‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 52 sur 374 · CULTE DES SERPENTS ET 1>ES ARBRES. \H · texte numérisé non relu

CULTE DES SERPENTS ET 1>ES ARBRES. \H

palmier très haut1, un rocher de silhouette extraordinaire, une source qui filtrait de la montagne goutte à goutte et où les chasseurs venaient se désaltérer aux heures les plus chaudes du jour*. C'était un gros serpent qu'on réputait immortel et qui hantait un champ, un bouquet d'arbres, une grotte ou un ravin dans la montagne3. Les paysans du voisinage lui apportaient du pain, des gâteaux, des fruits, et croyaient, en le gorgeaut d'offrandes,appeler surleurs terres les bénédictions d'en haut. On rencontre partout à la lisière des terres cultivées et même à quelque distance de la vallée de beaux sycomores isolés qui prospèrent comme par miracle sur leur lit de sable : leur verdure tranche violemment sur le ton fauve du paysage environnant, et leur ramure impéné- LiniMI „, nrta 10 trama„*. trable défie même eu éié le

soleil de midi. Si l'on étudie le site, on s'aperçoit bientôt qu'ils s'abreuvent à des nappes d'infiltration dérivées du Nil, et dont rien ne révèle la présence à la surface du sol : leurs pieds plongent en quelque sorte dans le fleuve sans que personne s'en doute autour d'eux. Les Égyptiens de tout rang les estimaient divins et leur rendaient un culte suivi1, lis leur donnaient des figues, du raisin, des concombres, des légumes, de l'eau enfermée dans des jarres poreuses et renouvelée chaque jour par de braves gens charitables; les passants

I. Tel «si le palmier haut de ccnl coudées cl appartenant à l'espèce, si rare aujourd'hui, de VHyphane Argun, Nabt. ; l'auteur de la prière conservée au Papyrui Sallier I, pi. VIII, I. 4-S, l'idcntilic à Tliot, le dieu des lettres et de l'éloquence.

i. Ainsi la source de l'Ouady Saboun près d'Akhnilm, le Bir-el-AIn, où la retraite d'un ouèlî musulman a succédé à la chapelle d'un saint chrétien et au sanctuaire rustique d'une forme du dieu Htnou (M.isMKO. Eluda de Mythologie el d'Archéologie Égyptienne», t. I, p. ÎIO sqq.).

3. C'est un serpent de celte espèce qui avait valu son nom à la montagne du Shéikh-Harldt et au nome voisin du Monl-Serpenl (DI'mchkk, Géographie de» Allen-. -Egyplen, p. ns-lTJ; HUspero, Etude» de Mythologie et d' Arrhiologir Égyptiennes, t. Il, ji. il*): aujourd'hui encore t|u'il est devenu musulman, il hante la montagne el a conservé sa faculté de ressuscilcr chaque fois qu'on lu tue.

4. tiatin de r'aueher-Oud'm, d'âpre» une représentation du tombeau île Khopirkerltonbou (cf: Scbiil, Mémoire» de la Mission française, t. V, pi. IV, paroi C, registre du haut). Le sycomore sacré csl placé ici à l'extrémité d'un champ de blé el scmlile éleridi-e *a prolpefion sur la récolte.

5. Xtsnno, Élude» de Mythologie et d' Archéologie. Egyptienne», t. Il, p. ïii-ïî". On les représentait comme animés par un esprit qui se cachait en eux, mais qui pouvait se manifester en certaines

ions : ïl sortait alors du tronc sa télé ou son corps entier, puis quand il rentrait, le tronc le résor- ■e mangeait de nouveau, pour employer l'expression égyptienne (M*spibo. Etude» de Mythologie, ■■ lo*-10S, IUB. etc.) que j'ai déjà eu l'occasion de citer, p. 83, note i, de cotte Histoire.

ifi LES DIEUX DE L'EGYPTE.

s'y désaltéraient et payaient leur aubaine d'une courte prière. Le nome Memphtte et le nome Létopolite, de Dahshour à Gizéh, en nourrissaient plusieurs où des doubles détachés de Nouît et d'Hâthor habitaient au su de tous, et dont les successeurs sont vénérés aujourd'hui encore par les fellahs musulmans et chrétiens1 : aussi appelait-on ces cantons Pays du Sycomore, et le nom s'en étendit plus tard à la ville de Memphis. Le plus célèbre d'entre eux, le Sycomore du Sud, — nouhU rîsît, — était comme le corps vivant d'Hâthor sur notre terre*. Chaque nome montrait avec fierté, à côté de se» dieux humains et de ses statues prophétiques, un ou plusieurs animaux sacrés, un ou plusieurs arbres-fées. Chaque famille et presque chaque individu possédait de même ses dieux et ses fétiches, qui lui avaient été indiqués par la rencontre fortuite d'une bête ou d'un objet, par un songe, par une intuition soudaine. On leur réservait une place dans un des coins de la maison, une niche dans la paroi : une lampe brûlait sans cesse devant eux, et on leur accordait quelque menue offrande chaque jour, en plus de ce qui leur revenait aux fêtes solennelles. Ils se constituaient en échange les protecteurs de la maison, ses gardiens, ses conseillers : on s'adressait à eux dans toutes les occasions de la vie, et leurs arrêts n'étaient pas moins scrupuleusement exé*cutés par leur petit cercle de fidèles, que les volontés du dieu féodal par les habitants de la principauté.

Le prince était le prêtre par excellence3. La religion du nome reposait sur lui tout entière et au début il en accomplissait lui-même les cérémonies. La principale était le sacrifice, c'est-à-dire un banquet qu'il devait préparer et servir au dieu de ses propres mains. 11 allait aux champs lacer le taureau à demi sauvage, le liait, l'égorgeait, l'écorchait, en brûlait une partie à la face de l'idole, en distribuait le reste aux assistants avec une profusion de gâteaux, de fruits, de légumes et de vin4 : le dieu assistait à l'œuvre, corps et double, se laissait vêtir et parfumer, m&igeait et buvait le meilleur de ce qu'on plaçait

1. L'arbre appelé communément arbre de la Vierge, h Matariéh, me parait avoir succédé à un arbre sacré d'IIéliopolis, dans lequel une déesse, peut-être Ilàthor, se faisait adorer.

2. Brk;sch, Dictionnaire Géographique, p. 330-332, 1244, etc.; cf. I.anzoxk, Diziojwrio di Milologia. p. 878. L'Ilàthor Memphite s'appelait la dame du Sycomore méridional.

3. Voir, à la XII* dynastie, l'exemple des princes de Bcni-llassan et d'Ashmounéin (Maspkro. la Grande Inscription de Béni- Hassan, dans le Recueil de Travaux, t. I, p. 179-180), à la VI* et à la VII-, celui des princes d'Êléphantinc (Bor riant, les Tombeaux d' Assouan, dans le Recueil de Travaux, t. X, p. 182-193). M. Lepage-ltcnouf a résumé très clairement les notions courantes sur la matière dans son article On the Priestly Character of the Earliest Egyptian Civilisation (Proceedings de la Société d'Archéologie Biblique, 1889- 1800, t. XII, p. 3:i.i sqq.).

4. C'est ce qui résulte du rituel du sacrilice tel qu'il était pratiqué dans tous les temples jusqu'aux derniers temps du paganisme; cf. par exemple la vignette de la page 123 (Mariette, Abydos, t. I. pi. LUI), où l'on voit le roi laçant le taureau. Ce qui n'était plus qu'un simulacre et qu'une survivance à l'époque historique avait été une réalité au début (Maspero, Lectures historiques, p. 71-73).

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