourou, d'Éridou et d'Ourouk les restes de quelques maisons où logeaient sans doute des gens de bonne famille3. Elles sont construites en belles briques, dont une couche mince de bitume cimente les lits, et elles n'aventurent au dehors que des lucarnes percées irrégulièrement vers le haut des parois : la porte basse, cintrée, défendue de lourds vantaux en bois, ferme un corridor aveugle et sombre qui aboutit d'ordinaire à la cour, vers le centre des bâtiments. On distingue encore à l'intérieur de petites salles oblongues, tantôt voûtées, tantôt couvertes d'un plafond plat que des troncs

1. On peut lire à ce sujet les descriptions que le voyageur Olivier faisait de Mossoul (Voyage dmns l'Empire Othoman, t. II, p. 356-357), de Bagdad (W., t. Il, p. 381-382), celles que Niebuhr a données de Bassorah (Voyage en Arabie, t. II, p. 172) vers la fin du siècle passé, et qui sont confirmées, pour le commencement et le milieu de notre siècle, par les récits de Kbppkl, Personal Narrative of a Journey from India to England, by Bassorah, Ragdad, the ruins of Rabyton, etc., t. I, p. 69.

2. Cf. p. 740 de cette Histoire le tableau de l'enfant exposé à côté du puits où les femmes viennent puiser, et que ses parents adoptifs ont arraché à la gueule des chiens et au bec des corbeaux.

3. Les fouilles ont été conduites à Ourou et à Ourouk par Loftfs, Travels and Researches in Chaldsea and Susiana, et par Taylgr, Notes on the ruins of Muqeyer, dans le Journal of the Royal Asiatic Society, t. XV, p. 260-276, à Êridou par Taylor, Notes on Tel-el-Lahm and Abou-Shahrein, dans le J. As. S., t. XV, p. 404-415. Pour l'appréciation des ruines découvertes par ces deux explorateurs, voir Perrot-Chipiez, Histoire de l'Art dans l Antiquité, t. Il, p. 448-449.

746 LA CIVILISATION CIIALDEENNË.

de palmier soutiennent'; les murs atteignent le plus souvent une épaisseur considérable, dans laquelle on pratiquait ça et là des niches étroites. La plupart des pièces n'étaient que des magasins et contenaient les provisions et la richesse de la famille; d'autres servaient à l'habitation et recevaient un monauwi cutniuiiu x oi:rih'*. bilier. Il était fort simple

chez les bourgeois riches non moins que chez le peuple, et se composait surtout de chaises et de tabourets, comme dans le palais des rois; les chambres à coucher avaient leurs coffres à linge et leur lit avec ses matelas minces, ses couvertures, ses coussins, peut-

être ses chevets de bois analogues aux chevets africains', mais on dormait le plus souvent sur des nattes déployées à terre. Un four à pains occupait un coin de la cour, à côté des pierres à broyer le grain ; le foyer demeurait toujours chaud, et s'il s'éteignait, on avait des hâtons à feu pour le rallumer ainsi

1. Tjtlo», Holet on Ihe ruini of Muaeyer, dans te J. A». Soc., t. XV, p. ÏCfi, trouva encore les restes des (loutres en bail de palmier qui Ibrmaipnt la terrasse. Il pense (Notes on Tel-cl-Lahm mut Aliu-Shahrein, dans le J. A: Soc., t. XV, p. 411), comme aussi l.oflus (TraccU and hesearthn in Chalda-a and Sitiiana, p. 181-183), qu'une partie des chambres était voiïloe. Cf., sur ret usa^n des voiltes dans les maisons rhaMéi-iines, Phikot Chimm, llixtoin: de ïArtdnn* CAiitiijiiitf. 1. Il, p. 1(>î «<|(|.

S. Rmitt de Faucher-liudin, d'aprèt te rroqui* de Tivi.oa, Hoir* on Ihe Ruina of Muqeyer, dans le Journal of Ihe Hinjal Aaialk Society, I. XV, p. îtHÎ.

3. l'Iitnt dretati pur faucher-Guilin, d'âpre* Ici croi/nii de Tivi.ob, .Vo/r« nu Ihe ruina of Vuqran, dans le Journal of Ihe Royal Asialic Society, t. XV, pi. III. Les maisons reprofluii.'S i la partie gaurhe du plan ont été déblayées dans les ruines ri'tlumic; les maisons reproduites à 11 parlic dn.ite a|i|i:irlii']ii]rrit au\ ruines d'F.ridoii. On remarquera, sur le plan des maisons de droite, le* niche» ménagées dans les murs, et dont il est parlé dans le lexte.

1. Les chignons et les cheveux échafaiidés de diverses figures gravées sup des inlailles chaliléennes (cf. ce qui est dit des arrangements divers de la chevelure à la p. 7î!l de celte llitioire] semblent indiquer l'usage de ces ustensiles : des coiffures aussi compliquées durent ur>1in»iri-ini-ni plusieurs jours au moins, et ne se conservent ce temps qu'à la condition d'employer le chevet.

Page 1