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LE COMMERCE PAR TERRE ET LA NAVIGATION

égalât celle de la garantie1 : l'esclave, le champ, la maison étaient dès lors perdus pour leur ancien maître, sauf un droit de rachat dont il n'avait que rarement les moyens de profiter*. Le petit commerçant ou l'ouvrier libre qu'un accident forçait à s'obérer n'évitaient cette spoliation progressive qu'au prix d'efforts extrêmes et d'un labeur incessant. Le négoce extérieur présentait, il est vrai, des périls sérieux, mais les chances de gain étaient si considérables que beaucoup de gens s'y adonnaient de préférence à des entreprises plus certaines et moins lucratives. Ils partaient seuls ou par troupes pour l'Elam ou les régions du Nord, pour la Syrie, peut-être pour l'Egypte3, et ils rapportaient de leurs caravanes ce qu'on estimait le plus précieux dans ces contrées. Les voies de terre n'offraient pas beaucoup de sécurité : non seulement les nomades et les bandits de profession rôdaient autour des voyageurs et les obligeaient à une vigilance de tous les instants, mais les habitants des villages, mais les petits seigneurs locaux, mais les rois des pays qu'ils parcouraient ne se faisaient aucun scrupule de les malmener, ou de leur accorder très cher la libre pratique des marchés ou des territoires4. On courait moins de risques sur les routes d'eau : l'Euphrate d'un côté, le Tigre, l'Oulaî, l'Ouknou de l'autre traversaient des populations riches et industrieuses, chez qui les marchandises chaldéennes se vendaient bien et s'échangeaient aisément contre des denrées d'un débit avantageux à la rentrée5. Les navires qu'on employait communément étaient des kéleks ou des couffes, mais des couffes de dimensions énormes. Plusieurs individus se réunissaient d'ordinaire pour noliser un de ces bâtiments et pour lui préparer un

1. On prévoit de la sorte, dans les contrats du Nouvel Empire Assyrien ou Babylonien, un accroissement au double (Oppert-Menant, Documents juridiques de V Assyrie et de la Chaldée, p. 186-187) et au triple (id., ibid., p. 164 sqq., 187-188) de la somme prêtée; le plus souvent l'intérêt s'accumule jusqu'au quadruple (m., ibid., p. 181-184, 226-228, 232-234, 239-240, 247-2 i8), après quoi sans doute le gage appartenait au créancier. On calculait probablement qu'alors le capital augmente des intérêts équivalait à la valeur de la personne ou de l'objet donné en gage.

2. On se garait contre ce droit de rachat par une formule de malédiction insérée à la fin des contrats contre celui qui voudrait en user ; elle est inscrite d'ordinaire sur les pierres bornâtes du Premier Kmpirc Chaldécn (Oppert-Menant, Documents juridiques de V Assyrie et de la Chaldée, p. 85 sqq. ; Belser, liabylonische Kudurru-lnschriften, dans les Britràge zur Assyriologie, t. Il, p. 118-125, cf. les observations de Kohler dans Kohler-Peiser, liabylonische Vertràgc, p. 40-41).

3. Cf. ce qui est dit du commerce d'Ourou, p. 613-616 de cette Histoire. Un nom propre, Shamisri, qui se trouve sur un contrat du temps de la première dynastie babylonienne, montrerait des rapports entre l'Egypte et la Chaldée, s'il faut le traduire réellement par l'Égyptien, comme le pense Mkissnkr, Beilràge. zum allbabylonischen Privatrecht, p. 21, 107.

4. H n'y a aucun renseignement d'origine babylonienne sur l'état des routes et sur les dangers que les marchands couraient à l'étranger : les documents égyptiens suppléent en partie à cette lacune de nos connaissances. Les Instructions contenues au Papyrus Sa Hier nu II montrent les misères du voyageur (pi. VII, I. 6-8), et les Aventures de Sinon hit (1. 96-98; cf. Maspf.ro, les Contes populaires de l'Egypte ancienne, 2" éd., p. 105-106) font allusion à l'insécurité des chemins en Syrie, par le soin même que le héros prend de raconter ce qu'il fit pour en assurer la sécurité. Ces deux documents sont de la XII* ou de la XIIIe dynastie, c'est-à-dire contemporains des rois d'Ourou et de Goudéa.

5. Sur le commerce maritime des cités chaldéennes, cf. ce qui est dit p. 615-616 de cette Histoire

chargement convenable1. La carcasse était fort légère, en branches d'osier ou de saule recouvertes de peaux cousues; on répandait une jonchée de paille dans le fond, puis on empilait régulièrement les ballots ou les caisses, sur lesquels on jetait comme un manteau de paille nouvelle. L'équipage comprenait deux rameurs au moins et parfois quelques baudets : les associés remontaient les fleuves jusqu'à ce qu'ils eussent disposé de leur cargaison et emmagasiné leur fret de retour*. Le danger, pour être moindre que sur les chemins terrestres, n'en demeurait pas moins réel. Souvent le bateau sombrait ou s'échouait à la berge, les riverains interceptaient et pillaient les convois, une guerre éclatait entre deux royaumes voisins et suspendait tout commerce : le marchand branlait sans cesse entre la servitude, la mort et la fortune.

Le négoce sédentaire, tel qu'on le pratiquait dans les villes, enrichissait rarement son homme, et parfois il le nourrissait à peine. Les loyers étaient ruineux pour ceux qui n'avaient point de logis héréditaire; à la rigueur on se tirait d'affaire avec un demi-sicle d'argent par année, mais le prix moyen était d'un sicle entier. On versait en entrant une sorte de denier à Dieu, qui montait parfois au tiers de la somme totale : on acquittait le surplus à la fin de l'année. Les baux duraient un an le plus souvent, mais on en contractait aussi pour des termes plus éloignés, deux, trois, même huit années. Les frais de réparation et d'entretien tombaient d'ordinaire à la charge du locataire : il pouvait aussi construire sur le terrain qu'il avait loué, et alors on le déclarait franc de charges pour un délai d'environ dix ans, mais la maison et en général tout ce qu'il avait bâti revenait ensuite au propriétaire5. La plupart des boutiquiers fabriquaient en personne, avec l'aide d'esclaves ou d'apprentis libres, les objets qu'ils débitaient au jour le jour. Chacun initiait ses enfants à son métier, ceux-ci à leur tour y instruisaient les leurs ; les familles qui suivaient une même profession par hérédité, et celles qui se ralliaient à elles de génération en génération, formaient partout des guildes, ou, pour employer le terme usuel, des tribus gouvernées par des chefs et régies par des coutumes spéciales. On était de la tribu des tisserands, ou de celle des forgerons, ou de celle des marchands de blé, et le signalement d'un individu

1. On trouve dans Strassnaier, Die Babylonischen Inschriften im Muséum su Lirerpool (dans les Actes du VIe Congrès International des Orientalistes, 2° part., Sect. I, p. 575, n° 28, et pi. XXVU-XXVIII), une liste de gens qui avaient nolisé un bateau. Le loyer coûtait parfois assez cher : le seul contrat que je connaisse sur la matière, et qui est du temps de Darius 1er, exigeait un sicle d'argent par jour pour le bateau et pour l'équipage (Peiser, babylonische Verlrâge, p. 108-111, 273).

2. Ce sont les bateaux qu'Hérodote a vus et décrits (I, cxciv), et dont on se sert encore sur le Tigre sans changement notable (Layard, Nineveh and Us rcmains, 1, ch. xiii, et II, ch. v).

3. Mkissser, Beitrâge zum altbabylonischen Privatrecht, p. 71-72.

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