L'ASPECT DES K1VES
second bras côtoie fidèlement le désert de Libye, canalisé par endroits, par endroits abandonné à lui-même. De la pointe du Delta au village de Déroût, on l'appelle Bahr-Youssouf ; au delà de Déroût, c'est l'ibrahimiéh, le Sohagiéh, le Ratennàn jusqu'au Gebel Silsiléh : les noms anciens ne nous sont pas connus. Ce Nil de l'ouest demeure à sec pendant l'hiver, dans la partie supérieure de son cours; où il ne tarit pas, il est alimenté tant bien que mal par des affluents dérivés de l'autre Nil. H se divise à son tour au nord de Hénassiéh, et lance, par la gorge d'Illahoun, un rameau qui va se perdre au delà des montagnes, dans le bassin du Fayoum. Le vrai Nil, le Nil de f'est, est moins un fleuve qu'un lac sinueux encombré d'ilôts et de bancs de sable, entre lesquels le chenal navigable serpente capricieusement. Il file d'un jet puissant et régulier, sous des berges noires, taillées droites dans le terreau d'alluvion. Des bois légers de dattiers, des bouquets d'acacia et de sycomores, des carrés d'orge ou de blé, des champs de fèves ou de bersim*, çà et là une coulée de sable que le moindre vent soulève en tourbillons, et sur le tout, un grand silence, interrompu à peine par des cris d'oiseaux ou par un chant de rameurs dans une barque qui passe. Un peu de vie humaine s'agite sur les rives, mais adoucie et poétisée par la distance : une femme à demi voilée, un paquet d'herbes sur la tète, chasse ses chèvres devant elle ; une file irrégulière de baudets ou de chameaux chargés sort d'un pli de terrain et s'enfonce presque aussitôt dans un chemin creux; un groupe de
I. Dessin de Boudier, d'aprts une photographie de M. Insinger, prise en *88.S.
t. Le bentm est une espèce do trèfle, TrifottHm Aleiandrinum Likn., très répandue en Egypte, ta seule qu'on cultive d'une manière générale pour la nourriture des bestiaux (Ittïi'KNfcM-DRLiLi, aitluire des plantes cultivées en Egypte, dam la Description de l'Egypte, t. XIX. p. 59 »qq).
paysans, accroupis sur une plage à la manière antique, genoux, au menton, attendent avec résignation le retour du bac; un village se montre coquet et
de bonne mine sous ses palmiers. De près, c'est la laideur et la saleté toute nue : un amas de huttes basses et grises en boue et en lattis, deux ou trois
maisons plus hautes, enduites d'un crépi blanc, une place en bordure, ombragée de sycomores, quelques vieillards assis paisiblement sur le devant de leur porte, des poulets, des enfants, des chèvres, des moutons pêle-mêle, une deini-douzaine de bateaux a mariés contre, terre. A mesure qu'on s'éloi- I. La deux vignette» tout de Uaadier, d'aprt* de» photographie» de .M. iiainger, priait en W6.