LEURS TEMPLES ET LEURS IMAGES
gratifiait le dieu chaque jour. Quand le matériel du sacrifice s'accrut, le nombre des chambres s'accrut avec lui, et des salles destinées aux fleurs, aux parfums, aux étoffes, aux vases précieux, aux provisions de houche se groupèrent autour du réduit primitif : ce qui composait d'abord le temple entier se restreignit à n'être plus que le sanctuaire du temple1. Le dieu y habitait non pas seulement en esprit, mais en corpB*, et l'obligation de résider dans plusieurs cités nel'empèchait pas d'être présent dans toutes à la fois. Il pouvait en effet diviser son double et le répandre sur autant de corps distincts qu'il le voulait, corps d'hommes ou de bêtes,
objets naturels ou fabriqués, »nuin >..««, mm» ou «je vis3.
statues en pierre, en métal
ou en bois*. Plusieurs dieux s'incarnèrent béliers, Osiris à Mendès, Harshafitou à Héracléopolis, Khnoumou à Eléphantîne : on nourrissait des béliers vivants dans leurs temples, et quelque fantaisie qui passât par leur tête de bête on leur permettait de la satisfaire. Plusieurs autres se faisaient taureaux, Râ à Héliopolis, plus lard Phtah à Memphis, Minou à Thèbes, et Montou à Hermonthis. lis marquaient par avance de certains stigmates les bêtes qu'ils comptaient animer d'un de leurs doubles : qui avait appris à connaître les signes n'était pas en peine de trouver un dieu vivant, quand le temps venait d'en chercher un et de l'offrir dans le temple à la vénération des fidèles*. Les
I. Maspbbo, Archéologie Égyptienne, p. «5-6R, 105-106; H. de Ror.KEiioriTEU, Œuvres diverses, p. III sqq.
ï. Ainsi à Dcndcrah (Mimerre, Dendciah, t. I, pi. LIT), il le ciel • soub la forme d'un épei-vicr de lapis .i l»";tc humai
venir n'unir à la statue ». — ■ P'autresexemples, ajoute Mariette (Terte. p. 156), si riserà penser que les Egyptiens accordaient une certaine vie a in statues et aux images qu'ils entaient et que dans leur croyance (ce qui s'applique particulièrement aux tombeaux) l'esprit hantait les représentations faites à son image. •
3. Modèle de sculpteur provenant de Tanit et conservé au mutée de Chéh (Maiuette, Notice det principaux monument!, 187B, p. îïî, n- CI16). Destin de Faucher-Gudin, d'après une photographie d'Emile Brugsch-Bey. Les marques sacrées ont été ajoutées après coup, d'après les figures analogues de* stèles du SÉrapéum, conservées aujourd'hui dans notre musée du Louvre.
i. SlispEito, Ëludet de Mythologie et d'Archéologie Égyptienne!, t. 1. p. 77 sqq. ; I" Archéologie Égyptienne, p. 106-10". Cette idée des statues machinées paraissait si étrange et si indigne de la sagesse Égyptienne que des Êgyptologues de la valeur de M. de Rougé (Élude tur une ttèle égyptienne de la Bibliothèque Impériale, p. 109) ont pris au sens abstrait et métaphorique les expressions qui marquent dans les textes le mouvement automatique des images divines.
5. Les taureaux de Ri et de Phtah, le Mnévis et l 'Ha pis, sont connus par le témoignage des classiques
«0 LES tUEUX DE L'EGYPTE.
statues, si elles n'avaient point comme les animaux la réalité extérieure de l'existence, n'en cachaient pas moins sous leurs dehors rigides une puissance de vie intense qui se trahissait à l'occasion par des gestes ou par des paroles. Elles indiquaient ainsi, en un langage compris de leurs serviteurs, la volonté des dieux ou leur opinion sur les événements du jour, elles répondaient aux
questions qu'on leur posait selon des formesprescri tes, quelquefois même elles prédisaient l'avenir. Chaque temple en contenait un assez grand nombre qui représentaient autant d'incorporations de la divinité locale et des membres de sa triade. Ceux-ci parta- CHjMpl gealent, mais à un degré
moindre, tous les honneurs et toutes les prérogatives du maître. Ils recevaient le sacrifice, ils exauçaient les prières, ils prophétisaient quand il le fallait. Ils séjournaient soit dans le sanctuaire même, soit dans des salles bâties autour du sanctuaire principal, soit enfin dans des chapelles isolées qui leur appartenaient sous la suzeraineté du dieu féodal*. Celui-ci avait sa cour divine qui l'assistait en l'administration de ses domaines, comme les ministres d'un prince l'aident à régir les siens.
Cette religion d'État, si complexe dans ses manifestations et dans son principe, ne suffisait pas cependant à la piété exubérante de la population. On rencontrait dans tous les nomes des divinités dépourvues de caractère officiel, et qui n'en étaient pas moins aimées pour cela. C'était, en plein désert, un
anciens (Dr Uide et Oiiride, S. 4. 33, de . .'■ I Punit, p T-8. *:* etc . ■!■ ■im.oïk. Il, cuu, [II, MWH Diooons, I, 84. AS; Elus, XI, Il : Ami' «.mmn, XXII, 1 1. ï) Le taureau de M mou a Ttièbi*» %»"' dans la procession du dieu, telle qu'on la »■•■! représentée »ur lc« monuments de Hamsès II el de Ramsès III (Winissm, Maimenand t.-Maiat, f ed . t II), pi I.X) Le lourcau dïlermonthis, Dàkhou (Bakis, chef les Grées], esl Auuré a*«e» rarement, «urtoul >ur quelque- stèles d'assez basse époque du muser de Gi/éh (Gn£ii.tt'r, le Miintr l'.qypt'rH. pi. VI. où. maigre la différence de nom, c'e-l hieu le taureau dïlermonthis dont il s'agit) il e-t surtout connu par les le»le« (cf. Bm-cscH, Dictionnaire (Uugrapkigtu, p. Î00 cf. Macmib, Sottnttalrt, I. il: On a pu établir la nature des signes parlirnik'i's qui di-.tint;« nient chacun de ces animou\ sacre- et par le témoignage des écrivain» anciens et par l'examen des monuments ligure- ; la disposition et la forme d'une partie des taches noires de ! Ilapis enf très reconnaissnblc sur la vielle de la pane MO.
1. Btuin de Faurher-Gudin, d'aprfê une photographie du tombeau dr Khopirkerltonbou (Sciiil, Mémoire» de la Million Fraitcaiir, \. V, pi IV, paroi I, du tombeau, i* rcgislre). La légende tj-acée derrière l'urseus nous apprend quelle représente Uannuii longntlr. dame du double, grenier.
t. Ce sont les 8iol oiwaoi des auteurs grées. Pour la façon dont nu In logeait dans les temples, cf. M. nr, RucBEïo-irtii, CEni-ret diveries, p. Il sqq.