LE SOLEIL HOMME
de ces beaux éperviers dorés communs dans l'Egypte méridionale1. Un soleilépervier planant au ciel à pleine envergure offrait du moins à l'esprit une image poétique et hardie, mais que dire d'un soleil-veau? C'était pourtant sous l'aspect innocent et naïf d'un veau tacheté, d'un « veau de lait à la bouche
pure J » , que les Égyptiens se plaisaient à le décrire, quand ils faisaient de Sibou, son père, un taureau, et d'Hàthor une génisse. La conception la plus fréquente était encore celle qui comparait la vie du soleil à celle de l'homme. Les deux divinités qui président à l'est recevaient Tastre sur leurs mains, au sortir du sein maternel, comme les accoucheuses reçoivent le nouveau-né, et l'entouraient de soins pendant la première heure du jour et de sa vie4. 11 les
1. Livre det Morte, cil. m-ri (Ut., édit. INaville, pi. I.XXXVIH. 1. S sqq.] et ch. LXXflII (pi. LXXXIX); ef. les formes du soleil pendant la troisième cl la huitième heure du jour dans le texte public el explique par Bmjckk, Die Kapi'el der Vericandlungen (ZeiUchrift, 1867, p. 23-24).
2. te» doute forma du loleit vivant pendant tri douze heures du jour, d'après te plafond de la salie du Nouvel An à Edfou (RocHïKOsrEix, Edfou, pi. XXXIII c). — Dessin de Fauclur-Gudin.
3. Le veau est représenté au chapitre eu du Livre det Horti (édit. Naville, pi. CXX). où le texte dit (I. 10-11) : • Je sais que c'est HarmaUiU le Soleil ce veau, qui n'eat autre que l'Étoile du malin • saluant Hi. chaque jour ■. L'expression veau de lait à la bouche pure est empruntée mot pour mol à une formule que les textes des Pyramides nous ont conservée (Ounoa, I. !0).
4. L'accouchement de la déesse et la naissance du soleil étaient représentés en détail à Ermcnt (ClUFOLLHffl, Monument», pi. CXLV; Rojbllipu, Monument i det C.ullo, pi. Ll 1-1.1 II et Texte, p. 233 sqq. ;
quittait bientôt et s'avançait <r sous le ventre de Nouit », grandi et affermi de minute en minute : à midi, c'est un héros triomphant dont la splendeur s'épanche sur toutes les créatures. Mais à mesure que la nuit approche, ses forces l'abandonnent et sa gloire s'obscurcit : il se courbe, il se casse, il se traîne péniblement comme un vieillard appuyé sur son bâton1. Il s'évanouit enfin derrière l'horizon, il plonge à l'Occident dans la bouche de Nouît, et lui traverse le corps pendant la nuit, pour renaître d'elle au matin prochain et pour voyager de nouveau sur les chemins qu'il avait parcourus la veille*.
Une première barque, la Saktîtr\ l'attendait à son apparition et l'emmenait à travers l'Orient aux extrémités méridionales du monde. Une seconde barque, la Mâzît\ le prenait au midi et le transportait dans le pays de Manou, à l'entrée de l'Hadès; d'autres barques moins connues le conduisaient par la nuit, de son coucher à son lever matinal6. Tantôt on supposait qu'il y montait seul : alors elles étaient fées et se dirigeaient d'elles-mêmes, sans rames, sans voiles, sans gouvernail*. Tantôt on les armait d'un équipage complet, composé comme celui des barques égyptiennes, pilote à l'avant pour sonder le chenal et pour sentir le vent, pilote à l'arrière pour gouverner, quartier-maître au milieu pour transmettre au pilote d'arrière les commandements de celui d'avant: une demi-douzaine de matelots maniaient la perche ou l'aviron7. La barque glissait pacifiquement sur le fleuve céleste, aux acclamations des divinités qui en habitaient les deux rives. Parfois cependant Apôpi, un serpent gigantesque, analogue à celui qui se cache encore dans le Nil d'ici-bas et qui en dévore les berges, sortait du fond des eaux et se dressait sur le chemin du dieu8 :
Lepsius, Denkm., IV, pi. 60, a, c, d), et plus brièvement sur le sarcophage d'un des béliers de Mondes, qui est conservé au Musée de Gizéh (Mariette, Monuments divers, pi. LXVI et Texte, p. 13-14).
1. Le progrès et la décroissance des formes du soleil sont marqués nettement dans le tableau que Brugsch a publié le premier (die Kapitel der Verwandlungen, dans la Zeitschrift, 1867, p. 21-26 et planche; Thésaurus Inscriptionum sEgyptiacarum, p. 55-59), d'après le cercueil de Khâf au musée de Gizéh, et d'après deux tableaux de Dendérah (Description de l Egypte, Ant., t. IV, pi. 16-19) et de la Chambre du Nouvel-An à Edfou (Chanpollioh, Monuments de VÈgypte et de la Nubie, pi. CXXII1 sqq. ; Rocheuonteix, Edfou, dans les Mémoires de la Mission du Caire, t. IX, pi. XXXIII c).
2. Maspero, Études de Mythologie et d' Archéologie Égyptiennes, t. II, p. 218, note 2.
3. La forme la plus ancienne du nom e*tSamktit (Teti, 1. 222: Papi Pr, 1. 570, 670, etc.). Brugsch (Dictionnaire Hiéroglyphique, p. 1327-1328) a fixé le premier le rôle de la Sakttt et de la Màzft.
4. Mânzit, avec la nasale intercalaire, dans les textes les plus anciens (Teti, 1. 222, 223, 344, etc.).
5. Dans les formules du Livre de savoir ce qu'il y a dans tlladès, le soleil mort continue à monter la barque Saktft pendant une partie de la nuit. Il ne change de barque que pour traverser les quatrième et cinquième heures (Maspero, Etudes de Mythologie et d' Archéologie Égyptiennes, t. Il, p. 69 sqq.).
6. La barque que le soleil navigue dans l'autre monde est de ce genre : bien qu'elle porte un équipage complet de dieux, elle avance la plupart du temps sans leur secours, par sa propre volonté. On rencontre la barque où le soleil est figuré seul, dans beaucoup de vignettes du Livre des Morts (édit. Navillk, pi. XXX, La, Ag, pi. CXIII, Pe, CXXX1II, Pa, CXLV)et au sommet d'un grand nombre de stèles.
7. Maspero, Études de Mythologie et d* Archéologie Égyptienne**, t. Il, p. 38-39.
8. La croyance au serpent monstrueux qui habite au fond du IN il et qui incarne le génie du fleuve est fort répandue dans la liait te-Égypte. Au retrait de l'inondation, il produit les éboulements (balabit) qui détruisent souvent les berges et mangent des champs entiers : on lui fait alors des offrandes de