CHAPITRE DEUXIÈME
; FÉODW.X, VIVANTS t
jj oïisqu'os parcourt les ouvrages où nos savants ont reproj duit par le menu les restes des monuments égyptiens, ce qui frappe au premier coup d'œil, c'est l'abondance presque incroyable de tableaux religieux qui sont arrivés jusqu'à nous. Il y a peu de planches où l'on ne rencontre une figure au moins de divinité qui reçoit d'un air impassible les prières de quelque fidèle et ses offrandes : on dirait que le pays était habité surtout par des dieux, et contenait, d'hommes ou de bêtes, juste ce qu'il en fallait pour les besoins du culte.
Ce qu'on distingue d'abord quand on pénètre dans ce monde mystérieux, c'est une véritable plèbe divine dont les membres n'ont jamais mené qu'une existence étroite et presque inconsciente d'elle-même. Ils représentaient une fonction, un moment, dans la vie de l'homme ou de l'univers : Naprit s'identifiait à l'épi mûr ou au grain de blé", Maskhonït apparaissait
i. Bat-relief du Irmple de Louior. — Ucn'in de Bnuilier, d'aprè4 une photographie de Déalo, pritr en }#9I). Les iiea\ oersoniiaKcs qui marchent l'n Wte, portant de praiidn bouquets et levant la main. Pont les derniers d'une longue pniression dos [ils de Ionisés II. I.ii lettrine, qui est paiement du Uoudicr. re présente le roi Sêli I" agenouillé, d'après un has-relief du temple d'Abjdos.
t. Le mot naprit signifie tjrain. le tfrain de hic (Um-i:sca, Dict. Hiéroglyphique, p. "Si-7S3). Le
dieu du grain est représente; dans le tombeau de Séli I" (I.HKBcaK, le Tombeau de Se.ti I", dans les
H1ST. m. i>f. i/miihkt. — t. i. Il
8i LES DIEUX 1IE L'EGYPTE.
auprès du berceau de l'enfant à l'heure précise où il naissait', Raninit présidait au choix d'un nom et à la nourriture des nouveau-nés1. Ni Raninit la fée marraine ni Maskhonit n'exerçaient sur l'ensemble de la nature cette autorité souveraine que nous sommes habitués à considérer comme l'apanage originel des dieux. Elles passaient tous les jours de toutes les années, l'une à soulager les douleurs des mères en couches, l'autre à choisir pour le petit être un nom qui sonnât favorablement et qui conjurât plus tard les influences du destin mauvais. Leur tâche achevée dans un endroit, elles couraient aussitôt vers un autre où quelque naissance imminente réclamait leur présence et leurs soins : elles allaient de lit d'accouchée en lit d'accouchée, et pourvu qu'elles se fussent acquittées du seul emploi auquel on les reconnaissait propices, les dévots n'exigeaient plus rien d'elles. Les cynocéphales mystérieux qui fréquentaient en bandes les montagnes de l'Est et de l'Ouest •'irT- concentraient de même leur activité entière sur
un instant fugitif de la journée : ils dansaient et caquetaient pendant une
Mémoire* de la Mission Fi-anraiie. t. Il, *" partie, pi. XXIX. V rentre, pi. XXXI, 3- registre); e'ral un homme qui a sur la tête deux gros épis de froment ou d'orge. Il est mentionné vers le même temps dans Yllymnc au Kit (cf. [i. 40) et dans deux ou trois autres testes d'époque différente. Il est doublé dans son relie par la déesse Knprtl ou Kaptt, dont il est question ici (llrsTOK. Exterpta Hierogtijphiea, pi. XIX; Upsius, Iknkm., IV, 5i; DI'hickes. Itesultale, l. Il, pi. lu); elle eut coiffée d'une botte d'épis (Uiijii, Diiionario di Milologia, p. 380-381), comme daim notre vignette.
I. Cette déesse, dont le nom exprime et dont la figure personnilie la couche en brique ou eu pierre, le lit ou la chaise lie travail, sur laquelle les femme* s'accroupissaient au moment de la délivrance, se subdivise quelquefois en deux ou quatre divinités secondaires (JIabiette, Dendtrah, t. IV, pi. LXX1V a, et texte, p. *88). On In mentionne avec ShaU, le destin, et avec Hanintl, la nourriture (Maspemi, Ktadet Egyptienne; t. I, p. i~). Son rôle de fée marraine auprès du berceau de l'enfant nouveau-né est mis en lumière par le passage du Papyrus Westrar, où la naissance de trois rois de la V- dynastie est racontée en détail (ëhuas. Die Mârchen des Papyrus W'eilrar, pi. IX, liv. *i sqq. ; cf. H isi'i.Kn, /et Contes populaire» de F Egypte Ancienne, *■ éd., p. "(i-M). On la représente sous la l'orme humaine, et elle porte souvent sur la têle deui longues pousses de palmier recourbées à l'extrémité (I..v\zose, Diiionario di Milologia, p. 3*9-330, el pi. CXXXIV, 1-î).
S, llaninlt préside à l'allaitement de l'enfant, mais elle lui donne aussi son nom (M.isptao, let Contée populaires, i" éd., p. "K, n. 1) el par suite sa fortune (Mispeko, Etudes Egyptiennes, I. I. p. *"); elle est d'une manière générale la déesse nourricière [I..i™bk, lliiioiiario di Hitoiogia, p. *-*-i-J, et pi. GLXXXVtll-CI XXXIX). On la représente quelquefois comme une femme à léte humaine (I.kcsiis, Denkm., III, 188 a ; Wii.ki.vsok, Mannere antl Customt, i" edit.. t. III, pi. XLV, 5-0 el p. *i3-ilt) ou à tétc de lionne (Lkfsii-s, Denkm., IV, S"), le plus souvent a tète de serpent (l.irsirs. Denkm., III, pi. Cl. XX: Puisse ii\He«es. Monuments, pi. I: M miette, Dendtrah, t. III, pi. LXXV b-e)\ c'est aussi une ur.-cus habillée et coiffée de deux longues plumes (Pius-k d'Atemes, Monuments, Frontispice), dont nous retrouverons la ligure sur la vignette de la page 1*0.
3. La deeue Kaprll. Kaptt, bas-relief de la première des ehambret dOsiris, sur le cAM Est de la terrasse du grand temple de Dendtrah. — Dessin de Fauchcr-tiudin.