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LE FERMAGE DES TERRES

Si la terre appartenait théoriquement aux dieux, et sous eux aux rois, les rois en avaient concédé et en concédaient chaque jour de telles quantités à leurs fidèles, que la part la plus grande s'en trouvait toujours aux mains des nobles ou des simples particuliers. Ceux-ci avaient la faculté d'en disposer à leur gré, de la louer, de la vendre, de la diviser entre leurs héritiers naturels ou leurs amis. Elle était grevée d'un impôt qui varia selon les époques, mais qui pesait assez lourdement sur eux : une fois qu'ils l'avaient payé, et les taxes que les temples pouvaient leur réclamer an nom des dieux, l'État ni personne n'avait plus le droit d'intervenir dans leur administration ou de restreindre l'exercice de leur volonté. Certains propriétaires cultivaient directement leurs biens, les plus pauvres de leurs bras, les riches par l'entremise d'un esclave de confiance qu'ils intéressaient à la prospérité de l'entreprise, en lui attribuant un tant pour cent du revenu. Souvent aussi ils les affermaient en totalité ou par morceaux à des paysans libres, qui les déchargeaient de tous les ennuis et de tous les dangers de l'exploitation. La surface de chaque État avait été mesurée très anciennement, et les parcelles en lesquelles on la lotissait enregistrées sur des tablettes d'argile, avec le nom du maître, celui des voisins, l'indication des mouvements de terrain, des fossés, des canaux, des rivières, des maisons qui pouvaient en définir les limites : des plans sommaires accompagnaient la description et l'interprétaient aux yeux dans les cas les plus compliqués1. Ce cadastre, répété fréquemment, permettait aux souverains d'établir l'impôt sur une assiette solide et d'en calculer le rendement sans erreur trop considérable. On rencontrait, surtout au voisinage des villes, des jardins, des bois de dattiers, des espaces consacrés à des essais encore grossiers de culture maraîchère : ceux-là payaient les contributions de l'État et le loyer du propriétaire, en fruits, en légumes, en dattes fraîches ou confites. Le meilleur du sol était aménagé pour la production du froment ou des céréales : c'était en blé qu'on en évaluait la contenance, en blé qu'on en chiffrait le revenu dans les contrats privés ou dans les actes de la comptabilité publique*. Tel champ demandait environ cinquante litres de semences par aroure, tel autre soixante-deux ou soixante-quinze, selon la bonté du terroir et son

1. Cf. le plan cadastral d'une vaste propriété qui a été publié par le père Sciikil, Soles d'Épigrapkie et d' Archéologie Assyriennes, dans le lie eue il de Travaux, t. XVI, p. 36-37.

2. Sur cette façon d'évaluer la valeur d'un champ, qui était également usitée en Egypte (Maspkro, Études Égyptiennes, t. II, p. 235-238), cf. Opi»krt-Me.nant, Documents juridiques de V Assyrie et delà Chaldée, p. 9-i; elle est contestée par Dclitzsch et par son école (cf. en dernier lieu Uklskb, bahylonische Kudurru-lnschriften, dans les Beitrâge zur Assyriologie, t. II, p. 130-131).

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exposition. La propriété en était placée sous la garantie des dieux, et la transmission ou la cession s'accompagnait de formalités moitié religieuses, moitié magiques : la partie livrante prononçait, contre quiconque oserait à l'avenir contester l'authenticité de l'acte, des exécrations dont le texte "iché dans un coin du champ, sur un galet ovale en e ou en pierre dure'. Ces petits monuments étalent à a lotte supérieure une multitude de figures, tantôt ignées régulièrement sur deux registres, tantôt emées à la surface, et qui représentent les divinités chargées de veiller à la sainteté du contrat. C'est comme la transcription en miniature du spectacle que la voûte du ciel offrait aux Chaldéens. Les disques du Soleil, de la Lune et de Vénus-lshtar dominent la scène; les personnages du Zodiaque ou les symboles qu'on leur attribue s'échelonnent et semblent tourner au-dessous d'eux, le Scorpion, l'Oiseau, te Chien, le Foudre de Ramman, la massue, les monstres cornus à demi cachés par le temple qu'ils défendent, et le Dragon immense dont les nœuds enveloppent la moitié du firmament, i Si jamais, par la suite des jours, quelqu'un parmi frères, les enfants, la famille, hommes ou femmes, le ctiLuiD inM.ii i . esclaves ou servantes, de la maison, un intendant, un fonctionnaire, n'importe qui, surgit et s'avise de voler ce champ et d'enlever cette borne, soit pour en faire don à un dieu, soit pour l'adjuger à un compétiteur, soit pour se l'attribuer à soi-même; s'il en modifie l'aire, les limites et la borne, s'il le morcelle et le dépèce et s'il dit : «Le champ est comme vacant, car il n'y a pas eu donation » ; — si, par crainte des exécrations redoutables qui défendent la stèle et ce champ, il envoie un fou, un sourd, un aveugle, un méchant, un simple, un étranger, un ignorant et fasse enlever

I. I.u plu* ;i ne i en ne mont connue de cor bornes est lo Caillou Michaux, dont la nature el la t uleur oui été reconnues pur Ori'mr, le) Mesure» de longueur clic; 1rs V.haltUew* el un dormnenl d'urpeitlage babylonien, dans le Hulletin Archéologique de CAthétumm Fronçait, IBhfl, p. 33-30; le

idiii <{i'-iiérii|iie eu était koudourrou, koulourrou, i|"i pourrait se traduire pierre levée. Lo nombre en est Lisse/ coOMilêi'.'ilile (1rs ma in tenant ; on trouve™ la traduction (le plusieurs (rentre elles dans Or-PEM- Mi.vim. Document* juridique* de l'Assyrie el de la Uialdce, p. HI-I3K, et dans Belskh, liabylonitelie Kiidui-ru-lHit lui fini (dans les Ucitrâge ;ur Anyriotogir , t. II, p. 111-103).

t. Dessin de r'auchtr-t'.udin; cf. Mii.i.u, Monument* inédits, 1. I, pi ïiu-u. L'original est au Cabinet dos médailles d« la Bibliothèque >"alionule (Ckxui -illkt, f'.alalogut général, p. 1(11», n* Ttli),

LA CULTURE DES TERRES. 7fi{)

cette stèle1, puis qu'il la jette à l'eau, la recouvre de poussu-re, la mutile à traits de pierre, la brûle au feu et la détruise, y écrive autre chose, la transporte dans un Heu où l'on ne la voie plus, — cet homme-là, puissent Anou, Rel, Éa, la Haute-Dame, les dieux grands, jeter sur lui des regards de colère, puissent-ils anéantir sa vigueur, puissent-ils exteri race*. » Chacun des immortels s'associe à cette exi munication et lui promet à son tour l'appui de sa for Mardouk, dont les charmes rendent la santé au malades, frappera le coupable d'une hydropisie que nulle incantation ne guérira. Shamash, le juge suprême, lancera contre lui ses arrêts inévitables. Sin, l'habitant des cieux brillants, l'enveloppera de lèpre, comme d'un manteau. Adar, l« guerrier, lui brisera ses armes, et Zamama, le roi des combats, ne se tiendra pas auprès de lui sur le champ de bataille; Ramman déchaînera l'orage contre ses gué rets et les bouleversera. La troupe entière des invisibles se mobilise pour défendre les droits du maître contre toute attaque; nulle part dans le monde antique le caractère sacré de la propriété n'a été affirmé avec plus de force ni la possession du sol mieux assurée par la relig

L'agriculture ne connaissait d'autres instruments ni i'miîm mm

d'autres procédés que ceux de l'Egypte. La rapidité avec laquelle la crue monte au printemps, et son débit variable à l'extrême d'année en année, n'enhardissaient guère les Chaldéens à confier aux fleuves la corvée d'arroser leur pays : ils étaient obligés de se fortifier contre eux, et de maintenir à distance les masses liquides qu'ils leur apportaient. Chaque domaine qu'il fût carré, triangulaire ou de figure irrégulière, s'entourait d'un épaulement continu en terre qui le délimitait sur toutes ses faces, en même temps qu'il lui servait de rempart pendant les mois de l'inondation. Des

1. Tous les gens énumérés dans ce passage, ne sachant pas oo qu'ils f:iis.'tiant. auraient pu ne laisser ;.i r-.iu.1i-r d'aller arracher la pierre et de commettre inconsciemment un sacrilège, ili-vaiil lequel loul rhaldWn dan* -.on hun sens aurait reculé. La formule prévoit ce cas, et elle veille à ce nue la malédiction divine ne «e contente pas de frapper ces instruments irresponsables', elle prétend atteindre I instigateur ilu crime, quand même il n'aurait pris lui-meme aucune pari matérielle à l'exécution.

i. Caillou Mirhaux. col n, I. I. col. m, I. 1ï, dans Hawlissos, Cuv. lut. II'. A*., t. I, pi. m; rf OrFHT-MuJiiT. Documente juridique! de VAisyrie et de la Chaldée, p. R8-30; A. BoimiiM, tlerhrrc*ct tur qurlquei rauttatt babyttaiirnK, p. Î6-Î1, 31-33.

m LA CIVILISATION CHALDÉENNE.

batteries de shadoufs installées sur la berge des canaux ou des rigoles pourvoyaient à l'irrigation'. Les champs étaient façonnés en échiquier, et les cases, séparées par des bourrelets de mottes, formaient comme autant de bassins; quand l'élévation du sol arrêtait le progrès des eaux, on les recueillait dans des réservoirs, où d'autres shadoufs les venaient puiser et les haussaient à un niveau supérieur*. La charrue n'était qu'une pioche couchée, dont on avait allongé le manche pour y atteler des bœufs. Tandis que le

lahnnepnp neenif a.i* W „n,.;il,.u ,l„„, ,.,!,>(,

sième lançait la semence à la volée. M fallait un capital considérable afin de réussir aux entreprises agricoles : les contrats étaient passés pour trois ans, et stipulaient que les paiements auraient lieu partie en métal, partie en productions du sol. Le fermier versait une petite somme au moment qu'il entrait en possession, puis il acquittait le reste graduellement après chaque douze mois, et cela de telle manière qu'il se libérait une fois en argent, les deux autres fois en blé. Les redevances variaient selon la qualité du terrain et selon les facilités qu'il présentait à la culture; tel champ de trois boisselées était taxé à neuf cents mesures, tandis qu'un autre de dix boisselées n'en devait que dix-huit cents*. Souvent le paysan préférait s'associer à son propriétaire : celui-ci pourvoyait alors à tous les frais de l'exploitation, mais il s'adjugeait

I. Aujourd'hui encore, en Mésopotamie ol en Chaldée, « on voit partout quelques rentes d'anciens ranaui : on rencontre de même, en beaucoup d'endroits, des amoncellement* de terre, qui se prolongent à île très grandes distances en ligne droite, el qui entourent îles terrains parfaitement nivelés • (Duiïieb. Voyage liant l'Empire Othoman, t'ÉgypIe cl la Perse, t. Il, p. 443).

t. Hmhhxitk, I, mini, désigne évidemment la nhadouf sous le nom de rniïwiriïov; clic est encore employée à eoié de I* sakièh (Chkkib», Euphratcs Expédition, t. 1, p. fi">;j, L.v*sn, Ninrreh and Ilabylon, p. 1119). Cf. p. :tltl de celte Histoire une représentation de la shadouf égyptienne ; en figyple rumine en Chaldée. le seau employé pour tirer l'eau jfTrcte la forme triangulaire.

K. Dessin de FitHclier-Gudîti, d'après un bni-rclief asiyrien de Kogoimdjik (l.insn, Tlir Monuments nfSinrreh. f Set., pi. tS).

I. «Ki-SM.K, lleilriiijr :nm attbabyUmitchen l'rivatreckl, p. tï-13.

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