L'ORFÈVRERIE, LES GRAVEURS DE CYLINDRES
<lu revenu de leurs propres biens ou du butin pris sur l'ennemi, mais un vase en argent, offert à Ninghirsou par Enténa, vicaire de Lagash, nous donne l'idée de ce qu'était cette portion du mobilier divin '. II pose d'aplomb sur un petit socle en bronze, carré, à quatre pieds. Une Inscription pieuse s'enroule autour du goulot, et la panse se partage en deux registres superposés, qu'un double filet cordé limite par en haut et par en bas. Quatre aigles à deux tètes, les ailes », la queue étalée en éventail, couvrent la zone inférieure : ;rres s'appuient sur la croupe de deux animaux adossés et îts, alternativement deux lions et deux bouquetins ou deux j-dessus et vers la naissance du col, sept génisses couchées it la tète dans la même direction. Le tout se profile à la ur le métal uni, sans reliefs ni incrustations. L'ensemble de isition s'agence harmonieusement, l'allure leur structure générale sont bien comprise avec fermeté, mais le détail des crinière: lages est d'une minutie et d'une exac- »re enfantines. Ce monument suffirait MB,1*"i à lui seul pour nous prouver que les orfèvres les plus vieux de la Chaldée ne 1* cédaient en rien à ceux de l'Egypte, quand les tombeaux ne nous auraient pas rendu un certain nombre de bijoux en or a'une facture excellente, boucles d'oreilles, bracelets ou anneaux9. La composition et la gravure des cylindres occupaient à côté d'eux tout un monde d'intailleurs et de lapi daires. Les manipulations étaient multiples et délicates qui métamorphosaient l'éclat de roche brute, marbre ou granit agate, onyx, jaspe vert et rouge, cristal, lapis-lazuli, eii l'un de ces cachets merveilleux, que l'on compte presque à la centaine dans la plupart de nos musées d'Europe. H fallait l'arrondir, le calibrer, le polir, y buriner le sujet ou la légende. Le forage exigeait une
I. IIeiigv, le Vase du patém Enténa, daim les Comptrt rendus dr l'Académie des Intn-iptioiu, 1SW3, t. XXI, p. 169-171, vile l'aléti Entiméua, d'après Ut découvertes de .«. de Sérier, ibid., p. 3IB-31!!.
i. Dessin de Fauclirr-tiudin, d'après Il fi iki-Sahiec, Découverte- eu l'Jialdée, pi. *8, n" <i. La lettrine du présont rhipilrc (et. p. 71)3 de celle Histoire) donne un bon exemple de ce genre d'amulette,
3. Taïlob, Notes ou AbuShaltrein and Tet-et-Lahm, dan» le J. As. Soc., t. XV, p. 415.
4. Dessin de r'auchcr-Gudiit, d'après Mliisï-Sibili:, Découvertes en Chaldée, pi. 43.
grande légèreté de main, et plus d'un ouvrier ou ne perçait point ses cylindres de peur de les briser, ou ne les évidait qu'aux deux extrémités, juste assez pour que la monture métallique s'y adaptât et les laissât rouler librement. On manœuvrait à les graver les mêmes outils que de nos jours, mais plus grossiers. La pointe, qui n'était souvent qu'un silex, arrêtait les contours du dessin et en esquissait le modelé, la scie y dégageait largement les creux qui ne demandaient point de détails, enfin la bouterolle, poussée à la main ou montée sur un touret, indiquait les articulations et la musculature des personnages par des séries de trous ronds. Le sujet ainsi traité sommairement, on pouvait s'en tenir là et livrer la pièce au client; mais celui-ci, pourvu qu'il ne reculât pas devant la dépense, trouvait sans peine un cylindre d'où les traces de l'outil avaient disparu, et où la perfection du travail le disputait à la richesse de la matière1. Le sceau de Shargani, roi d'Agadè, celui de Bingani-shar-ali *, et tant d'autres qu'on a ramassés dans les ruines au hasard des fouilles, sont de vrais bas-reliefs, resserrés et comme condensés sur une surface de quelques centimètres, mais composés avec une entente ingénieuse de la décoration et exécutés avec une hardiesse que les modernes ont égalée rarement, jamais surpassée. On y pressent quelques-uns des défauts qui déparèrent plus tard la sculpture assyrienne, l'épaisseur des formes, la saillie exagérée des muscles, la dureté des contours, mais aussi toutes les qualités qui ont fait d'elle un art original et puissant.
Les pays de l'Euphrate étaient renommés aux temps classiques pour la beauté des étoffes brodées et peintes qu'ils apprêtaient3. Rien ne nous est resté de ces tissus babyloniens dont les auteurs grecs et latins vantaient la splendeur, mais on peut soupçonner par les statues et par les figures gravées sur les cylindres ce que les filateurs osaient faire dès l'époque la plus reculée. Le métier qu'ils employaient ne devait guère différer du métier horizontal en faveur aux bords du Nil, et tout nous porte à penser que leurs toiles de lin unies rappelaient les bandelettes et les lambeaux d'habits que nous retirons encore des hypogées de Memphis ou de Thèbes. La fabrication des floquets dont ils aimaient se parer, hommes et femmes, suppose une grande dexté-
1. Le» questions relatives aux opérations multiples que la fabrication des cylindres exigeait ont été élucidées par Menant, Recherches sur la Glyptique orientale, t. 1, p. 45 sqq.
1. Le cylindre de Shargani est reproduit p. 601, celui de Bingani p. 582 de cette Histoire.
3. Punk, Hist. Nat., VIII, "i : « Colores diversos pictura* intexere Babylon maxime celebravit, et nomen imposuit. » La plupart des auteurs modernes entendent de la tapisserie ce que les anciens disaient de la broderie à l'aiguille ou de la peinture sur étoffes : rien de ce que j'ai pu obsener sur les monuments ne m'autorise à croire que l'on ait fabriqué de la tapisserie réelle, aux époques les plus anciennes de la Chaldéc ou de l'Egypte.