LES ESCLAVES ET LES OUVRIERS AGRICOLES. 76S
ensuite les deux tiers de la récotte brute. Le locataire s'obligeait à administrer le fonds comme un bon père de famille, pendant la durée de son bail : il entretenait les bâtiments et le matériel, il refaisait les haies, il réparait les machines à puiser, il curait les rigoles1. H possédait rarement assez d'esclaves pour se tirer d'affaire rien que par leur aide : ceux qu'il avait achetés lui suffisaient avec le concours de ses femmes et de ses enfants pour venir à bout des travaux courants, mais dans les moments de presse et surtout au temps des récoltes, il allait chercher au dehors les bras qui lui
manquaient. Les temples lui en procuraient autant qu'il en souhaitait ; le plus grand nombre de ces auxiliaires étaient pourtant des hommes libres, que leur famille engageait ou qui s'engageaient eux-mêmes pour un temps déterminé. C'était une sorte de servitude à terme dont la loi fixait les conditions. L'ouvrier abdiquait sa liberté pour quinze jours, pour un mois, pour une année entière : il vendait un morceau de sa vie au maître provisoire qu'il s'était choisi, et, s'il n'entrait pas en fonction dès le jour convenu, ou s'il ne déployait pas l'activité qu'on attendait de lui, il était passible do. peines sévères. Il recevait en échange la nourriture, le logement, même l'habillement, et si quelque accident le frappait pendant la durée de son service, la loi lui accordait une indemnité proportionnée au dommage qu'il avait
1. tliwussiw. Cuil. Im. IV. A*., t. 11. pi. 11, 1. 29-31), col. Il, I. 9-19, et Y*. Lktosimnt, Èludr* Acrndicnnei. t. Il, p. -Ii-i:i, t. III, p. 1" ; cf. Oprmï-SfKïi'.T, Document! juridique* de VAtxurir ri de la ï.kaWe, p. ifi, Ï7-SH.
i. Dent in de Fauchcr-tiadin. d'âpre» une intuitif chatdtcnne reproduite dont L*itan, Inli-otlttHian à l'Hiitoirx du culte public ri des Myitère* rie Mit/ira rit Orridetit et en Orient, pi. \\\\\, n° ;• L'original est auCabinel de» Médailles de la Bibliothèque Nationale (Ciuwiiii.i.et, Catalogue g f aérai, n'9»1);
Tfifi LA CIVILISATION CHALOËENNE.
souffert1. Sa solde moyenne oscillait entre le taux de quatre sicles d'argent et celui de six par année. L'usage lui allouait un sicle en guise de denier à Dieu, et il touchait le reste mois par mois quand la convention était à longue date, jour par jour quand il s'agissait d'une location momentanée : on le payait souvent en grain.
Le mercenaire ne s'abaissait jamais à l'état de chose, ainsi que le serf ordinaire; il gardait sa qualité d'homme, et il avait pour défendre ses intérêts un patron qu'on fui indiquait d'office ou qu'il élisait lui-même*. Son temps achevé, il rentrait dans sa famille et reprenait ses occupations ordinaires jusqu'à l'occasion prochaine : beaucoup de très petits cultivateurs gagnaient ainsi, en peu de semaines, de quoi suppléer à la modicité de leur revenu personnel. D'autres recherchaient des emplois plus stables et s'enrôlaient comme valets de ferme. Les terres que le flot n'atteignait pas, ni l'irrigation artificielle, se tapissent en mars de graminées printanières où l'on envoyait les troupeaux se refaire. La présence des lionB et des animaux féroces obligeait alors les fellahs à prendre des précautions minutieuses. Ils construisaient des parcs mobiles où leurs bêtes s'abritaient chaque soir, quand les pâturages étaient trop éloignés pour qu'elles pussent réintégrer la bergerie. Us chassaient entre temps, et il ne se passait pas de jours où ils ne rapportassent avec eux un faon de gazelle attrapé au piège, ou quelque lièvre percé d'un coup de flèche. C'était du renfort pour le garde-manger, car il ne semble pas que les Ghaldéens aient aimé comme les égyptiens à s'entourer d'animaux apprivoises, grues ou hérons, gazelles ou cerfs* : ils se contentaient des espèces utiles, les boeufs, les ânes, les moutons, les chèvres. Quelques monument* de vieux style, cylindres ou
I. H.iWLUtox, Cuil. lu*. H. Al . 1. Il, pi. 10, roi. n. I. 18-H; cf. Opfkut-SIesaït, Document» juridique» <lr ÏA*»yrie et de la Chaldée, p. SR-5B.
3. MtGiSMM, BrilrSor :m« atlbabutiminrheu Prigotrtrht, p. 10-11.
3. Demin de Vaucher-f.iidin. it'aprr» un cylindre en marbre vert du Mutée ilu I.ourrr (A. DE Loirertnit.K, Xolire det antiquité» Afuririme», i'éi-, p. lui, n* l«l).
•t. Cf. |i. Ill-fl-l de celte Hiitnirere qui e»l dit des troupes il ï de cmelles des Cnypliem et de lii faenn dont on les recrutait. W. Hoighto*. Oh the Marnmatiaof the Aiiyriatt Sculpture», dans les Trantaetintit Of the Society of Uiblical Arrhrahgy, l. V, p. *S sqq.