LES TRIADES
mou séduisit et épousa les deux fées de la cataracte voisine : Anoukit, l'étreigneuse, qui serre le Nil entre ses rochers de Philae à Syène, Satît, l'archère, qui décoche le courant avec la raideur et la rapidité d'une flèche'. Où c'était la déesse qui régnait sur la cité, la triade se compléta de deux mâles, un dieuconsort et un dieu-fils : Nit de Sais épousa Osiris de Mendè enfanta de ses œuvres un lionceau, Ari-hos-nonV; Hâthor Dendérah recruta sa maison d'Haroèris et d'un Horus plus jeune qui reçut le sobriquet d'Ahi, le batteur de sistre*. Les unions du premier genre ne portaient pas de fruits légitimes, et par conséquent mécontentaient un peuple chez qui le manque de postérité était considéré comme une malédiction d'en haut; celles où la présence d'un fils semblait assurer la perpétuité de la race répondaient mieux à l'idée d'une famille prospère et bénie, telle que celle des dieux devait l'être. Les triades à deux déesses se rompirent presque partout en deux triades nouvelles, dont chacune renfermait un dieu-père, une déesse-mère et un dieu-fils. Deux ménages féconds sortirent du ménage stérile de Thot avec Safkhîtâboui et Nahmâouit, l'un composé de Thot, de Safkhitâboui et d'Harnoubi l'épervier doré', l'autre dont Nahmâouît faisait partie avec son nourrisson Nofirhorou'. Les personnes complémentaires des vieilles divinités féodales n'appartenaient pas toutes à la même catégorie. Il y en a, surtout parmi les déesses, qui ont été fabriquées sur commande, et qu'on pourrait qualifier de grammaticales, tant l'artifice de langage qui leur a donné naissance se reconnaît aisément : on a tiré de Râ, d'Amon, d'Horus, de Sobkou, des Rà, des Amon, des Horus, des Sobkou femelles, en
encore (Ledrus, le Popyrui de huynet, dans le Recueil de Travaux, t. I, p. 91 . cT Mi»rt« >. Etudes de Mythologie et d'Archéologie Égyptienne!, I. 11). Elles son! représentées deb.n;t ilrmêri- leur mari, au Papyrus de Luynes par exemple {Recueil, I. I, planche annexe au mémoire de M. I.edrain). I. Mmpsm, Élude» de Mythologie et d'Archéologie Égyptiennes, t. II. p. Ï73 sqq î. Arihosnofir signifie le lion don! le regard fascine de façon bienfaisante iliiioi, Religion uni! Mythologie, p. 349-351). On lui applique aussi le nom de Toutou, qui paraît devoir se traduire le bondUtanl, et n'être qu'une épithète caractérisant l'une des allures du dieu-lion.
3. Brugsch (Religion und Mythologie der alten AZgyptcr, p. 3"fi) explique le nom d'Alii par celui qui fait manier ses eaux, et reconnaît dans le personnage, entre autres choses, une Tonne du \i\. L'implication que je propose est justifiée par les nombreux tableaux où l'on voit l'enfant d'Hathor qui joue du sistre et de la monûil (I.iMost. Dhionario di Mitologia, pi. XL, î-3) ; ahi, ahtt est d'ailleurs te titre constant des prêtres et prêtresses qui batlent, dans les cérémonies, le sistre et l'autre instrument mystique, le fouet bruyant appelé monâtt (cf. Maspero, dans la Revue Critique, 1893, t. 1, p. Î89).
4. Celte triade assez rare a été signalée par Wilkinson (Manners and Cuslomt, i' edit., t. III. p. 330); on la rencontre sculptée sur la paroi d'une chambre des carrières de Tourah.
h. Drcssch, Religion und Mythologie der alten AZgyptcr, p. 493-484.
fi. Destin de Faucher-Gudin, d'après une statuette eu brome incrustée d'or, du Musée de Gi^h (Mil Uni, Album du Musée de Roulaq, pi. fi) ; le siège est en albâtre et de fabrication moderne.
ajoutant la finale régulière du féminin au nom masculin primitif, Ràit, Amom't, Horit, Sobkit1. De même, plusieurs dieux-fils sont dos surnoms détachés du dieu-père et pourvus d'un corps pour la circonstance : Imhotpou était une épithète de Phtah et signifiait celui qui vient en paix avant de s'incarner au troisième membre de la triade memphite*. Ailleurs on a conclu l'alliance entre divinités de souche antique, mais originaires de nomes différents : c'est le cas pour Isis de Bouto et Osiris le Mendésien, pour Haroèris d'Edfou et Hâthor de Dendérah, pourSokhit deLétopolis et pour fiastit de Bubaste, quand on s'empara d'elles afin de les unir à Phtah de Memphis, dont le fils est Nofirtoumou1. Dans la plupart des cas, les convenances de voisinage déterminèrent ces unions imprévues : on maria les divinités des principautés limitrophes comme les rois de deux États voisins marient leurs enfants, afin de nouer ou de consolider les relations et d'établir des liens de parenté entre des pouvoirs rivaux, dont l'hostilité continuée sans relâche aurait ruiné promptement des peuples entiers.
La mise en triades, commencée aux temps primitifs, continuée sans interruption jusqu'aux derniers jours du polythéisme égyptien, loin d'enlever quelque chose au prestige des dieux féodaux, le rehaussa plutôt aux yeux de la foute. Si puissants seigneurs que les nouveaux venus étaient chez eux, ils n'entraient dans une cité étrangère qu'à titre auxiliaire et sous la
condition d'en subir la loi religieuse. Hâthor, souveraine à Dendérah.
se faisait petite à Edfou devant Haroèris et n'y conservait que le rôle assez
effacé d'une femme dans la maison de son mari\ En revanche, Haroèris à
I . Mispf.FKi. Élude* de Mythologie rt d'Archéologie Egyptienne!. I. Il, p. "-R, 456.
t. imholpou, l'Imouthès des Grecs et identifié par eux avec Asklépios, a été découvert par Sait (ËiMi «ar lei Hiéroglyphe*. Ir. franc., p. l'-aH, pi. III, I) et le nom traduit d'abord par celui gui vient avec l'offrande (Arlidule-Binoiii-Rifigii, tlallery of Antiguitiei telected front Ihe Ilritiih Muteuni, p. iB). La traduction celui gui vient ai paix, proposée par F. ai: limité, i«l Aujourd'hui udiiptéu de tous (il iirr.se H, Uetigion und Mythologie, p. Kï6 ; Pinmi.r, le Panthéon Egyptien, p. 17 ; Wiehebaks, die Religion der alten /Egyptcr, p. 7"). imhotpou ne prit corps qu'au temps du Nouvel Empire; sa grande popularité à Memphis et dans le reste de l'Egypte date de l'époque salte et grecque.
3. Nofirtoumou parait avoir été à l'origine le fils des déesses à télé de chatte ou de lionne. Basttl cl Sokhlt, et peul avoir reçu d'elles la télé de lion qu'il possède dans bien des cas (cf. Loiois, Dhionario di Milolagia, p. 385, pi. CXLVII, t. CXLVIII, 1-2). Son nom montre qu'il Tut d'abord une incarnation d'Atoumou, mais il passa au dieu Phtah de Memphis quand celui-ci devint le mari de se? mires, et il forma avant Imhotpou le troisième personnage de la plus ancienne Iriadc memphitc.
i. Deuin de Fauchcr-Gudin, daprèt une itatuetle en brome incruitée d'or du Musée de Ghéh (NtMETTE, Album photographigue. du Mutée de Boulaq, pi. 5).
5. Chaque année, i date fixe, la déesse venait en grande pompe passer quelques jours dans le grand temple d'Edfou, auprès de son mari Haroèris (J. ne ttot'ct, Terle* géographique! du temple d Edfou, p. !ii-53: H.«mKTTii, Dendérah, i. III. pi. VII, 73, et Teste, p. tlfl. 1117).