LA VIE DOMESTIQUE
qu'en Egypte'. La batterie de cuisine et la vaisselle comprenaient quelques larges marmites en cuivre et des pots en terre arrondis par le bas, des plats, des jarres pour l'eau et pour le vin, des bols, des assiettes épaisses et de pâte grossière* ; le métal n'avait pas encore aboli la pierre, et l'on rencontrait pêle-mêle dans le même ménage des haches ou des marteaux en bronze à côté de haches ou de mnrinniix. rie couteaux, de grattoirs ou de masse De nos jours, les femmes des pa séjournent beaucoup sur leurs V installent le matin, jusqu'à ce qu chaleur les chasse; elles y rem< tenl dès que le soleil commence baisser sur l'horizon, et elles y pa; sent la nuit ou ne le quittent plus que très avant dans la soirée. Elles y vaquent librement aux soins domestiques, en
échangeant des propos d'une terrasse à l'autre; elles y boulangent, elles y cuisinent, elles y lavent et tendent sécher le linge, ou, si elles ont des esclaves pour les dispenser de ces soucis vulgaires, elles y cousent ou elles y brodent en plein air. Elles descendent pendant les heures brûlantes et se réfugient à l'intérieur. Dans la plupart des maisons riches, la plus fraîche des pièces se trouve souvent en contre-bas du sol de la cour et ne reçoit que fort peu de lumière. Elle est dallée de plaques en un gypse poli, qui ressemble à nos
1. L'usage 'lu bâton à feu chez lus Chaldécns a été indiqué presque simultanément par Bosc.iwev, 0» some early Babylonian or Akkadien Inscriptions, dans les Transactions de la Sodété d'Àichcolofiie Biblique, t. VI, p. S79-SKI, et par Houghtos, Oh Ihe Hieroglyphic or Picture Origin ofthe C.karactert of Ihe Assyrian Syltaliary, ibitl., p. 4H6-4G8; cf. pour l'Egypte p. 318 de celte Histoire.
t. Ces mai-miles sont représentées dans les scènes reproduites p. 474 sqq. de cotte Histoire. La poterie (I [.-couverte par Loflus, au cours de ses fouilles, et par Taylor (Hôtes on Ihe ruins of Muqeyer, dans le J. As. Soc., t. XV, p. i74 sqq.) dans les ruines et dans tes tombes de Mougheir et de Warka (cC les tombeaux reproduits aux p. C84, CH!j, 087 de cette Histoire) est aujourd'hui au British Muséum fr.f. Pshrot-Cbipio, Histoire de l'Art dans L'Antiquité, I. Il, p. 7QU-71I); des spécimens de celle qui fui recueillie à Tclloh sont au Louvre (Hm:iït-S*i»h:, Déconcerte* en Chatdee, pi. XLII). La vaisselle en cuivre est plus rare; on en a relrouvé pourtant les spécimens dans plusieurs des tombeaux d'Ourou {ÎAtLO», Noie* on Abu-Shahre'tn and Ttl-el-l.ahm, p. .iiïi) et dans les restes des palais de Tcl-loli (llM'iKV-StKEc, Découvertes en Outillée, p. 40, 35, 01, etc.).
3. Los outils en sitex et en autres espèces iln pierre ont été découverts par Taii.or. Notes on AUu-Shahrcin and Tel-el- Lahm, dans le J. As. Soc., t. XV, p. 410-411 et pi. Il, cl sont aujourd'hui au British Muséum. Les outils en bronze proviennent en partie des lombes de Moudiéfr. en partie de* ruines explorées par Loflus à Tell-Sifr, c'est-à-dire des cilés anciennes d'Ourou el de Larsain : le nom de Tell-Sifr, le tertre du cuivre, vicnl de la masse d'objets i: livre qu'on y découvre.
4. Oliviui, Voyage dans {Empire Othoman, t. Il, \>. :i!îf>-3.", 381-384, 3!>S-3fl3.
ti. Destin de. Fauchcr-Oudin, d'après les croquis de G. ll.wLtr.sos. The Fire Great Monarchies, 1" éd., t. I, p. 91, et lliéliograrure de Heciby-Saiuiei:, Di'cauvertcs en Chaldée, pi. 44.
beaux marbres gris et blancs, et les murailles sont enduites d'une couche de plâtre fin, moelleux au toucher, doux à l'œil. On les arrose plusieurs fois le jour pendant l'été, et l'eau refroidit l'air en s'évaporant. Le peu d'habitations ruinées que l'on a explorées jusqu'à présent dans les villes anciennes, semble indiquer les mêmes besoins et les mêmes habitudes que de nos jours. Comme nos contemporaines de Bagdad ou de Mossoul, les Chaldéennes d'autrefois paraissent avoir préféré l'existence à ciel ouvert et presque en public à la réclusion sous des plafonds étouffés ou dans une cour étriquée. Les ardeurs du soleil, le froid, la pluie, la maladie les obligeaient malgré elles à chercher un asile entre quatre murs; sitôt qu'elles pouvaient sortir sans inconvénient, elles grimpaient sur leur toit pour y vivre.
Beaucoup de familles dans le peuple et dans la petite bourgeoisie possédaient la maison où elles logeaient1. C'était un patrimoine qu'elles s'efforçaient de conserver intact à travers toutes les vicissitudes5 : le chef la léguait en mourant à sa veuve ou à l'aîné de ses enfants mâles3, ou du moins il la laissait indivise entre ses héritiers, probablement jusqu'à ce que l'un d'eux rachetât les droits des autres. Le reste des biens, fermes, jardins, terres à blé, esclaves, mobilier, bijoux, était réparti entre les frères ou les descendants naturels, « de la bouche jusqu'à l'or », c'est-à-dire du moment où l'on annonçait l'ouverture des opérations jusqu'à celui où l'on délivrait à chacun ce qui lui revenait*. Pour donner à cet acte plus de solennité, on l'accomplissait d'ordinaire en présence d'un prêtre. Les intéressés se rendaient alors au temple, « à la porte du dieu », ils y remettaient la totalité de la succession aux mains de l'arbitre choisi, et ils le requerraient de la distribuer équitablement; ou bien l'aîné des frères procédait au lotissement devant lui, et il n'avait qu'à sanctionner les résultats ou à trancher les différends qui pouvaient s'élever entre les ayants droit au cours de la séance. Lorsqu'il avait terminé, les légataires devaient déclarer s'ils étaient satisfaits, et au cas où ils n'intro-
1. Le fait résulte du nombre relativement considérable d'actes où l'on rencontre des gens de classe moyenne donnant hypothèque sur la maison, la vendant, la louant à bail, toutes opérations auxquelles ils ne pourraient se livrer si elle ne leur appartenait pas.
2. La location d'une maison se faisait pour des périodes de temps très variables, pour trois mois (Peiser, Babyloniache Vertrâge, p. 56-57, 25-1-255), pour un an (irf., p. 60-63, 256), pour cinq ans (m/., p. 191-197, 300-301), pour un terme indéterminé (irf., p. 196-199, 301), mais avec minimum de six mois, puisqu'on fixe le payement du loyer au commencement et au milieu de chaque année. Sur les charges et les droits du locataire et du propriétaire, voir, pour les bas temps, l'étude de kohler dans Kohlkh-Peiser, Baby Ionise lie Vertrage, p. 41-45.
3. (/est sans doute cette « part du frère aîné » qui est mentionnée dans un passage assez obscur du texte des lois dites sumériennes (Rawunson, Cutt. lus. M". As., t. II, pi. 9, col. m, I. 7-9; Fr. Lenorhant, Choix de Tartes Cunéiformes, p. 13).
4. Telle est, du moins dans le gros, l'interprétation que Mkissner, Beilrâge zum altbabylonischrti Privatrecht, p. 146, 15, a proposée de cette locution originale.