‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 47 sur 374 · LA MORT DES HOMMES ET DES DIEUX · texte numérisé non relu

LA MORT DES HOMMES ET DES DIEUX

les ravages des ans. La décrépitude, pour arriver plus lentement que chez l'homme, n'en arrivait pas moins irrémédiable : le Soleil étant devenu vieux,

■ la bouche lui grelotta, la bave lui ruissela vers la terre, la salive lui dégoutta sur le sol1 ».

Aucun des dieux féodaux n'avait échappé à cette destinée, mais le jour s'était levé pour eux comme pour les hommes où ils avaient dû quitter la citéet s'en aller au tombeau1. Les peuples anciens ont longtemps refusé de croire que la mort fût chose naturelle et inévitable. Ils pensaient que lavie.unefoiscommencée, ,

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pouvait se poursuivre indéfiniment : si aucun accident ne l'enrayait net, quel motif avait-elle d'arrêter elle-même son développement? L'homme ne mourait donc pas en Egypte, mais on l'assassinait*. Le meurtrier appartenait souvent à notre monde et se laissait désigner facilement, un autre homme, une bête, un objet inanimé, une pierre détachée de la montagne, un arbre qui s'abattait sur le passant et l'écrasait. Souvent aussi, il se dissimulait parmi les invisibles et ne se trahissait que par la malignité de ses attaques : c'était un dieu, un mauvais esprit,

t. Pletts-IIossi, let Papyrut Hiératique! de Turin, pi. CXXXII, 1, 1-2; cf. Ufedïre, Un Chapitre de la chronique talaire, dans la Zcitichrift, 1883. p. 88.

t. L'idée de 11 mort inévitable des dieux cet «primée, entre autres endroits, dans un passage du chapitre nu du titre det mort* (éd. «aville, pi. X, I. 6-1) qui n'a pas été encore signalé que je sache :

■ Je suis cet Osiris dans l'Occident, et Osiris connaît son jour où il ne sera plus ■, c'est-à-dire le jour de sa mort ou il cessera d'ciister. Tous les dieux, Atoumou. Horus, RI, Thot, Phlah. khnoumou, sont représentés sous forme de momie, ce qui les suppose morts. On montrait d'ailleurs leurs tombeaux dans plusieurs localités de l'Egypte (de Itide et Otiride, § il. édit. Leeiam, p. 36).

3. Tableau dam la lalle hypottyle de Louior : destin de Boudier, d'aprrt une photographie de M. Gayet, priie en 1889. Celle vignette montre la position relative du prince et du dieu. Aman, après avoir posé le pschent sur la tête du Phnraon Àmenfltliès 111 agenouillé devant lui, fui impute le ta.

i. M.spkro, F.tudci de Mythologie et d'Archéologie Egyptienne», t. Il, p. KO.

une âme désincarnée, qui se glissait sournoisement dans un vivant, ou se précipitait sur lui avec une violence irrésistible. La maladie était la lutte du possédé contre le possesseur : dès que le premier avait succombé, on l'emportait loin des siens, et sa place ne le connaissait plus, mais est-ce que tout finissait pour lui du moment qu'il avait cessé de respirer? Le corps, personne n'ignorait son avenir. 11 tombait rapidement en pourriture, et peu d'années suffisaient à le réduire en squelette; puis le squelette, des siècles s'écoulaient avant qu'il se désagrégeât à son tour et se réduisît en une traînée de poussière prête à s'envoler au premier souffle. L'âme pouvait fournir une carrière plus longue et des destinées plus complètes, mais on croyait qu'elles dépendaient de celles du corps et se mesuraient sur elles. Chaque progrès de la décomposition lui enlevait quelque chose d'elle-même : sa conscience s'atténuait graduellement jusqu'à ne lui laisser qu'une forme inconsistante et vide, enfin effacée quand plus rien ne restait du cadavre. Enfoui dans la terre que le Nil inonde, celui-ci se hâtait de retourner au néant, et sa fin condamnait l'âme à une seconde mort où rien ne survivait plus d'elle. Si, au contraire, on l'ensevelissait au désert, la peau, promptement desséchée et durcie, se changeait en une gaine de parchemin noirâtre sous laquelle les chairs se consumaient lentement1 : il demeurait intact, au moins en apparence, et son intégrité assurait celle de l'âme. L'usage s'établit donc de mener les morts à la montagne et de les confier à l'action préservatrice des sables; puis on chercha des procédés artificiels pour obtenir à volonté cette incorruptibilité de la larve humaine sans laquelle la persistance de l'âme n'est qu'une agonie prolongée inutilement. Un dieu passait pour les avoir découverts, Anubis le chacal, le maître de l'ensevelissement : il avait purgé le cadavre des viscères, dont la corruption est la plus rapide, l'avait saturé de sels et d'aromates, protégé d'abord par une peau de bête*, puis par une couche épaisse d'étoffes, et son art, transmis aux embaumeurs, changea en momies tout ce qui avait eu vie et qu'on désirait conserver. Où la montagne s'élevait voisine, on continua d'y transporter les morts momifiés, un peu par habitude, un peu parce que la sécheresse de l'air et du sol leur promettait une chance de plus. Dans les cantons du Delta, où les collines étaient trop éloignées pour qu'on pût s'v rendre sans grands frais, on profita du moindre îlot sablonneux qui pointait au-dessus

1. Les cadavres des moines coptes des vi% vin0, xi" siècles que j'ai retrouvés dans les cimetières des couvents de Contra-Syène, de Taoud et d'Akhmfm, situés en plein désert, présentaient cet aspect.

4. Sur l'ensevelissement primitif dans une peau de bête et sur les rites qui en dérivent, cf. Lkféblre, Élude sur Abydos, II, dans les Proceeding», i 892- 1 893, t. XV, p. 433-135.

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