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10R LES DIEUX DE l.'ÉGYPTE.
tait. Deux personnes aussi voisines l'une de l'autre devaient se confondre : elles se confondirent en effet, au point de n'être plus que deux aspects d'un même dieu qui réunissait en lui des degrés de parenté contradictoires dans une famille humaine. Père en tant que premier membre de la triade, fils en tant que troisième membre, identique à lui-même dans ses deux rôles, il était à la fois son propre père, son propre fils et le mari de sa mère1.
Les dieux consistaient comme l'homme de deux parties au moins, l'âme et le corps*, mais l'idée de l 'âme . hi mM mAlli!lt ÀT , varia en Egypte selon les temps et
les écoles : c'était un insecte, papillon, abeille ou mante religieuse'; c'était un oiseau, l'épervier ordinaire, l'épervier à tête humaine, un héron ou une grue — Ai, Aaï — à qui ses ailes permettaient de se transporter rapidement à travers l'espace'; c'était l'ombre noire — khaîbîl — qui s'attache à tous les corps', mais que la mort en peut détacher et qui s'anime alors d'une existence indépendante, jusqu'à se mouvoir et à circuler librement, jusqu'à sortir en plein soleil; c'était enfin une sorte d'ombre claire, analogue au reflet qu'on aperçoit à la surface d'une eau calme ou d'un miroir poli, une projection vivante et colorée de la figure humaine, un double — ha — qui reproduisait dans ses moindres détails
I. l.c rûlc et la genèse desdiouj-filsoul été définis nettement pour ta première fois par E. de Rougé | Explication d'une imcriplion égyptienne prouvant que la ancient Ègypliem ont connu la génération éternelle du Fîtt de Dieu, p. ïl sqq., cf. Annaleë de pkitatophie chrétienne, mai 18SI ; Étude sur vue ttète égyptienne appartenant à ta Bibliothèque impériale, p, 6-7).
i. Pan» un texte des Pyramide», Sàhou-Orion, le chasseur sauvage, prend les dieux, les égorge, arrache leurs entrailles, fait cuire leurs pïères, leur» fuisses, leurs jambes dans nés chaudron* brùlants, et se repaît de leurs aines comme de leurs corps (Ûunat, I. 50!M>11). I.cs dieux n'avaient pas qu'un seul corps et une seule âme: nous savons par plusieurs textes que Ri possédait *r;)l omet et quatorze doublet (Df «Km*. Tempel-Intchriften, I, Edfou, pi. XXIX ; E. vos BtKUKn, Hieroglyphiiche Intckriften, |il. XXX1M, I. 3, et Texte, p. iS, n. t : Batr.scu, Dictionnaire hïérogly- /ihii/uf.. Supplément, p. mi, 1*311 ; LKriGt-llfcjmir, On the truc Sente of an important Egyptian Word, dans les Trantaitiant de la Société d'Archéologie Biblique, I. VI, p. 504-501!).
a. Dettin de Fauchei-Gudin, d'après PUvii,lk. da* Thrbanitehe Todtcnbuch, t. I, pi. C1V, te.
.1. M. Lcpago-Renouf conjecture que l'àme a pu elre à de certains moments considérée comme un papillon, ainsi qu'en Grèce (.! Second fiole dans les l'rocre.dingt (in la Sociélé d'Archéologie Biblique, t. XIV, p. 400); M. Lcfébure pense qu'on a dû parfois l'incarner dans une guêpe, je dirais plutôt dans une abeille ou dans une mante religieuse (Etude tur Abydot dans les Vroceedingt, t. XV, p. 14Î-U3).
II. L'épervier simple exprime surtout lame divine ^,, l'épervier à tète humaine J^,, le héron ou
la grue ^f le* ames tant divines qu'humaines. I,e symbolisme de l'épervier et la prononciation bai du nom de l'aine nous sont connus par Ilorapollon (liv. I. S 7, éd. I.f.khans, p. ». 15I-I3Î).
fi. Consulter sur l'Ombre noire le mémoire de Rihci, On the Shade or Shadoui of the Dead(Trantactiont of the Society of tUblicat Archxology, I, VIII, \i. 3Kii-3[l"), et les ligures qu'il renferme.
aine.
l'image entière de l'objet ou de l'individu auquel il appartenait1. L l'ombre, le double des dieux ne différaient point en nature de l'âme, de
l'ombre, du double des hommes : leur corps était, il est vrai, pétri d'une substance plus ténue et invisible à l'ordinaire, mais douée des mêmes qualités et atteinte des mêmes imperfections que les nôtres. Qui disait les dieux disait donc, à tout prendre, des hommes plus affinés, plus forts, plus puissants,
I. La nature du douille a longtemps été méconnue par le* Ëgyptologues, qui avaient été jusqu'à faire de non nom une sorte <le Tonne pronominale (E. ut HuiiiÉ, Chrettoinatltic Égyptienne, t' partie, p. Iil-*i3). Elle a été proclamée presque simullanémeril, pour l:i première fois eu 1HÏ8, par Naspero (Étude» lit Mythologie el d' Archéologie Égyptienne", t. I, p. I-3J;cf. ibid., p. 3S-3Ï), puis hiunlol après par Lepage-llcnouf (On the trve Srme of an important Kgtjptian Word, dan» les Tratuarlîani of the Society of Biblieal Archirotogy, t. VI, p. 4!M-;iiHI). L'idée que les Egyptiens se faisaient du double et l'influence que l'idée du double a e*ercéc sur leur conception de l'autre vie ont été étudiées surtout par Maspcro (Étndei de Mythologie el d Arekiologit Egyptienne!, t. I, p. 77-91, 3H8-J0I!).
ï. Corniche de la chambre antérieure d'Qliril lui- la terrante du grand temple de Dendrrah, daiin de Faucher-Gudiii, iCapret une photographie de Dl'mcuo, Retultale, t. 1], pi. LIX. I.'ame de gauche appartient à llonis, celle de droite appartient à Osiris, chef de l'Ainenllt ; elles portent l'une cl l'autre sur la télé l'assemblage de haute! plumes qui caractérise les figures d'Anhouri (cf. p. un).
mieux préparés pour commander, pour jouir et pour souffrir que les hommes ordinaires, mais des hommes. Ils avaient des os, des muscles, de la chair, du sang1; ils avaient faim et ils mangeaient, ils avaient soif et ils buvaient; nos passions, nos chagrins, nos joies, nos infirmités étaient les leurs. Un fluide mystérieux, le sa, qui circulait à travers leurs membres, y portait la santé, la vigueur et la vie*. Tous ne pouvaient pas également s'en charger, mais il y en avait plus chez les uns, moins chez les autres, et leur puissance d'action se proportionnait à la quantité qu'ils en contenaient. Les mieux pourvus en déversaient volontiers le trop-plein sur ceux qui en manquaient, et tous le transmettaient à l'homme sans difficulté. La transfusion t'en opérait couramment dans les temples. Le roi ou le mortel ordinaire qu'os voulait imprégner se présentait devant la statue du dieu et s'accroupissait à ses pieds en lui tournant le dos : elle lui imposait alors la main droite sur la nuque, et le fluide qui s'écoulait d'elle pendant les passes s'amassait en lui comme en un récipient. La cérémonie n'avait qu'une efficacité temporaire, et l'on devait la renouveler souvent, sous peine d'en perdre le bénéfice. Les dieux eux-mêmes épuisaient leur sa de vie par l'usage qu'ils en faisaient : les moins vigoureux s'en approvisionnaient auprès des plus forts, et ceux-ci allaient en puiser une plénitude, nouvelle dans un étang mystérieux du ciel septentrional qu'on appelait YÊlang du Sa3. Les corps divins, alimentés sans cesse par l'influx de cette onde magique, conservaient leur vigueur bien au delà du terme alloué aux corps de l'homme et de la bête. La vieillesse, au lieu de les détruire rapidement, les durcissait et les transformait en métaux précieux. Leurs os se changeaient en argent, leurs chairs en or; leur chevelure, échafaudée et teinte en bleu, selon l'usage des grands chefs, se pétrifiait en lapis-lazuli*. Cette transformation, qui faisait d'eux autant de statues animées, ne suspendait pas complètement
1. Le texte de la Destruction des homme* (1. 2) et d'autres documents nous apprennent, par exemple, que les chairs du solqil vieilli étaient devenues d'or et ses os d'argent (Lkfkbirk, le Tombeau de St'ti /«% i° partie, pi. XV, 1. 2, dans le tome H des Mémoires de la Mission du Caire). Le sang de Rà est mentionné dans le Livre des Morts (ch. xvn, 1. 29, éd. Naville, pi. XXIV), ainsi que le sang d'isis (ch. clvi; cf. Mirinrt, I. 774) et d'autres divinités.
2. Sur le sa de vie, dont l'action avait été étudiée partiellement déjà par E. de Rour.it, Etude sutune stèle égyptienne appartenant à la Bibliothèque impériale, p. 110 sqq., voir Maspero, Études de Mythologie et d'Archéologie Egyptiennes, t. I, p. 307-309.
3. C'est ainsi qu'on voit, dans le Conte de la fille du prince de Hahkian, une des statues de Khonsou théhain s'approvisionner de sa auprès d'une autre statue représentant une des formes les plus puissantes du dieu (E. de Roigé, Étude sur une stèle, p. 110-111; Maspero, les Contes populaires, 2e éd., p. 221). Le bassin de Sa où vont puiser les dieux est mentionné dans les textes des Pyramides.
i. Cf. le texte déjà cité de la Destruction des hommes (l. 1-2) où la vieillesse produit sur le corps du soleil les transformations indiquées. Si l'on songe à ce changement du corps des dieux en or, en argent et en pierres précieuses, on comprendra pourquoi les alchimistes, disciples des Égyptiens, ont souvent comparé la transmutation des métaux à la métamorphose d'un génie ou d'une divinité : ils croyaient précipiter à volonté par leur art ce qui était une opération lente de la nature.