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LES DIEUX D'ORIGINE ÉTRANGÈRE

homme de figure étrange et de caractère inquiétant, un nain à la grosse tète et aux pommettes saillantes, à la bouche largement ouverte d'où pendait une langue énorme, à la fois belliqueux et jovial, ami de la danse et des combats'. Tous les peuples que les Pharaons soumirent à l'époque historique cédèrent quelques-unes de leurs principales divinités à leurs vainqueurs, et l'on vit trôner dans la vallée le Libyen Shehahidi aussi bien que le Sémite Baàlou, avec son cortège d'Astartés et d'Aniti, de Resheph et de Kadshou1. Il en fut de ces colons divins comme de tous les étrangers qui ont essayé de s'implanter aux bords du Nil : le pays se les assimila promptement, les travailla, les

repétrit, et tira d'eux des Égyptiens à peine distincts des dieux de vieille race. Ce panthéon mêlé graduait ses nobles, ses princes, ses rois, et représentait en chacun d'eux l'un des éléments qui constituaient le monde ou l'une des forces qui en règlent l'ordonnance. Le ciel, la terre, les astres, le soleil, le Nil, comptaient pour autant de personnes respirantes et pensantes dont la vie se révélait chaque jour dans la vie de l'univers. On les adorait d'un bout de la vallée à l'autre, et le peuple entier s'accordait à proclamer leur puissance souveraine : mais le consentement cessait dès qu'il essayait de les nommer, de définir leur pouvoir et leurs attributs, de préciser le corps qu'ils revêtaient ou les rapports qu'ils entretenaient entre eux. Chaque principauté, chaque nome, chaque ville, presque chaque bourgade les concevait et les figurait à sa

. !. Bisou x été étudié de très près par l'Ieyto {Chapitre* tupplèmentaire* du Livre de* Mort*, Traduction et Commentaire, p, lll-INi) ei par Krall [Veticr de» iKgypti*chea tiotl Bei, dans BKvmoiir- Xie»*»fi, dat lleroon non GjBlbatchi-Tryni, p. 'it-VCij. Il est ligure en cul-do lampe sous le; sommaire du présent chapitre, d'après une amulette en terre cuilo émaillée hloue : le dessin est de Fauclicr-nudiu

t. Shchadidi se rencontre dans te nom d'un certain l'étésheuadidi, dont la statue est passée de la collection Posno (Antiquité1* Egyptienne*, 1R83, p. I:i, n" 57 et pi. ï] au Musée de Berlin; cf. le dieu Saharouaou. cité par NtSfKRO, Sur deux ilèle* récemment découverte*, dans le Ileriieit. (. XV, p. 8;i. I.ch dieux sémitique» introduits en f:j;jplc ont été étudiés longuement par M. de Vogue [Hél/nti/nt d'Archéologie Orientale, p. 41 sqq., "H sqq.) et par Ktl. Noyer (tleber einige Semîliiehe Oolter, g II, Semitiichc GSIIerm Xgypten, dans la ZeiUchrift d. Deut. Norg. C.ctetUchoft, t. XXXI, p. 7*1-74»}.

H. Le monstre a tète d'éporvicr et à queue fleurie ligure dans cette vignette s'appelait la toga.

façon. Les unes disaient que le ciel est Horus le Grand, Haroêris, l'épervier ts bariolées, qui plane au plus haut des airs et qui emi de son regard fixe le champ entier de ia création', ne son nom assonait en calembour au terme horou qui igné le visage humain, on mêla les deux sens, et on joint à l'idée de l'épervier celle d'une face divine dont les deux yeux s'ouvrent tour à tour, l'œil droit, le soleil, pour éclairer les jours, l'œil gauche, la lune, pour illuminer les nuits'. Elle possédait d'ailleurs sa lumière propre, la lumière zodiacale, qui éclatait à des intervalles imprévus, le matin ou le soir, un peu avant le lever, un peu après le coucher du soleil : les rayons brillants, partis d'un point commun perdu dans les hauteurs du firmament, se répandent en une large nappe d'un bleu humide et dessinent le profil d'une pyramide dont la base s'appuie sur le sol, mais dont la pointe s'incline légèrement vers le zénith*. Quatre grosses nattes de cheveux encadraient symétriquement le isage divin et le rattachaient à la terre; c'étaient les liera qui étayent le firmament et qui l'empêchent de crouler sur nos têtes*. Une tradition non moins antique irtait comme une fable ce qu'on racontait de l'épervier de la face, et enseignait que le ciel et la terre forment un le de dieux, Sibou et Nouît, dont le mariage produit tout i a été, tout ce qui est, tout ce qui sera. La plupart leur uaient une figure humaine et représentaient volontiers le soin l'éiol* ' dieu-terre Sibou étendu sous Nouît l'étoilée; la déesse étirait ses bras, étirait ses jambes grêles, étirait son corps au-dessus des nuages et penchait vers l'Occident sa tête échevelée. Mais beaucoup

1. On adiuel gé né raie m en I que Hnroëris est HA, le soleil (Rkit,sch, Religion und Mythologie der alleu .£gyptcr, p. 52 U sqq.). Ilaroeris, adoré dans ta Haule-Êgypie, y foi-mail, avec Slt d'Ombos, un roupie représentant le ciel et la terre (Masi-eto, Eluda de Mythologie et d'Archéologie, l. El, |>. 3Ï!I sqq.)', on le» dépeignait souvent comme un personnage à dcui Wles(LtPSius, llenkm., I[|, i3ib).

t. ¥.. I.i.uLhue, les Vi-uj- d'Iloita, p. !>fi-!IR. I.e rôle des deux veut de l'HoruB céleste, mlir, oi nln, a clé reconnu en premier lieu par Brugsrh (GeogrophUche htichriften, t. I. p. T5).

3. Drk.sch, £ ou la lumière zodiacale, dans les Proceedingi de la Société d'Archéologie Biblique, 18!i*-IS93, I. XV, p. *33 sqq.; llfMiiw Gitisn*. Im Ileiche Aet Lichtei. Soanen, Zodiakallichter, Komrleii, DSmmerungiticht-Pyramiden naeh deu iilteiten ngyptiiehen Quellea, 1893.

4. Le» Iraiet cl les dieu* qui y président sont mentionnés dans les Pyramides (Papi I", I. 436-411), Miriuri, l. 613-656; et. Misrnio, Eludes de Mythologie et d' Archéologie, I. Il, p. 306-36").

5. Dettin de Faucher-Gudin, d'aprei une peinture d'un cercueil de la XXP dyiiattie à fayde.

LEURS FORMES CuNTKADICTlHKËS. 87

croyaient aussi que Sibou se cache dans un jars colossal dont la femelle avait pondu jadis l'œuf du Soleil, et peut-être le pondait encore chaque matin : les cris perçants par lesquels il félicitait sa compagne et annonçait la bonne nouvelle à qui voulait l'entendre, comme c'est la mode en pareil cas chez ses

teur!. D'autres versions répudiaient l'oie, et lui substituaient un taureau vigoureux, le père des dieux et des hommes3. Sa compagne devenait alors une vache, une Hàthor aux larges yeux et à la belle face. Le chef de la bonne bête monte dans les profondeurs d'en haut, les eaux mystérieuses où le monde est noyé roulent sur son échine, les habitants de notre terre aperçoivent d'elle le ventre abondamment semé d'étoiles que nous nommons le firmament : ses jambes sont les quatre piliers, dressés aux quatre points cardinaux du monde*. Selon qu'on se figurait le ciel, les astres et surtout le soleil changeaient de forme et de nature. Le disque de feu — Atonou — , par lequel le soif il se

I. Destin de Fauclicr-Gudin. d'aprtéunc ttele du Minée de tlntlt [fiittfmiT, le Mutée Égyptien, pi. NI). Ce n'est pas ici l'oie île Sihou, mais l'oie d'Atnon, colle qu'on nourrissait Huns te temple île karnak et qui s'appelait Srnonou : devant l'oie, la châtie de Moût, femme d'Amon. Amou. étant à J'ori^iniun dieu-terre, mranwtliius le verrons, se cou Tondait avec Si liou et lui prenait naturellement sa forme d'oie.

■J. Livre des Mort; ch. liv, éd. N.ivh.lk, t. I, pi. LXVI ; cf. Umge-IImoi'f, Seb the great Caekler, dans les l'roceedingt de la Société d'Archéologie Biblique, t. VII, p. liii-ir.i. Sur l'ieuf de Sibou, et en général sur les idées que les fie;, pi uns nttai-haient il l'œuf, voir Unturae, l'Œuf dam la Iteligjou Egyptienne (dans la lictue de l'Hittnire des Retigioiu, t. XVI, p. 16-45). Divers égyptologue*, Orugsrh (Religion nnd Mythologie, p. ITM73), l.ieMeiu [l'rmci-diagt, tRHi-IMM'i. p. tty-tnnj. considèrent a l'inverse que le siejie de l'oie, employé dans l'écriture, rouranle pour rendre le nom il u dieu, a donné naissance au mythe d'après lequel le dieu aurait eu la forme d'une oie.

II. C'est pour ce motif qu'il est appelé taureau de Souil dans la pyramide d'Uunan il i'.ii).

4. En voir l'image chez UnSmint, le Tombeau de irtf I", dan» les Mrmoirei de la Million, I. Il,

HH LES DIEUX fit I, ÊCYI'TK.

révèle aux hommes, était un dieu vivant appelé Rà ainsi que l'astre lui-même1. Où l'on concevait le ciel comme un Horus, Rà^ servait d'œiï droit à ta face divine*: quand il entrouvrait ses paupières lematin.il produisait l'aube et le jour; quand il les refermait vers le soir, les ténèbres et la nuit ne tardaient pas à paraître. Où le ciel s'incarnait en une déesse, on donnait Râ pour fils à cette déesse et au dieu Terre1 : il naissait et renaissait à chaque aurore nouvelle, la tresse sur l'oreille et le doigt aux lèvres, dans la pose conventionnelle des enfants humains. C'était lui encore l'œuf lumineux que l'oie céleste pond et couve à l'Orient, et d'où l'astre éclôt pour inonder l'univers de ses ravons'.

Toutefois, par une anomalie fréquente s dans les religions, l'œuf ne contenait

pas toujours un oiseau de même

espèce : un vanneau, un héron en sortaient', ou bien, en mémoire d'Horus, un

I. Le nom dp lia a été expliqué dp diverses manierea. L'élymolofjio la plus répandue y reeonnalt

par exrellouoe (IIib.h di.us Wit.vrssin, Mannera and Cuttomt, ±- éd., t. III, p. *14), l'aulour de tout (liait,*. n, Religion tinil Mythologie, p. 8fi-8T); l.aiilh (Aut /Egyptem Voneit, p. tfi, B8) va jusqu'à déclarer que • US, malgré sa brièveté, esl un composé (a-t. faiseur — i*lre) ■. l.o mot n'csl m réalité que le nom inouïe dp l'ji^lrc n [■ p-l ■■] ■]'- au dieu. Il sijfnitir- toleit, rien de plu*.

t. Los loxlcs d'Edmii inonlionnenl la faee d'Ilorus, munie de ici deux yeux (Naïille, Tertrt relalift ou mythe d'Ilonië, pi. XXII, I. I): pour l'identinealion do l'teil droit du cliou aver lo soleil. cl\ les preuves irrécusables qu'uni recueillies Oiabas {Lettre à M. te f>' U. J.cptim »«r (et umlt fgyplirnt tiguifiant la droite el ta gaurhe, dans la Zeittchrift, IRt",. p. 10) ot l.epsius {An Herrn F. Chabot, ùber redit* and links in Hieroglyphitehen, dans la Zeittchrifl, I8fir>, p. 13).

S. Plusieurs passages tics r>iartiiilrs prouvent qui1, très anciennement, on se représentait les deux yeux roimiio appartenant à la facp dp Nouft (Papi I", 1. KHI), et coite conception persista jusqu'aux derniers joins ilu paganisme emplie». Nous ne devons doue pas nous étonner si les inscription* nous montrent lo plus souvent le dieu 11.1 sortant du sein de Tioult sous la forme d'un disque ou d'un scarabée, ot naissant d'elle à la façon dont naissent les enfants des hommes (Papi 1", I. tu. llï, fi», etc.).

i. Ce sont les expressions mêmes qui sont employées au chapitre vvu du livre dei Mort! (éd. Ti.i- (illk. t. I. pi. XXV, I. :;«-«|; Lui-sus, Totllenbueh, pi." IX, 1. uO-SIL

S. Dettin de llovditr. d'âpre* la statue en batallr vert du Mimée de Giifh. A'A'.V* dynattie IMvspr.nn. Guide du Visiteur, p. SIS, n'frilS). Kilt- a été publiée deux fois par Mahiktte, Monument» direr*, p[. OH A-H. ol Album photographique du Maure île Hoalaq, pi. X.

ronstaiilo dont il est mis eu rapport avec lloliopoli- el aver ses dieux nous montre aussi on lui une l'omit! serouiliiire tle IIS. Cf. la ligure t|ue le soleil prend pondant la Iroisienio heure tin jour, dans lo texte p.rlilié ot expliqué par Bai i.min, Die Kapitel der \ ei teand lange n (Zeittchrifl. ISO", p. ■ÎH).

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