LE PERSONNEL ET LES BIENS DES TEMPLES
vis-à-vis des siens une responsabilité redoutable : un défaut de mémoire ou une tache d'impureté involontaire faisait de lui un mauvais prêtre, nuisible à lui-même, nuisible aux dévots qui le chargeaient de leurs intérêts auprès des dieux. Comme on ne pouvait attendre la perfection ritualistique d'un prince distrait sans cesse par les affaires de la cité, l'usage s'établit de placer à côté de lui des prêtres de métier, des personnages qui vouaient leur vie entière à l'étude et à la pratique des mille formalités dont l'ensemble constituait les religions locales. Chaque temple fut desservi par un sacerdoce, indépendant des sacerdoces des temples voisins, et dont les membres, obligés à conserver sans cesse les mains nettes et la voix juste, s'échelonnaient selon les degrés d'une hiérarchie savante1. Au sommet de l'échelle, un souverain pontife les dirigeait dans l'exercice de leurs fonctions. Il s'appelait en plusieurs endroits premier prophète, ou plutôt premier hiérodule — hon-noutir topi — premier prophète d'Amon à Thèbes, premier prophète d'Anhouri à Thinis*. Le plus souvent il revêtait un titre approprié à la nature du dieu dont il se proclamait le serviteur3. Celui de Râ, à Héliopolis et dans toutes les villes qui adoptèrent Je culte héliopoli tain, se nommait Oîrou maou, le maître des visions : seul en effet avec le souverain du nome ou de l'Egypte, il jouissait du privilège de pénétrer dans le sanctuaire, d' « entrer au ciel et d'y contempler le dieu » face à face4. De même le grand prêtre d'Anhouri à Sébennytos s'intitulait le Combattant sage et pur — ahouîti saou ouîbou — parce que son dieu marchait armé de la pique et qu'un dieu soldat exigeait pour le servir un pontife soldat comme lui5.
Ces hauts personnages ne s'enfermèrent pas toujours strictement dans les limites du domaine religieux. Les dieux acceptaient de leurs fidèles, et sollici-
1. Le premier travail où l'on ait essayé d'établir, d'après les monuments, la hiérarchie du sacerdoce égyptien est dû à M. A. Baillet, De ^Election et de la durée des fonctions du grand prêtre d' A mm on à T/tèbes (extrait de la Revue Archéologique , 2* sér., t. VI, 1862). Longtemps après, M. Reinisch tenta de démontrer que l'organisation savante du sacerdoce égyptien n'est pas antérieure à la XII* dynastie et date surtout du second empire thébain [Ursprung und Entwickelungsgeschichte des jEgyptischeu Priestertuins und Ausbildung der Lehre von der Einheit Gottes, Vienne, 1878). L'exposition la plus complète qu'il y ait de nos connaissances à ce sujet, le catalogue des principaux sacerdoces, les titres des grands prêtres et des prétresses qui étaient attachés au culte du dieu ou de la déesse féodale dans chaque nome, se trouvent dans Brit.sc.h, die Mgyptologie, p. 275-291.
2. Ce titre de premier prophète est propre aux sacerdoces des villes peu importantes et des divinités secondaires. Si on le trouve appliqué a la divinité thébaine, c'est qu'Àmon débuta par être un dieu provincial et ne monta au premier rang qu'après la fortune de Thèbes, surtout après les grandes conquêtes de la XV11I«et de la XIX" dynastie (Maspero, Etudes Egyptiennes, t. II, p. 53-55).
3. Voir la liste très développée de ces titres dans Brugsch, die /Egyptologic, p. 280-282.
4. Le chapitre cxv du Livre des Morts (éd. Lepsiis, pi. XLIV) raconte l'origine mystique de ce nom de VOtrou maou (Ed. Naville, Un Ustracon Egyptien, extrait des Annales du Musée Gvimel, t. 1. p. 51 sqq.). La haute fonction de VOtrou maou est décrite dans la stèle de Piânkhi (éd. E. de Roicé, Chrestomathie, t. IV, p. 59-61), où l'on voit le roi éthiopien l'exerçant à son entrée dans Héliopolis.