LEUR MOMIFICATION
modernes'. On avait un moyen efficace, un seul, d'échapper à sa visite ou même de la prévenir : c'était d'aller lui porter au tombeau ce qu'il venait chercher dans les maisons de ce monde, les provisions de tout genre qui lui étaient nécessaires. Les sacrifices funéraires et le culte régulier des morts prirent naissance au besoin qu'on éprouvait de pourvoir à la nourrituredes mânes par l'offrande, après avoir assuré la perpétuité de leur existence par la momification des cadavres*.
Un leur amenait des gazelles et des bœufs, et on les sacrifiait à la porte de leur chapelle : on leur présentait les cuisses de la victime, son cœur, sa poitrine et on les entassait sur le sol , afin qu'ils les y trouvassent lorsque l'envie leur naîtrait de manger. Lï mbmum *u «ort dais u cupule rcataAiM*. On leur apportait des cruches de bière ou de vin, de grandes jarres d'eau fraîche clarifiée au natron ou parfumée à l'encens pour qu'ils en bussent au gré de leurs désirs, et l'on pensait acheter leur bienveillance par ces tributs volontaires, comme on faisait en l'ordinaire de la vie celle d'un voisin trop puissant pour qu'on osât lui résister.
1. I, p. M3-I59), renferme la jilainle, ou plutôt le réquisitoire en bonne forme, d'un mari que lu lumineux de sa femme revenait tourmenter dans sa maison, sans motif suffisant.
1. Mispebo, Hottt tur quelques point» de grammaire et dhïitoire, g S, [tans la Zcittehrifl, I87'J, p. ;>3, d'après un te île du Litre des Mort*.
•i. Plusieurs chapitres du Livre des fiortt avaient pour objet de donner à manger à la survivance humaine, ainsi le chapitre ov. Chapitre d'approruionner le double (éd. Haïilui, pi. CXVII), el le chapitre en. Chapitre de donner l'abondance chaque jour au défunt, dans MemphU (éd. Itinus, pi. CXVII1).
3. Stèle d Antouf I- '. prince de Thtbes. Dessin de Faucher-Cudin, d'après une photographie d'Emile Rrugtch-ifry (cf. IHirietif, Monument! divers, pi. 30 b). Au bas, les serviteur» et les parents amènent les victimes et dépècent le bœuf à la porte du tombeau. Au milieu, le mort assis sous son kiosque reçoit l'offrande : un serviteur lui tend à boire, un autre lui apporte une cuisse de omut, un troisième une roiiiïi' et deux jarre*; les provisions remplissent toule la i-hambre. Derrière AnluiiT, denv domestiques dont un l'éveiile et l'antre Ini lient son bâton el ses sandales, la position de la porte au registre du bait montre que les action* représentées au-dessus s'accomplissent à l'intérieur du tombeau.
La mort n'épargnait aux dieux aucune des angoisses, aucun des dangers dont elle se montre si tristement prodigue pour les hommes. Leur corps s'altérait et se détruisait pièce à pièce jusqu'à tomber du tout au néant ; leur âme demeurait solidaire du corps comme l'âme humaine et s'éteignait par dépérissements successifs, si l'on ne remédiait en bon temps à son infirmité naturelle. La même nécessité qui commandait aux hommes s'imposait donc aux dieux de rechercher le genre de sépulture qui prolongeait le plus la durée de leur âme. On les enterra d'abord à la montagne, et un de leurs titres les plus anciens nous montre en eux les êtres qui sont sur leurs sables1 , à l'abri de la putréfaction ; puis, quand on eut découvert les arts de l'embaumement, on leur accorda le bénéfice de l'invention nouvelle et on les momifia. Tous les nomes avaient la momie et le tombeau de leur dieu mort, momie et tombeau d'Anhouri à Thinis, momie d'Osiris à Mendès, momie de Toumou à Héliopolis2. Plusieurs n'admettaient pas qu'il modifiât son nom à changer son mode d'existence : Osiris défunt restait Osiris, Nit ou Hàthor mortes demeuraient Nît ou Hâthor à Sais ou à Dendérah. Mais Phtah de Memphis devenait Sokaris en mourant5 ; mais Ouapouaitou, le chacal de Siout, se transformait en Ànubis*, et le ciel ensoleillé de Thinis, Ânhouri, lorsque son disque avait disparu chaque soir, demeurait jusqu'au matin suivant Khontamentît, le Maître de l'Occident3. Pas plus que les hommes, les dieux morts ne connaissaient dans l'autre vie les jouissances que nous rêvons d'y goûter. Leur corps n'était plus qu'une larve inerte, « au cœur immobile0 », aux membres débiles et flétris, incapable de se tenir droit sur ses pieds, si le maillot qui
1. Le Livre de Savoir ce qu'il y a dans VU ad es donne, aux quatrième et cinquième heures de la nuit, la description du royaume sablonneux de Sokaris et des dieux Hiriou Shditou-senou, qui sont sur leurs sables (Maspero, Études de Mythologie et d'Archéologie Égyptiennes, t. Il, p. 64-37). Un cynocéphale sur ses sables est figuré ailleurs dans le même ouvrage (Lef£bure, Tombeau de Se fi /", A" partie, pi. XXXII) et les dieux de la huitième heure sont également des dieux mystérieux qui sont sur leurs sables (id., pi. XLV1I, sqq.) Partout, dans les vignettes où ces personnages sont représentés, l'artiste égyptien a dessiné soigneusement l'ellipse peinte en jaune et semée de points rouges qui rend le sable et les régions sablonneuses d'une manière conventionnelle.
2. Les sépultures de Toumou, de Khopri, de Rà, d'Osiris, et dans chacune d'elles, l'amas de sable qui cache les corps, sont représentées au tombeau de Séti l*r (Lefkdire, le Tombeau de Séti I", -i" partie, pi. XLIV-XLV) ainsi que les quatre béliers où les âmes des dieux s'incarnent (cf. Maspero, Études de Mythologie et d'Archéologie Égyptiennes, t. 11, p. 112). Encore à l'époque romaine on connaissait en Egypte les tombeaux des dieux : Où jjlûvov Se toutou ('Oaipifioç) oi Upeî; Xé*fou<nv àXkà xat T<ôv aXXwv Oewv, ôsoi u-tj â"jevvr,TOi {jltqÔ' âçQapToi, Ta u,èv <r<ôu.aTa rcap' ocÙtoÏ; xeurOat xapiovra xai Oepaiteûcffdat, xàç fie ^u^àc êv oùpav<î> Xdtu.iteiv aorpa (De hideet Osiride, chap. xxi, éd. Parthey, p. 36).
3. Maspero, Etudes de Mythologie et d'Archéologie Egyptiennes, t. Il, p. Si-22.
A. C'est du moins ce qui me paraît résulter des monuments de Siout où le dieu chacal est appelé Ouapouattou en tant que Dieu vivant, seigneur de la ville, et Anoupou, maître de l'embaumement ou de l'Oasis, seigneur de Ha-qrirît, en tant que dieu des morts. Ha-qririt, la porte du four, était le nom que les habitants de Siout donnaient à la nécropole de leur ville et au domaine infernal de leur dieu.
3. Maspero, Etudes de Mythologie et d'Archéologie Egyptiennes, t. II, p. 23-2-i.
6. C'est l'épithèle caractéristique d'Osiris mort, Ourdou-hit, celui dont le cœur est immobile, celui dont le cœur ne bat plus, et qui, par conséquent, a cessé de vivre.