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L'ASTRONOMIE

Le nombre des faits précis que les astronomes chaldcens avaient coordonnés était assez considérable. L'antiquité se demandait parfois quî, d'eux ou des Égyptiens, avait osé premier s'aventurer du regard à travers les espaces infinis du ciel : elle n'hésitait plus quand il s'agissait de décider qui les avait pénétrés plus avant, et elle accordait la supériorité aux prêtres de fiabylone sur ceux d'Héliopolis ou de Memphis'. Leurs observations remontaient fort loin dans le passé1. Gal- Hsthènes en avait récolté et envoyé à son oncle Aristote, dont les plus

vieilles avaient été faites c*»te m mih cbalbém».

il y avait alors dix-neuf

cent trois ans, vers le milieu du vingt-troisième siècle avant notre ère* : il aurait pu en transcrire de beaucoup plus antiques, si les archives des temples lui eussent été ouvertes sans réserve. Les prêtres chaldéens avaient pris très tôt l'habitude d'enregistrer sur leurs tablettes d'argile l'état du firmament et les altérations quî y surviennent nuit après nuit, l'aspect des constellations et la vivacité de leurs feux, le moment précis de leurs levers, de leurs culminations, de leurs couchers, le plus ou moins de vitesse dont elles s'approchent ou s'éloignent, s'attirent ou se repoussent mutuellement. La vue seule, aiguisée par la pratique et favorisée par la transparence de l'air, leur révélait, comme

I. Clément d'Alexandrie (Slromatri, I. I, 16, § 74), Lucien (De Atlrologiâ. S, 8-9), Dîogène Lacrce {Prammium, aux Vie» des PhUotopke», g il), Macrobc (Sur le Sange de Scipioa, I, H, ,S 9) attribuent l'invention rie l'astronomie aux Égyptiens, et Diodore de Sicile (1. 18-19) assure qu'ils renseignèrent aux Dnbyloniens; Josèphe affirme au contraire (Ant. Jud., I, 8, 1) que les Egyptiens étaient les élevés des l'.haldéena.

t. Ëpigène affirmait que leurs observations remontaient a 7Ï0 000 ans avant le temps d'Alexandre, tandis que Bérnsc cl Critodèrae ne leur accordaient que IttOOOOans d'antiquité (Pline, Mit. Hat., Vil, 57). rérinits a 173 000 ans par Diodore (II, 31), à 170000 ans par Cicéron (De Dirii/aliont, I, 19). à 470 000 ans selon Hipparque.

3. Driiin de Fauc/ier-Gudin, d'aprt» le croqui' de Pus», Eine Bat/yloniicke I.nndkarte, dans la Zeiltchrift fur Aityriologie, t. IV, p. 369.

*. Le nombre rie 1003 ne se trouve introduit que par correction dans le lexle de Simplicius (Cnm- : lur te traité de Cœlo (TAriitote, p. 50Ï o),qui noua apprend, d'aprèa Porphyre, l'envoi fait e par Caliislhènea.

aux Égyptiens, l'existence de beaucoup d'astres que nous n'apercevons qu'avec nos instruments. Ces milliers d'êtres lumineux, jetés au ciel si irrégulièrement en apparence, se mouvaient pourtant avec une régularité parfaite, et l'on apprit bientôt combien de temps s'écoulait entre deux retours périodiques de l'un d'eux au même point du ciel : on était certain de les rencontrer ici à telle heure, là-bas à telle autre, et leur route était tracée de façon si immuable qu'on osait en prévoir les étapes et les indiquer. La lune devait parachever deux cent vingt-trois révolutions de vingt-neuf jours et demi, avant d'être revenue au ooint d'où elle était partie. Sa carrière terminée à peine, elie en recommençait une seconde de valeur égale, puis une troisième, et d'autres encore en somme incalculable, pendant lesquelles elle parcourait les mêmes mansions et y répétait les mêmes actes de sa vie : toutes les éclipses qu'elle avait subies pendant la première période l'affligeaient de nouveau pendant les autres, et se manifestaient sur elle pour tous les lieux de la terre dans le même ordre de temps et d'importance1. Les expliquait-on par quelque cause mécanique ou continuait-on à se les figurer comme autant d'assauts malheureux des sept contre Sin'? De toute manière, elles se représentaient périodiquement, et la connaissance du système des deux cent vingttrois lunaisons permettait d'en prédire exactement la date ou la durée. L'observation poussée plus loin encouragea les astronomes à essayer pour le soleil ce qui leur avait réussi pour la lune. On n'a pas besoin d'une très longue expérience afin de découvrir que la plupart des éclipses solaires sont précédées ou suivies à environ quatorze jours et demi d'intervalle par une éclipse lunaire : les Chaldéens ne surent pas tirer un parti suffisant de ce fait pour déterminer avec exactitude le moment d'une défaillance future du soleil, mais la liaison apparente des deux phénomènes les frappa assez pour qu'ils se crussent en état de l'annoncer par à peu près3. Ils se trompaient souvent dans leurs pronostics, et plus d'une éclipse qu'ils avaient promise ne se produisit pas au moment où ils l'attendaient* : les cas de succès étaient pourtant

1. Cette période de deux cent vingt-trois lunaisons est celle que Ptolémée décrit au commencement du 1. IV de son Astronomie, où il traite du mouvement moyen de la Lune. Les Chaldéens ne paraissent pas avoir su s'en servir d'une manière bien habile, car leurs livres signalent l'arrivée imprévue d'éclipsés lunaires en dehors du temps pré\u (Rawlinson, Cun. Ins. W. As., t. III, pi. 51, n# 7, et pi. 55, n° 1).

2. L'explication mythologique semble prévaloir encore dans le traité publié par Rawlinsos, Cun. Ins. W. As., t. III, pi. 61, col. il, I. 15-16; cf. Fa. Lenormant, les Origines de l'Histoire, t. I, p. 523.

3. Tannery pense que les Chaldéens ont dû prédire les éclipses du Soleil par le moyen de la période des deux cent vingt-trois lunaisons, et montre par quel moyen fort simple ils ont pu y arriver (Pour V histoire de ta Science Hellène; de Thaïes à Ernpc'docle, p. 57-60).

4. Un astronome mentionne sous Assourbanabal que, le 28, le 29 et le 30 du mois, « il se tint prêt à observer une éclipse, mais que le soleil demeura brillant, et l'éclipsé ne vint pas » (Rawlinsok, Cun. Ins. W. As. y t. III, pi. 51, 9; cf. Fox Talbot, On an Ancient Eclipse, dans les Transactions de la Société

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