‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 351 sur 374 · LES TISSERANDS, LA CONDITION DES OUVRIERS. TS · texte numérisé non relu

LES TISSERANDS, LA CONDITION DES OUVRIERS. TS

rite. Les fils de la trame une fois tendus, on y nouait ceux de ta chaîne sur autant de lignes parallèles, régulièrement espacées, qu'on désirait obtenir de rangs dans la hauteur de la pièce, puis on laissait pendre les boucles qu'ils Formaient sur l'endroit : tantôt on conservait celles-ci telles quelles, tantôt on les coupait à l'extrémité et on les ondulait, de manière à leur communiquer l'aspect de la laine frisée'. La plupart des étoffes gardaient une teinte blanche ou crémeuse, celles surtout que les femmes tissaient à la maison pour leur toilette propre et pour les besoins courants de la famille. Mais le goût des couleurs vives prédominait, chez les Chaldéens comme chez les autres

peuples asiatiques , et, «Mm*i cutnii» porta» les tr.ces tiaiiuc* a es^ divers-.* sortis dans les classes riches au

moins, les vêtements de sortie et les manteaux de fêtes se signalaient par une profusion de dessins bleus sur fond rouge ou rouges sur fond bleu, rayés, chevronnés, quadrillés, semés de pois ou de disques centrés1. La profession de teinturier ne pouvait donc manquer d'être aussi répandue que celle de tisserand : peut-être même les confondait-on l'une avec l'autre. Nous ne savons rien ni des boulangers, ni des bouchers, ni des corroyeurs, ni des maçons, ni des autres artisans qui assuraient l'entretien et la subsistance des villes : sans doute ils gagnaient tout juste de quoi joindre les deux bouts, et si nous parvenons à mieux les connaître un jour, nous constaterons probablement qu'ils pâtissaient des mêmes misères que leurs contemporains d'Egypte*. Leur existence s'écoulait d'un cours uniforme, interrompue, aux intervalles prescrits,

1. Sur celle étoffe que les Crées appelèrent kaunakè», el sur les procédés employés à la fabriquer, voir ce que dit Usiner, les Originel Orientale» de CArl, t. I, p. 110 sqq; cf. p. 718-ïii.i de celle Histoire, les modes divers dont on disposait le manteau pour s'en habiller.

i. Dessin île Fauchtr-Gudin, d'après l'héliogravure de Veuhi, Catalogue de la collection de M. de Clereq.l- I.pl.l.nM.

3. Le» monuments égyptiens nous font connaître les couleurs des étoffes asiatiques, que les monuments chaldéens ne nous ont pas montrées jusqu'à présent. L'exemple le plus ancien nous en est fourni par la scène du tombeau de hhnoumhotpou, où l'on voit des gens d'une tribu asiatique apporter le kohol en cadeau au prince de Béni-Hassan (Cbaipollios, Monuments de. l'Egypte et de la Piiibie, pi. CCCLX1-CCCI.XII. el 1, II, p. 410-ili; RossluM, Monument i Storici, pi. XXVl-XXVIll ; LlPSIt*. Denkm., X. 131, 133; N-wurnu, Btni-Haian, t. I, pi. XXX-XXXI; rf. p. 46IMC1I de celle Histoire) ; il est de In XII* dynastie, c'est-à-dire quelque peu plus ancien que le régne de Goudéa a I.agash.

*. Cf. p. 31 1-315 de celle Histoire la description des misères inhérentes au* différents métiers, dans un petit pamphlet qui date de la XII- dynastie ou peut-être de la XIII*. D'une manière générale. on peul penser que, les deux civilisations égyptienne et chaldcennc étant à peu près au même niveau, les monuments égyptiens doivent noua représenter, à quelques détails près, l'outillage industriel et les principaux métiers des Chaldéens contemporains.

par les pompes accoutumées en l'honneur des dieux de la cité; il y avait aussi les chômages imprévus, chaque fois que le souverain revenait vainqueur de la guerre ou qu'il inaugurait un temple nouveau. La gaieté éclatait alors d'autant plus exubérante que le train ordinaire des choses allait plus monotone et plus attristé de soucis pénibles. Après que Goudéa eut achevé Ininnou, la maison de son patron Nînghirsou, « il se dérida et se lava les mains. Sept jours durant, on s'abstint de broyer le grain sous la meule, la servante fut l'égale de sa maîtresse, le serviteur marcha au rang de son maître, le fort et le faible reposèrent côte à côte dans la cité1. » Gomme pendant les Saturnales romaines, le monde semblait se renverser, les classes se mêlaient, et les inférieurs abusaient peut-être de la licence inusitée dont ils jouissaient pour quelques instants : les distinctions sociales reparaissaient la fête finie, et chacun retombait naturellement à sa place d'habitude. La vie se montrait moins aimable en Chaldée qu'en Egypte. Ces actes innombrables de prêt, ces quittances, ces contrats de vente et d'achat, ces instruments de chicane savante qu'on y recueille partout à la centaine, donnent l'impression d'un peuple âpre au gain, usurier, processif, préoccupé presque exclusivement d'intérêts matériels. Le climat plus variable et plus dur dans le froid comme dans le chaud lui imposait des besoins plus grands, et l'obligeait à déployer une puissance de travail dont la plupart des Égyptiens ne se seraient pas sentis capables. Le Chaldéen, peinant plus et plus longtemps, gagnait davantage et n'en devenait pas plus heureux. Si lucratif que fût son métier, il ne suffisait pas toujours aux nécessités de la maison, et les commerçants ou les ouvriers devaient s'endetter pour suppléer à l'insuffisance des affaires. Une fois aux mains des prêteurs, le taux énorme de l'intérêt les y retenait longtemps. Ils arrivaient à l'échéance sans avoir amassé de quoi s'acquitter, ils renouvelaient leurs billets à des conditions désastreuses ; comme le gage remis au créancier était d'ordinaire ou la maison dans laquelle ils logeaient, ou l'esclave qui les aidait à leur industrie, ou le jardin dont le produit nourrissait leur famille, c'était la misère s'ils ne réussissaient pas à se libérer5. Et cette plaie de l'usure ne rongeait pas seulement les villes : elle sévissait non moins violente sur les campagnes et s'attaquait aux fermiers.

1. Statue Dde Goudéa, col. vu, 1. 20-34; cf. Uri^ey-Saiuec, Découvertes en Chaldée, pi. 17-18; Amiaid, Inscriptions of Telloh, dans les Records of the Past, 2"d Ser., t. Il, p. 83-84 (cf. Heitzey-Sarzec, Découvertes en Chaldée, p. xn); Jknsen, Inschriflen der Kônige und S t ait ha lier von Lagattch, dans la Keilschriftliche Dibliothek, 1. 111 *, p. 41-44. Cf., p. 342 de cette Histoire, ce qui est dit de la Fête de l'ivresse en Egypte, telle qu'on la célébrait à Dendérah.

2. Sur l'accroissement de la dette non acquittée à l'échéance, cf. p. 750-751 de cette Histoire.

Page 1